En résumé…
À Maurice, le permis de résidence obtenu en achetant un bien et la résidence fiscale sont deux choses distinctes : la première s’acquiert par un investissement (à partir de 375 000 dollars américains pour les programmes immobiliers), la seconde se mesure en jours (183 dans l’année, ou 270 sur trois ans).
Pour un Français, le point qui décide n’est pas le taux mauricien : c’est ce que la convention franco-mauricienne laisse à la France. Elle laisse à la France les pensions de la sécurité sociale française, elle attribue à Maurice les pensions privées, et elle rend la main à la France si Maurice ne les taxe pas réellement.
« Nous achetons un appartement à Grand Baie, nous avons notre carte de résident, donc nous ne payons plus rien en France. » Cette phrase mélange trois statuts qui obéissent chacun à une règle différente : le permis de séjour, la résidence fiscale mauricienne et la résidence fiscale française. Il faut les ouvrir un par un.
1. Acquérir : un permis lié à un investissement, pas à un impôt
Ce que dit l’organisme public mauricien de l’investissement
L’Economic Development Board (EDB, l’agence publique mauricienne de promotion de l’investissement) décrit plusieurs programmes immobiliers ouverts aux non-citoyens. Pour les programmes de résidences intégrées (IRS) et d’immobilier résidentiel (RES), l’acquisition ouvre droit à un permis de résidence à partir de 375 000 dollars américains. Pour le programme de développement immobilier (PDS), le prix doit dépasser 375 000 dollars ; le permis dure tant que vous détenez le bien, et il s’étend au conjoint et aux enfants de moins de 24 ans. Ces permis dispensent de permis de travail. Les conditions de revente et de conservation du permis ne sont détaillées sur la page de l’EDB que pour le programme PDS.
Autrement dit, pour le programme PDS, le permis suit le bien : il vaut tant que vous détenez le logement. Rien dans ces conditions ne dit que vous êtes résident fiscal : le fisc mauricien ne lit pas votre carte, il compte vos jours.
Qui est résident fiscal mauricien
Selon l’administration fiscale mauricienne (Mauritius Revenue Authority, MRA), une personne est résidente si elle remplit l’une de ces conditions pour l’année de revenus, qui s’arrête au 30 juin : être présente 183 jours ou plus dans l’année ; avoir été présente 270 jours ou plus au total sur l’année et les deux années précédentes ; ou être domiciliée à Maurice, sauf si son lieu de résidence permanent est à l’étranger. Le résident peut demander un certificat de résidence fiscale à l’administration.
Pour le technicien. Article 73 de la loi mauricienne sur l’impôt sur le revenu (Income Tax Act) pour la définition du résident ; notes explicatives de la déclaration pour l’année de revenus close le 30 juin 2025 (MRA). Le résident est imposé sur le revenu de source mauricienne et sur le revenu étranger rapatrié à Maurice, selon la page « Foreign Income » de la MRA.
2. Être imposé : un barème progressif, et le revenu étranger seulement s’il arrive
Le barème depuis l’année de revenus ouverte le 1er juillet 2025
Pour l’année de revenus ouverte le 1er juillet 2025, l’administration fiscale mauricienne applique 0 % sur les 500 000 premières roupies, 10 % sur les 500 000 suivantes et 20 % sur le solde (circulaire de la MRA du 6 octobre 2025). L’ancienne échelle à tranches de 2 % à 18 %, qui montait à 20 % au-delà de 2 390 000 roupies, concerne l’année close le 30 juin 2025. Le barème peut changer à chaque loi de finances mauricienne : vérifiez l’année d’imposition qui vous concerne.
Cas chiffré : 2 000 000 de roupies de revenu imposable
Situation. Retraité français installé à Maurice avec un permis obtenu par achat immobilier, résident fiscal mauricien ; revenu imposable de 2 000 000 de roupies, entièrement rapatrié à Maurice.
Problème. Estimer l’impôt mauricien sans se tromper de tranche. Hypothèses : barème de l’année de revenus ouverte le 1er juillet 2025, revenu déjà net des déductions, aucun autre prélèvement mauricien pris en compte.
Stratégie. Appliquer chaque taux à sa seule tranche : 500 000 × 0 % = 0 ; 500 000 × 10 % = 50 000 ; puis 1 000 000 × 20 % = 200 000 sur la part comprise entre 1 000 000 et 2 000 000.
Résultat. 250 000 roupies d’impôt, soit 12,5 % du revenu imposable. Exemple illustratif, calculé avec les règles en vigueur au 23/10/2026 (barème de la MRA pour l’année de revenus ouverte le 1er juillet 2025, dernier barème vérifié).
3. La France reste dans le dossier : la convention répartit, elle ne supprime pas
Départage de la résidence, immobilier, pensions
La convention du 11 décembre 1980 (en vigueur depuis le 17 septembre 1982) est complétée par un avenant du 23 juin 2011 (en vigueur depuis le 1er mai 2012) qui ne remplace que l’échange de renseignements. Si vous êtes résident des deux pays, le départage suit l’ordre : foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité, accord amiable entre administrations. Un foyer resté en France vous y maintient (article 4 B du Code général des impôts, le recueil des lois fiscales françaises : foyer, séjour principal, activité principale, centre des intérêts économiques ; un seul critère suffit).
