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Frontalier suisse (8 cantons) : l’accord de 1983, salaire imposable en France

L’accord franco-suisse du 11 avril 1983 prévoit que le salaire d’un frontalier n’est imposable que dans son État de résidence. Il vise huit cantons suisses : Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura. Un résident de France salarié du secteur privé dans l’un de ces cantons, qui respecte les conditions du statut, déclare donc son salaire suisse en France. Hors de ces huit cantons, dont Genève, l’administration écrit que les impôts sont payés en Suisse (le cas 2A, plus bas, prévoit aussi une déclaration en France avec crédit d’impôt).

Cette page suit le texte de l’accord, la convention du 9 septembre 1966, le BOFiP et les pages de l’administration fiscale à jour au 18/10/2026. Elle ne traite pas Genève (page sœur dédiée) ni le formulaire 2041-AS (page sœur dédiée).

Les textes qui organisent le régime

  • La convention du 9 septembre 1966. Son article 17 § 1 rend les salaires imposables dans l’État de résidence, « à moins que l’emploi ne soit exercé dans l’autre Etat contractant ». Son article 17 § 4 renvoie aux dispositions de l’accord du 11 avril 1983 pour les frontaliers.
  • L’accord du 11 avril 1983. Le BOFiP (BOI-INT-CVB-CHE-10, version du 12/09/2012) précise qu’il s’applique pour la première fois aux rémunérations perçues à compter du 1er janvier 1985.
  • Le BOFiP BOI-INT-CVB-CHE-10-20-60 (version du 15/07/2013) reprend la règle et le seuil de quarante-cinq jours.

L’accord, article par article

ArticleCe qu’il dit
PréambuleLe Conseil fédéral suisse agit « au nom des cantons de Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura »
1erLes rémunérations « ne sont imposables que dans l’Etat où ils sont les résidents », avec une compensation financière au profit de l’autre État
2La compensation est égale à « 4,5 p. cent de la masse totale des rémunérations brutes annuelles »
3Le frontalier réside dans un État, travaille chez un employeur établi dans l’autre État et « retourne, en règle générale, chaque jour » dans son État de résidence
4Les modalités de la compensation sont fixées par un échange de lettres entre autorités compétentes

Le point 4,5 % mérite d’être lu avec précision : l’article 2 décrit une compensation financière entre États, calculée sur la masse totale des rémunérations brutes annuelles. Les articles lus ne mentionnent pas de retenue sur le salaire du frontalier ; cette page n’en tire pas de conclusion sur votre bulletin de paie.

Les huit cantons et les autres

D’après la page « Suis-je bien un travailleur frontalier ? » (modifiée le 21/05/2026), l’impôt est en principe dû en France pour les salariés des cantons de Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne et Soleure. À Genève et dans les autres cantons, « les impôts sont payés en Suisse ». La page « Salariés en Suisse » (modifiée le 17/09/2026) parle de « 18 cantons non signataires de l’accord frontalier de 1983 », sans en dresser ici la liste.

Les conditions du statut et les exceptions

L’administration fiscale distingue trois cas.

CasQuiConséquence
1Salarié du secteur privé d’un des huit cantons, avec au plus 45 nuitées par an en Suisse pour un travail à temps plein et un trajet domicile-travail de 3 h maximum par jour (aller/retour)« Votre salaire suisse sera alors imposable en France »
2ASalariés des 18 cantons non signataires, salariés des huit cantons qui ne remplissent pas les conditions, fonctionnaires percevant une rémunération publique suisseImposition à la source en Suisse, déclaration en France, crédit d’impôt « égal au montant de l’impôt français »
3Salarié qui, « pour une raison quelconque », n’a pas été soumis au barème normal de l’impôt en Suisse« Cet accord ne vous dispense pas de vos obligations fiscales en France »

Les exceptions à l’imposition en France, dans les huit cantons, sont les suivantes : le travailleur de nationalité suisse dont l’employeur est public, celui qui « réside en semaine dans le canton ou séjourne en Suisse plus de 45 nuitées par an ». L’impôt est alors prélevé à la source en Suisse.

Une précision de vocabulaire. L’administration écrit « 45 nuitées par an ». Le BOFiP écrit que le frontalier « ne rejoint pas pendant quarante-cinq jours par année son domicile dans l’autre pays ». La fiche pratique sur le télétravail parle de « 45 jours de non-retour ». Le chiffre est le même ; les mots diffèrent. Cette page cite chaque source avec ses termes et ne les assimile pas.

