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Publié le :
23 octobre 2026

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

En résumé…

Travailler au Luxembourg en habitant en France ne change pas le pays qui taxe votre patrimoine : c’est la France. Ce que le Luxembourg change, c’est l’impôt sur votre salaire, neutralisé en France par la convention, et votre retraite, qui sera versée par deux pays au moins.

Notre position : le frontalier doit traiter son patrimoine en résident français, et réserver ses choix luxembourgeois (contrat de prévoyance, assurance-vie) à ce qu’il aura vérifié côté français avant de signer.

« Je travaille à Luxembourg, on me parle d’un contrat de prévoyance et d’une assurance-vie là-bas : est-ce que je dois ? » La question vient d’un cadre qui vit à Thionville ou en Moselle, imposé au Luxembourg sur son salaire et français pour tout le reste. Elle mélange trois sujets que la convention sépare nettement : le salaire, le patrimoine, la retraite.

1. Le salaire est imposé au Luxembourg, et neutralisé en France

Depuis 2024, un crédit d’impôt remplace l’exemption

La convention du 20 mars 2018 a remplacé celle de 1958. Pour les salaires de source luxembourgeoise, la France accorde un crédit d’impôt égal à l’impôt français correspondant, avec « un effet équivalent à la méthode de l’exemption » selon le rapport du Sénat. La réponse ministérielle d’avril 2025 confirme que les salaires privés de source luxembourgeoise restent imposés au Luxembourg et que la convention s’applique pleinement aux revenus à partir de 2024, après une tolérance qui maintenait l’ancien système pour les revenus 2020 à 2023.

Conséquence pratique, à valider sur votre situation : une déduction française ne réduit que l’impôt sur vos revenus français, pas l’impôt sur un salaire déjà neutralisé. Un versement sur un plan d’épargne retraite à la française, déduit d’un revenu qui n’est pas taxé en France, ne produit alors pas d’économie. Voir le plafond de déduction du PER.

Le télétravail : 34 jours

L’avenant du 7 novembre 2022 porte le seuil de télétravail de 29 à 34 jours par an ; la loi n° 2025-139 du 17 février 2025 en autorise l’approbation par la France. D’après la réponse ministérielle à la question écrite n° 2101 de l’Assemblée nationale, les frontaliers peuvent télétravailler 34 jours au lieu de 29 et rester imposables au Luxembourg. Une clause de revoyure prévoyait un nouvel examen des conditions avant fin 2024 ; la date d’entrée en vigueur de l’avenant et l’issue de cette clause sont à vérifier auprès de l’administration avant de planifier vos jours de télétravail.

L’assimilation aux résidents : une option qui se calcule

Pour un couple marié, l’assimilation à un résident luxembourgeois donne accès à la classe d’impôt 2 (imposition collective, avec les revenus des deux conjoints). L’Administration des contributions directes (ACD) exige qu’au moins 90 % des revenus mondiaux soient imposables au Luxembourg, ou que la somme des revenus nets non soumis à l’impôt luxembourgeois soit inférieure à 13 000 € ; la condition s’apprécie chaque année, pour chaque conjoint ou partenaire individuellement. La demande se fait dans la section « Assimilation du non-résident au résident » en page 3 du formulaire modèle 100. Voir aussi les classes d’impôt et les couples.

Pour le technicien. Convention du 20 mars 2018 (en vigueur depuis le 19 août 2019), avenant du 10 octobre 2019 réécrivant l’article 22 (crédit égal à l’impôt français pour les revenus d’emploi), avenant du 7 novembre 2022 sur le télétravail (loi n° 2025-139 du 17 février 2025). Assimilation : article 157ter de la loi luxembourgeoise de l’impôt sur le revenu (L.I.R.). Voir la convention France-Luxembourg.

2. L’assurance-vie et le patrimoine : vous restez résident français

Un contrat luxembourgeois n’est pas un contrat luxembourgeois pour vous

Travailler au Luxembourg ne vous rend ni résident fiscal luxembourgeois ni titulaire d’un statut particulier : vos capitaux, vos loyers, vos contrats sont taxés en France, au même titre que ceux d’un salarié de Lyon. Un contrat d’assurance-vie souscrit auprès d’un assureur luxembourgeois reste, pour un résident français, un contrat à fiscalité française : imposition des gains au rachat, droits applicables au décès, déclaration du contrat étranger avec la déclaration de revenus.

La question n’est donc pas « où est le contrat ? » mais « que gagne-t-on à le loger là-bas ? ». Des raisons de choisir un contrat luxembourgeois existent (cadre de protection de l’épargnant, choix des actifs, fonds dédié) ; aucune ne dépend de votre emploi. Nos articles détaillent le sujet : la protection de l’épargne, la libre prestation de services et le rachat par un résident français.

Pour le technicien. Gains au rachat : article 125-0 A du CGI. Capitaux décès : articles 990 I et 757 B du CGI (voir notre article).

