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8 novembre 2026

Comment votent les Français aisés, et pourquoi la fiscalité du patrimoine est devenue un clivage politique

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Publié le :
8 novembre 2026

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

Les Français aisés ne votent pas d’un seul bloc, mais leur vote a une géographie et une sociologie nettes : métropoles, diplômes, patrimoine. Et la fiscalité du patrimoine est devenue l’un des sujets qui séparent le plus clairement les forces politiques avant 2027. Pour un foyer qui possède plusieurs millions d’euros, comprendre cette carte n’est pas une affaire d’opinion : c’est une façon de mesurer l’incertitude fiscale qui pèse sur son patrimoine, quel que soit le résultat de l’élection.

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Ce que disent les enquêtes

Au premier tour des élections législatives de 2024, selon l’enquête Ipsos Talan réalisée à la veille du scrutin, les catégories que l’institut classe comme « aisées » se sont partagées presque à égalité entre le Nouveau Front populaire (28 %) et Ensemble (27 %). Les cadres ont voté à 34 % pour le Nouveau Front populaire, et c’est parmi eux que le Rassemblement national a obtenu son score le plus faible (21 %). Mais le revenu seul ne trace pas une frontière simple : dans les foyers gagnant plus de 3 000 euros par mois, catégorie large, le Rassemblement national arrive en tête (32 %) devant le Nouveau Front populaire (26 %).

Ce que les enquêtes montrent surtout, c’est l’effet combiné du diplôme, de la profession et du lieu de vie. Un cadre diplômé d’une grande métropole et un chef d’entreprise d’une ville moyenne au même revenu ne votent pas de la même façon.

Ce que disent les cartes

Julia Cagé et Thomas Piketty, dans Une histoire du conflit politique (Seuil, 2023), ont rassemblé les résultats électoraux et les données socio-économiques des 36 000 communes de France depuis 1789. Ils décrivent pour 2022 une tripartition, avec un bloc central dont l’électorat est socialement beaucoup plus favorisé que la moyenne, qu’ils qualifient de vote le plus bourgeois de l’histoire française, une lecture discutée par d’autres chercheurs. Le capital immobilier des communes figure parmi leurs variables explicatives.

Youssef Souidi et Thomas Vonderscher, pour la Fondation Jean-Jaurès, ont descendu l’analyse des législatives de 2024 au niveau des 70 000 bureaux de vote. Dans les bureaux les plus favorisés, la droite obtient des scores bien plus élevés que dans les quartiers populaires, sans atteindre le niveau du bloc présidentiel. Le Rassemblement national, lui, ne fait pas ses meilleurs scores dans les bureaux les plus pauvres ni dans les plus riches, mais domine une très large zone intermédiaire.

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop, prolonge depuis La France d’après. Tableau politique (Seuil, 2023) une lecture territoriale du vote, dans la tradition d’André Siegfried. Il y décrit un double clivage entre métropoles diplômées et France périphérique moins diplômée, qui s’est accentué aux européennes de 2024. Dans le treizième épisode de sa série pour Le Figaro TV, « Salaires, immigration, insécurité et altitude : qui votera quoi à la présidentielle ? », publié en novembre 2026, il dresse un nouveau tableau politique de la France avant l’élection.

Ces trois approches convergent sur un point utile pour qui gère un patrimoine : les territoires où se concentrent les foyers aisés (Paris ouest, Hauts-de-Seine, Yvelines, couronnes des grandes métropoles, frontières suisses) ont un comportement électoral distinct, et souvent minoritaire à l’échelle nationale (voir les communes les plus riches et la carte de l’IFI).

Pourquoi le patrimoine est devenu un clivage

Depuis la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune en 2018 et son remplacement par l’IFI, chaque budget rouvre la question. En 2025 et 2026, la taxe dite Zucman (un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros) a été adoptée par l’Assemblée nationale puis écartée ; les lois de finances pour 2026 ont durci la taxation des holdings patrimoniales, encadré le pacte Dutreil et l’apport-cession, et relevé la CSG sur les revenus du capital (voir ce qui peut changer en une nuit).