Ce que le frontalier fait en pratique

  • Remettre à l’employeur suisse l’attestation 2041-AS, visée par le service des impôts du domicile. Depuis le 1er janvier 2008, le BOFiP prévoit que l’exonération de retenue à la source suppose une attestation de résidence visée par l’administration fiscale de l’État de résidence.
  • Verser l’acompte contemporain : selon la page « Suis-je bien un travailleur frontalier ? », les employeurs en Suisse « ne peuvent opérer directement une retenue à la source française » ; l’acompte est donc prélevé chaque mois sur le compte communiqué à l’administration et révisé chaque année.
  • Déclarer le salaire en France avec l’annexe 2047-SUISSE, en cochant « CAS 1 ».

Le télétravail : un dispositif à lire à part

Une fiche pratique de l’administration traite le télétravail des frontaliers de l’accord de 1983. Elle retient une tolérance de missions temporaires « dans la limite annuelle de 10 jours », cite un télétravail « équivalent à 40 % du temps de travail » et la « tolérance annuelle de 45 jours de non-retour dans l’Etat de résidence ». Dans l’un de ses exemples, la fiche conclut que l’accord de 1983 est inapplicable. Cette page ne reproduit pas le décompte : il se lit dans la fiche, qui ne porte pas de date.

Accord de 1983 : trois profils, exemple chiffré (profil fictif)

Situation. Trois salariés du secteur privé habitent en France. Camille travaille dans le canton de Vaud (32 nuitées par an en Suisse, trajet de 2 h 30 aller/retour). Marc travaille dans le canton de Neuchâtel (52 nuitées, trajet de 2 h 20). Sonia travaille dans le canton du Jura (20 nuitées, trajet de 3 h 10). Profils fictifs.

Problème. Savoir dans quel cas de l’administration chacun se range.

Stratégie. Appliquer les seuils de la page « Salariés en Suisse » : 45 nuitées et 3 h par jour, en rappelant que la notice 2041-AS parle d’une présomption à 3 h aller/retour.

Résultat (CALCUL).

ProfilNuitéesTrajet aller/retourClassement
Camille32 (≤ 45)150 min (≤ 180)Cas 1 : salaire suisse imposable en France, 2041-AS
Marc52 (> 45)140 minException : impôt prélevé à la source en Suisse ; rattachement au cas 2A = lecture de cette page, le cas 2A visant les salariés des huit cantons qui ne remplissent pas les conditions
Sonia20 (≤ 45)190 min (> 180)Selon la notice 2041-AS, présomption non acquise : preuve documentée à apporter. La page « Salariés en Suisse » formule 3 h comme condition du cas 1. Les deux textes ne sont pas arbitrés ici

Pour mémoire arithmétique : la compensation de 4,5 % de l’article 2, appliquée à une masse salariale brute annuelle fictive de 1 000 000 000, donnerait 45 000 000. Ce calcul porte sur la masse des rémunérations, non sur un salaire individuel, et ne dit rien de votre situation.

Ce que cette page ne dit pas

  • La liste nominative des 18 autres cantons.
  • Le montant de l’acompte contemporain et son mode de calcul.
  • Le décompte détaillé du télétravail.
  • Les taux d’imposition suisses.

Ce qui change selon votre cas

  • Votre canton de travail : huit cantons nommés, ou non.
  • Votre employeur : secteur privé ou public ; nationalité suisse ou non.
  • Vos nuitées en Suisse et votre rythme de retour au domicile.
  • La durée de votre trajet quotidien.
  • Votre télétravail, qui peut modifier le classement.

La règle dépend de votre situation. Aucun résultat n’est promis.

Questions fréquentes

Quels sont les huit cantons de l’accord ?

Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura (préambule de l’accord).

Où est imposé le salaire d’un frontalier de ces cantons ?

Dans l’État de résidence, c’est-à-dire en France pour un résident de France qui remplit les conditions (accord, article 1er ; impots.gouv.fr).

Que se passe-t-il au-delà de 45 nuitées ?

D’après l’administration fiscale, l’impôt est prélevé à la source en Suisse.

Les 4,5 % sont-ils retenus sur mon salaire ?

L’article 2 décrit une compensation entre États, calculée sur la masse totale des rémunérations brutes annuelles. Les articles lus ne mentionnent pas de retenue sur le salaire : pour votre bulletin de paie, vérifiez auprès de votre employeur ou du service des impôts.

Qui est concerné à Genève ?

Genève ne fait pas partie des huit cantons : voir la page sœur sur le frontalier genevois.

Faire le point sur votre situation

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Alexis SagnierConseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF
Fondateur de Balmont Conseil, Lyon (ORIAS 13003497)