- Immobilier : revenus et plus-values d’un bien imposables dans le pays où il se trouve. Un appartement conservé en France reste imposable en France.
- Titres : les plus-values sur d’autres biens ne sont imposables que dans le pays de résidence du cédant, sauf participation substantielle (25 % ou plus des bénéfices) ou titres de sociétés à dominante immobilière.
- Pensions privées : imposables dans le pays de résidence du bénéficiaire. Pensions de la sécurité sociale : uniquement dans le pays qui les verse.
- Dividendes : retenue plafonnée à 5 % pour une société détenant au moins 10 % du capital, 15 % dans les autres cas.
Pour le technicien. Convention France-Maurice : article 4 §2, articles 6 et 13 et paragraphe 6 du protocole, article 18 §§1 à 3, article 10 §2. L’article 18 §3 retire l’exclusivité à Maurice si le bénéficiaire n’est pas imposé sur la pension dans son pays de résidence : elle redevient imposable en France, pays de source. Or Maurice n’impose le revenu étranger que s’il est rapatrié. Une pension laissée hors de Maurice peut donc redevenir imposable en France ; chaque cas demande une analyse.
Même parti, vous gardez des liens français imposables : revenus fonciers, pensions et rentes viagères françaises soumises à la retenue à la source des non-résidents (0 % sur la fraction inférieure à 17 122 €, 12 % jusqu’à 49 667 € et 20 % au-delà, après abattement de 10 %, pour les revenus 2025), un taux minimum d’imposition de 20 % jusqu’à 29 579 € et de 30 % au-delà pour l’impôt sur le revenu des non-résidents en général, et l’impôt sur la fortune immobilière pour l’immobilier détenu en France. Pour les titres, l’exit tax (impôt sur les plus-values latentes lors du départ) vise ceux qui ont été domiciliés en France 6 années sur les 10 dernières et détiennent au moins 800 000 € de titres ou 50 % des bénéfices d’une société. Voir l’impôt sur la fortune immobilière des non-résidents, les pensions françaises des non-résidents et l’exit tax.
Notre position
Compter ses jours, ranger ses revenus, ne rien laisser au hasard côté France
Un projet mauricien se construit dans cet ordre : le foyer et le calendrier d’abord, la nature de chaque revenu ensuite (pension privée, pension de la sécurité sociale, loyers français, dividendes), et le permis en dernier. Le contresens habituel consiste à acheter pour obtenir le permis et à croire que l’achat règle la fiscalité. Il ne règle que le droit de séjourner. La fiscalité mauricienne des plus-values et des successions n’est pas traitée ici. Voir aussi vivre à Maurice, la convention France-Maurice et quitter la France pour Maurice, ou, à l’inverse, revenir en France depuis Maurice.
Questions voisines
Acheter un bien à Maurice rend-il résident fiscal mauricien ? Non. Le permis découle de l’investissement, la résidence fiscale de la présence : 183 jours dans l’année, ou 270 jours sur l’année et les deux précédentes, ou domicile à Maurice sauf lieu de résidence permanent à l’étranger.
Le revenu étranger est-il imposé à Maurice ? D’après la MRA, le résident est imposé sur son revenu de source mauricienne et sur son revenu étranger rapatrié à Maurice. Pour une pension privée française, il faut ensuite lire l’article 18 de la convention, qui peut renvoyer l’imposition à la France.
Les pensions de la sécurité sociale française sont-elles imposées à Maurice ? Selon la convention, elles ne sont imposables que dans le pays qui les verse, donc en France. Les pensions privées relèvent du pays de résidence, sous réserve de la clause de l’article 18 §3.
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Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 23/10/2026.
Sources officielles consultées
- Mauritius Revenue Authority, « Foreign Income » : https://www.mra.mu/individuals/foreign-income
- Mauritius Revenue Authority, notes de déclaration, année de revenus close le 30 juin 2025 (définition du résident, ancien barème) : https://eservices.mra.mu/NotesIT012025.pdf
- Mauritius Revenue Authority, circulaire du 6 octobre 2025 et barème de l’année de revenus 2025-2026 : https://www.mra.mu/download/PayrollTaxes.pdf
- Economic Development Board, immobilier et hôtellerie : https://edbmauritius.org/real-estate-hospitality
- Impots.gouv.fr, convention France-Maurice modifiée par la convention multilatérale : https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/10_conventions/ile_maurice/convention_avec_l_ile_maurice_modifiee_par_la_cml_v2.pdf
- BOFiP, convention France-Maurice (signature, entrée en vigueur, avenant de 2011) : https://bofip.impots.gouv.fr/export/pdf/317758
- Assemblée nationale, projet de loi n° 3877 (avenant du 23 juin 2011) : https://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/projets/pl3877.pdf
- Service-public.gouv.fr, domicile fiscal : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F62
- Economie.gouv.fr, impôt : règles pour les résidents à l’étranger (24/04/2026) : https://www.economie.gouv.fr/particuliers/impots-et-fiscalite/gerer-mon-impot-sur-le-revenu/impot-quelles-regles-pour-les-residents-letranger
- Service-public.gouv.fr, impôt d’une personne qui quitte la France : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31442
- Impots.gouv.fr, exit tax : https://www.impots.gouv.fr/international-particulier/questions/i-am-leaving-france-do-i-have-pay-exit-tax









