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Épargne et placements

Échange de titres : le sursis d’imposition de l’article 150-0 B

Quand vous échangez des titres dans le cadre d’une offre publique d’échange, d’une fusion, d’une scission, d’un apport (hors apport à une société que vous contrôlez) ou d’un regroupement, le sursis d’imposition de l’article 150-0 B s’applique de plein droit. Vous ne le demandez pas. Si vous ne recevez aucune soulte, la plus-value d’échange n’est pas imposée l’année de l’échange.

Une soulte change la donne. Elle est limitée à 10 % de la valeur nominale des titres reçus. Au-delà, la totalité de la plus-value est imposable immédiatement. En dessous, la soulte elle-même est imposée l’année de l’échange.

Cette page traite le cas général de l’article 150-0 B, d’après la doctrine administrative (BOFiP), dans les versions citées en fin de page. Elle ne traite pas l’apport de titres à une société que vous contrôlez, qui relève du report d’imposition de l’article 150-0 B ter.

Quelles opérations sont visées

Le BOFiP vise les opérations d’échange portant sur des valeurs mobilières ou des droits sociaux : offres publiques d’échange lancées en France, fusions et scissions entre sociétés, apports de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, conversions, divisions et regroupements de titres.

Deux situations sortent de ce cadre :

  • L’offre publique d’achat. Elle suppose une remise immédiate d’espèces. Le BOFiP l’exclut du sursis (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-10, § 130).
  • L’apport à une société contrôlée par l’apporteur. Le BOFiP écrit que les plus-values concernées sont placées de plein droit en report d’imposition en application de l’article 150-0 B ter (§ 45). Le régime est différent : voir la page sur les conditions de l’apport.

Le BOFiP traite aussi l’apport à une société établie hors de France (§ 80 à 100). Il y pose des conditions propres, que cette page ne détaille pas.

La date de l’échange

Pour une fusion ou une scission, le fait générateur est « la date de la dernière assemblée générale ayant approuvé le traité de l’opération ». Pour un apport, c’est « la date d’approbation du traité d’apport par la société qui en est bénéficiaire » (§ 360).

La condition de la soulte : 10 % de la valeur nominale

La soulte est la somme d’argent que vous recevez en plus des titres. Le sursis s’applique si le montant de la soulte reçue n’excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus (§ 270).

PointRègle du BOFiP
Titres sans valeur nominaleLa soulte s’apprécie par rapport au pair comptable des titres reçus (§ 280)
FCP et SICAVÀ défaut de valeur nominale, elle s’apprécie par rapport à la valeur d’échange des titres reçus, déterminée en tenant compte de leur valeur liquidative (§ 290)
Rompus (fraction de titre indemnisée en numéraire)Imposables dans les conditions de droit commun, ils ne comptent pas dans l’appréciation du seuil (§ 320 et 330)
Complément de prix en numéraire (clause d’indexation, ou « earn out »)Il ne remet pas en cause le sursis tant que le plafond de 10 % est respecté ; il est imposé à l’impôt sur le revenu et fait partie de la soulte pour ce plafond (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-20, § 240 et 250)
Complément de prix en titresIl peut bénéficier du sursis si l’échange initial en bénéficiait (§ 260)

Un exemple du BOFiP : une soulte de 100 €, pour des titres reçus de 2 000 € de nominal au total, représente 5 % de ce nominal. L’opération est éligible au sursis (§ 340).

Ce qui se passe l’année de l’échange

Votre situationEffet l’année de l’échange
Pas de soulteSursis de plein droit : « sans que le contribuable n’ait à en faire la demande » (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-20, § 1)
Soulte de 10 % ou moins, plus-value brute supérieure à la soulteLa soulte est imposée immédiatement ; le sursis porte sur le reste de la plus-value (§ 40)
Soulte de 10 % ou moins, plus-value brute inférieure ou égale à la soulteToute la plus-value est imposée immédiatement ; aucune plus-value n’est placée en sursis (§ 40 et 130)
Soulte supérieure à 10 %« la totalité de la plus-value réalisée à l’occasion de l’opération d’échange concernée est imposable immédiatement » (§ 20)
Moins-value d’échange avec sursisL’opération est intercalaire : la moins-value n’est ni constatée ni imputable (§ 50)

Le point sur la soulte vaut pour les échanges réalisés à compter du 1er janvier 2017 : la partie de la plus-value qui correspond à la soulte reçue est imposée au titre de l’année de l’échange (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-10, § 300). Pour les échanges antérieurs, « le sursis d’imposition s’applique à la totalité de la plus-value d’échange ».

La déclaration

La brochure pratique de l’impôt sur le revenu 2026 (revenus 2025, p. 145) distingue deux cas :

  • Soulte de 10 % ou moins : le montant de la soulte se déclare ligne 3VG de la 2042 C. La plus-value en sursis n’a pas à être déclarée.
  • Soulte supérieure à 10 % : la plus-value est imposable immédiatement ; elle se déclare ligne 3VG, avec une 2074-I.

Le détail de la 2074 fait l’objet d’une autre page.

Le sursis ne supprime pas la plus-value

Le BOFiP le dit nettement : les dispositions de l’article 150-0 B « n’ont pas pour objet d’exonérer définitivement le gain net d’échange » (§ 70). La plus-value est repoussée, pas effacée.

