Un départ de France raté ne coûte pas « rien de plus » : il coûte l’impôt qu’on croyait ne plus devoir, des intérêts, une majoration de 40 %, des amendes, et tout ce qu’on a dépensé pour vivre à l’étranger sans en avoir le bénéfice. Dans le cas chiffré plus bas, un dirigeant parti à Dubaï trois ans perd plus d’un million d’euros pour avoir laissé sa femme et ses enfants à Neuilly. La règle est simple : on n’est pas non-résident parce qu’on a une adresse ailleurs, on l’est parce qu’on n’a plus en France aucun des liens que la loi regarde.
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Quatre critères, un seul suffit
L’article 4 B du Code général des impôts fixe quatre critères de résidence fiscale en France. Ils sont alternatifs : il suffit d’en remplir un pour être résident.
- Le foyer ou le lieu de séjour principal. Le foyer, c’est l’endroit où vivent habituellement le conjoint et les enfants. Si la famille reste en France, le foyer reste en France, même si celui qui part y passe peu de temps.
- L’activité professionnelle principale. Le dirigeant qui continue de diriger depuis la France, ou qui y tire l’essentiel de ses revenus d’activité, reste résident. Les dirigeants des entreprises dont le siège est en France et dont le chiffre d’affaires dépasse 250 millions d’euros sont présumés exercer leur activité principale en France.
- Le centre des intérêts économiques. L’endroit d’où proviennent l’essentiel des revenus ou où se trouve l’essentiel du patrimoine.
Quand deux États considèrent chacun la personne comme résidente, la convention fiscale entre eux tranche, en regardant d’abord le foyer d’habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux. Un foyer en France et un appartement loué à l’étranger, c’est un dossier qui se tranche en faveur de la France.
Les cinq erreurs qui font échouer un départ
La famille reste. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus chère : « le temps que les enfants finissent l’année ». Une année devient trois, et le foyer n’a jamais quitté la France.
On continue de travailler pour la France. Le dirigeant qui garde son bureau à Paris, ses réunions du lundi et ses déjeuners clients n’a pas déplacé son activité principale.
On compte les jours, pas les liens. Le seuil de 183 jours n’est pas un critère du droit français. Passer 150 jours en France ne protège de rien si le foyer y est.
On oublie les formalités. Pas de déclaration de départ, pas de certificat de résidence fiscale du pays d’accueil, pas de dépôt de l’exit tax quand elle était due, comptes étrangers non déclarés.
On part au mauvais moment. Une cession signée trois mois après le départ, préparée pendant des mois depuis la France, attire l’attention. Les plus-values latentes constatées au départ sont de toute façon saisies par l’exit tax quand les seuils sont atteints.
Ce que coûte une requalification
Quand l’administration démontre que le contribuable est resté résident, elle réclame l’impôt français sur l’ensemble de ses revenus mondiaux des années concernées. S’y ajoutent les intérêts de retard de 0,20 % par mois (article 1727 du CGI) et, si elle retient un manquement délibéré, la majoration de 40 % (article 1729), portée à 80 % en cas de manœuvres frauduleuses. Chaque compte bancaire étranger non déclaré coûte en outre une amende de 1 500 euros par an. Le délai de reprise de droit commun est de trois ans ; il est porté à dix ans pour les revenus logés sur des comptes étrangers non déclarés.
Et tout ce qui a été dépensé pour vivre à l’étranger (loyer, école, double train de vie) l’a été sans contrepartie fiscale.
Un cas concret : un dirigeant parti à Dubaï
Situation. Thomas, 49 ans, a cédé une partie de son entreprise et gère depuis un portefeuille de titres cotés de 9 millions d’euros. Début 2023, il s’installe à Dubaï, loue un appartement 8 000 euros par mois et ouvre deux comptes dans une banque locale. Sa femme et leurs deux enfants restent à Neuilly-sur-Seine, « jusqu’à la fin du lycée du cadet ». Thomas revient un week-end sur deux et l’été entier.
Problème. De 2023 à 2025, il réalise chaque année 600 000 euros de plus-values sur son portefeuille, sur ses comptes à Dubaï, sans les déclarer en France. Fin 2026, l’administration le requalifie résident : son foyer n’a jamais quitté Neuilly.
Ce que la requalification coûte. Au prélèvement forfaitaire unique, l’impôt français dû s’élève à 180 000 euros pour 2023 et pour 2024 (taux de 30 %), et à 188 400 euros pour 2025 (taux de 31,4 %, la hausse de la CSG votée fin 2025 s’appliquant déjà aux plus-values mobilières de 2025). Chaque année s’ajoutent 3 000 euros de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (3 % de la fraction du revenu du couple comprise entre 500 000 et 1 million d’euros). Sur trois ans : 557 400 euros. Les intérêts de retard, calculés jusqu’à fin 2026, ajoutent environ 16 500 euros. Si le manquement délibéré est retenu, la majoration de 40 % ajoute 222 960 euros. Les deux comptes non déclarés coûtent 9 000 euros d’amendes. Total : environ 806 000 euros, auxquels s’ajoutent 288 000 euros de loyers à Dubaï payés pour rien. Plus d’un million d’euros pour un départ qui n’a jamais eu lieu aux yeux de la loi.
Ce qu’un départ préparé aurait donné. Le même Thomas, parti en famille, ayant déposé sa déclaration d’exit tax pour les plus-values latentes de son portefeuille au jour du départ et coupé ses liens professionnels avec la France, n’aurait plus dû d’impôt français sur les plus-values réalisées après son départ. La différence entre les deux scénarios ne tient pas au pays choisi : elle tient au foyer.
Les vraies questions à se poser avant de partir
Qui part avec moi, et quand ? Où se trouvera mon activité principale, concrètement, semaine après semaine ? Que reste-t-il de mon patrimoine en France, et comment est-il imposé une fois que je suis non-résident ? L’exit tax est-elle due, et quand s’éteint-elle ? Que deviennent ma résidence principale et sa vente ? Quel interlocuteur fiscal, le service des impôts des non-résidents, aurai-je après le départ ? Chacune de ces questions a une réponse datée ; ensemble, elles forment un calendrier.
Comment Balmont Conseil intervient
Balmont Conseil commence chaque projet de départ par le test des quatre critères, appliqué à la situation réelle de la famille, avant de parler de destination. Nous chiffrons l’exit tax et son extinction, le sort de l’immobilier français, la transmission après le départ et l’enveloppe qui suivra le foyer, souvent une assurance-vie luxembourgeoise. Puis nous fixons un calendrier : qui part, quand, ce qui est cédé avant, ce qui est conservé après. Le Bilan Expatriation est conçu pour qu’un départ ne se rate pas.
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Sources : Code général des impôts, articles 4 B, 167 bis, 200 A, 223 sexies, 1727, 1729 et 1736 ; Livre des procédures fiscales, article L169 ; Code de la sécurité sociale, article L136-8 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) ; Modèle de convention fiscale de l’OCDE, article 4 ; BOFiP, BOI-IR-CHAMP-10.