3. La retraite : deux pays, deux âges, deux fiscalités

Chaque pays verse sa part, à son âge

Vous aurez cotisé en France puis au Luxembourg. L’assurance pension luxembourgeoise verse une pension à partir d’un an de travail sur place ; pour moins d’un an, vos mois luxembourgeois comptent ailleurs mais ne donnent rien au Luxembourg. Les périodes européennes sont additionnées pour ouvrir les droits ; chaque pays où vous avez au moins un an d’assurance verse sa propre pension, à son âge. Le Luxembourg calcule une pension proportionnelle à votre durée sur place. La pension de vieillesse s’ouvre à 65 ans avec 120 mois d’assurance (périodes européennes totalisées) ; des départs anticipés sont possibles à 57 ou 60 ans. Vous demandez votre pension à l’institution de votre pays de résidence, qui transmet.

La convention répartit l’impôt selon la nature de la pension

Les pensions privées restent imposées dans l’État de résidence, donc en France. Les pensions versées en vertu de la législation de sécurité sociale sont imposées à la source, donc au Luxembourg pour la pension de l’assurance pension. Votre retraite sera donc imposée dans deux pays selon l’étage. Voir les pensions et les non-résidents.

Le contrat de prévoyance-vieillesse : à vérifier avant de souscrire

Le Luxembourg propose un contrat de prévoyance-vieillesse dont les primes sont déductibles jusqu’à 4 500 € par an à partir de 2026 (3 200 € de 2017 à 2025), avec une durée minimale de dix ans. Il est ouvert aux non-résidents qui ont opté pour l’assimilation. Côté luxembourgeois, la rente viagère est exonérée pour moitié et le capital imposé au demi-taux global. Côté français, le traitement des prestations à la sortie reste à établir avant toute souscription : déduire au Luxembourg sans le connaître est une construction à chiffrer, pas à signer.

Pour le technicien. Prévoyance-vieillesse : article 111bis L.I.R. ; côté luxembourgeois, rente viagère exonérée pour moitié et capital imposé au demi-taux global (ACD, mise à jour du 27/01/2026). Coordination : le règlement (CE) n° 883/2004 du 29 avril 2004 coordonne les régimes de sécurité sociale des États membres, notamment pour les personnes qui ont cotisé dans plusieurs pays.

4. Cas chiffré : la barre des 90 %

Situation. Un couple marié résidant en France. Un conjoint travaille au Luxembourg : 100 000 € de revenu imposable au Luxembourg. Il est seul propriétaire de biens locatifs en France, qui lui procurent des revenus fonciers. Hypothèses : revenus nets imposables, aucun autre revenu pour ce conjoint, exemple illustratif calculé avec les règles en vigueur au 23/10/2026. Le seuil s’apprécie pour chaque conjoint individuellement : seul ce conjoint est testé ici ; la situation de l’autre conjoint et la décision pour le couple se vérifient auprès de l’ACD.

Problème. L’assimilation, nécessaire pour la classe 2, exige 90 % des revenus mondiaux imposables au Luxembourg, ou moins de 13 000 € de revenus nets non soumis à l’impôt luxembourgeois.

Stratégie. Mesurer les deux critères avant de remplir la déclaration, et non après.

Résultat. Avec 15 000 € de revenus fonciers français : revenus mondiaux de ce conjoint 115 000 €, part luxembourgeoise 100 000 / 115 000 = 86,96 % ; revenus non soumis à l’impôt luxembourgeois 15 000 € ; aucun des deux critères n’est rempli pour ce conjoint. Avec 12 000 € : 100 000 / 112 000 = 89,29 %, sous la barre de 90 %, mais les revenus non soumis à l’impôt luxembourgeois (12 000 €) passent sous 13 000 € : le second critère est rempli pour ce conjoint. Trois mille euros de loyers font basculer le résultat.

Questions fréquentes

Un frontalier peut-il ouvrir une assurance-vie luxembourgeoise ?

Oui, comme tout résident français. Son statut de frontalier ne lui donne ni avantage ni obstacle : le contrat est taxé selon les règles françaises. L’intérêt se juge sur la protection de l’épargne et les actifs accessibles.

Combien de pensions toucherai-je à la retraite ?

Une pension par pays où vous avez au moins un an d’assurance, versée à l’âge de ce pays. Un parcours France-Luxembourg donne en général deux pensions.

Dois-je déclarer mon salaire luxembourgeois en France ?

Oui, il figure dans la déclaration française, où il est neutralisé par le crédit d’impôt prévu par la convention. Pour le cadre général, voir vivre au Luxembourg.

Vous travaillez au Luxembourg et on vous propose un contrat ou un plan de retraite ?

Le premier entretien sert à vérifier ce que le contrat produit côté français avant toute signature. Quarante-cinq minutes, sans engagement.

Vous êtes notaire, expert-comptable, avocat ou confrère conseil et vos clients frontaliers vous interrogent sur leur patrimoine ? Nous intervenons en co-traitance : le client reste le vôtre.

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Le premier entretien sert à établir votre position exacte et à dire s’il y a quelque chose à faire — parfois il n’y a rien, et nous le disons aussi. Trente minutes, sans engagement.

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Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 23/10/2026.

Sources officielles consultées

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

Fort de bientôt 14 ans d'expertise en ingénierie financière, Alexis Sagnier accompagne les dirigeants et expatriés dans la sécurisation de leurs enjeux transfrontaliers.
Fondateur de Balmont Conseil en 2013, il chiffre chaque recommandation en euros (impôt, frais, transmission) avant toute décision.
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