Lors de la cession des titres reçus, le gain est « calculé à partir du prix ou de la valeur d’acquisition des titres remis à l’échange » (§ 90). Ce prix est diminué de la soulte reçue qui n’a pas été imposée l’année de l’échange (§ 120). Si la soulte a été imposée en totalité, le prix d’acquisition ne subit aucune correction (§ 100).

Hors sursis, le BOFiP retient comme prix d’acquisition des titres cédés ensuite « leur valeur à la date de l’échange » (BOI-RPPM-PVBMI-20-10-20-10, § 290).

Ce qui met fin au sursis ou l’efface

  • La cession des titres reçus : le gain est alors calculé comme ci-dessus.
  • La transmission à titre gratuit : le BOFiP écrit que « le gain net en sursis est définitivement exonéré d’impôt sur le revenu en cas de transmission à titre gratuit », sous réserve de l’article 150 duodecies du CGI (§ 80).
  • Le transfert du domicile fiscal hors de France : pour les titres entrant dans le champ du I de l’article 167 bis du CGI, il est mis fin au sursis (§ 220). Les modalités d’imposition sont renvoyées au BOI-RPPM-PVBMI-50-10. Voir la page sur l’exit tax.
  • Le changement de régime fiscal de la société bénéficiaire : le passage de l’impôt sur les sociétés au régime des sociétés de personnes constitue un fait générateur d’imposition (§ 230).

Exemple chiffré (profil fictif)

Situation. Hélène détient 1 000 actions A, acquises en 2019 pour 120 000 €. En 2026, une opération d’échange lui fait recevoir 1 000 actions B, de valeur nominale totale 300 000 €, et une soulte de 15 000 €. Comme dans les exemples du BOFiP, la valeur d’échange des actions B est supposée égale à leur nominal. Hélène reste au PFU, sans option pour le barème.

Problème. L’échange est-il imposé en 2026, et sur quelle base la cession ultérieure sera-t-elle calculée ?

Stratégie. Appliquer la méthode du BOFiP : prix de cession de l’échange = valeur des titres reçus + soulte ; plus-value brute = prix de cession moins prix d’acquisition ; test du seuil de 10 % du nominal.

Résultat.

Soulte de 15 000 €Variante : soulte de 40 000 €
Seuil de 10 % du nominal30 000 €30 000 €
Soulte rapportée au nominal5,00 %13,33 %
Prix de cession de l’échange315 000 €340 000 €
Plus-value brute d’échange195 000 €220 000 €
Plus-value imposée en 202615 000 € (la soulte)220 000 € (la totalité)
Plus-value en sursis180 000 €0 €
Impôt sur le revenu à 12,8 %1 920 €28 160 €
Prélèvements sociaux à 18,6 %2 790 €40 920 €
Total au PFU de 31,4 %4 710 €69 080 €

Dans le premier cas, Hélène revend ses actions B 420 000 €. La soulte ayant été imposée en totalité, le prix d’acquisition reste de 120 000 € : le gain est de 300 000 €. Il comprend les 180 000 € restés en sursis et 120 000 € de hausse postérieure à l’échange. Il est imposé l’année de la cession, selon les règles de cette année-là.

Le profil est fictif. Les montants et les dates sont des hypothèses. Le taux de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux) est celui que la brochure IR 2026 et la page « Les cessions mobilières » indiquent pour les plus-values de valeurs mobilières ; il se vérifie pour l’année réelle de l’opération. Le calcul ne tient compte ni de moins-values, ni d’un barème, ni d’autres éléments de votre déclaration.

Ce qui change selon votre cas

  • Le montant de la soulte par rapport à la valeur nominale, au pair comptable ou à la valeur liquidative des titres reçus.
  • La nature de l’opération : offre publique d’échange, fusion, scission, apport, conversion, regroupement. Une offre publique d’achat n’est pas concernée.
  • Le contrôle de la société bénéficiaire par l’apporteur, qui bascule le dossier vers l’article 150-0 B ter.
  • La date de l’échange, notamment avant ou après le 1er janvier 2017.
  • Vos projets : cession des titres reçus, transmission à titre gratuit, départ de France.

La règle dépend de votre situation. Aucun résultat n’est promis.

Questions fréquentes

Dois-je demander le sursis d’imposition ?

Non. Le BOFiP écrit que le sursis s’applique de plein droit, sans que le contribuable n’ait à en faire la demande (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-20, § 1).

Que se passe-t-il si la soulte dépasse 10 % ?

La totalité de la plus-value réalisée à l’occasion de l’échange est imposable immédiatement (§ 20). La brochure 2026 (revenus 2025) demande alors une 2074-I et la déclaration de la plus-value ligne 3VG.

Les rompus comptent-ils dans les 10 % ?

Non. Les sommes versées pour les rompus sont imposables dans les conditions de droit commun et ne sont pas prises en compte pour apprécier la condition de la soulte (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-20-10, § 320 et 330).

Faire le point avant un échange de titres

Une offre d’échange, une fusion ou un apport se prépare avant la date de l’opération, avec les chiffres de votre dossier. Prenez rendez-vous avec Balmont Conseil, cabinet lyonnais installé depuis bientôt 14 ans, pour faire le point.

Alexis SagnierConseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF
Fondateur de Balmont Conseil, Lyon (ORIAS 13003497)

Sources officielles