Avant 2027, les positions publiées par les formations politiques vont du rétablissement d’un impôt sur la fortune, parfois avec un volet climatique, à son remplacement par un impôt sur la fortune financière, en passant par le maintien du cadre actuel et l’allègement des droits de succession. Nous les présentons, sources à l’appui, dans ce que les programmes prévoient pour un patrimoine de 2 millions d’euros. Balmont Conseil ne prend pas parti : notre travail consiste à chiffrer l’effet de chaque hypothèse sur le patrimoine de nos clients.

Un cas concret : un couple du 7e arrondissement

Situation. Antoine, 63 ans, et Sophie, 61 ans, vivent dans leur appartement du 7e arrondissement estimé 4 millions d’euros. Ils détiennent un compte-titres de 6 millions d’euros, issu de la cession de l’entreprise d’Antoine, et 2 millions d’euros d’assurance-vie. Deux enfants, trois petits-enfants.

Problème. Aujourd’hui, seul leur immobilier entre dans l’assiette de l’IFI : 2,8 millions d’euros après l’abattement de 30 % sur la résidence principale, soit 13 690 euros d’impôt par an. Si un impôt sur la fortune était rétabli sur le modèle de l’ISF de 2017 (même barème, assiette incluant les placements), leur assiette passerait à 10,8 millions d’euros et l’impôt à environ 110 190 euros par an, hors plafonnement. Ils ne savent pas quel scénario retenir.

Stratégie. Ne pas parier, mais préparer ce qui est utile dans tous les scénarios. Donations aux enfants dans la limite des abattements, renouvelables tous les quinze ans (400 000 euros au total pour les deux parents et les deux enfants). Transfert d’une partie du compte-titres vers un contrat luxembourgeois, utile en France comme en cas de départ. Calendrier de transmission arrêté avant l’élection, révisable ensuite. Préparation, sans décision, d’un scénario de départ (voir préparer un départ sans partir).

Résultat. L’IFI actuel ne change pas. Dans le scénario d’un retour à l’ISF de 2017, les donations ramènent l’assiette à 10,4 millions d’euros et l’impôt à environ 104 190 euros, soit 6 000 euros de moins par an ; surtout, 400 000 euros sont transmis sans droits, quel que soit le résultat de 2027. Le couple sait ce que coûte chaque scénario, au lieu de le redouter.

Comment Balmont Conseil intervient

Balmont Conseil chiffre pour chaque client l’effet des principales propositions fiscales en débat, sans pronostic ni prise de position, et construit une stratégie robuste aux différents scénarios : transmission, enveloppes, structuration, mobilité. Le Bilan patrimonial 2027 est conçu pour cela.

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Sources : Ipsos Talan pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat, enquête de premier tour des élections législatives 2024 (résultats repris par Public Sénat et Statista) ; Julia Cagé et Thomas Piketty, Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022, Seuil, 2023 ; Youssef Souidi et Thomas Vonderscher, « La France politique de 2024 : portrait géographique et social », Fondation Jean-Jaurès ; Jérôme Fourquet, La France d’après. Tableau politique, Seuil, 2023, et « Élections européennes : retour sur un séisme électoral », Fondation Jean-Jaurès, 2024 ; Le Figaro TV, « La France de Fourquet », épisode 13, novembre 2026 ; Code général des impôts, articles 885 A et suivants (ancien ISF) et 964 et suivants (IFI).

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

Fort de bientôt 14 ans d'expertise en ingénierie financière, Alexis Sagnier accompagne les dirigeants et expatriés dans la sécurisation de leurs enjeux transfrontaliers.
Fondateur de Balmont Conseil en 2013, il chiffre chaque recommandation en euros (impôt, frais, transmission) avant toute décision.
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