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Dirigeants et transmission

Dirigeant : dans quels cas votre responsabilité civile ou pénale peut être engagée

Un dirigeant répond de ses actes sur deux terrains distincts. La responsabilité civile l’oblige à réparer un préjudice causé à la société, à un associé ou à un tiers. La responsabilité pénale vise à sanctionner une infraction à la loi. Un même fait peut engager les deux.

Au pénal, le dirigeant qui est l’auteur direct de l’infraction ne peut pas s’exonérer. Au civil, celui qui l’attaque doit prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité entre les deux.

Cette page présente les cas d’engagement tels que les décrit la page officielle d’economie.gouv.fr (page écrite le 30/07/2025). Elle ne traite pas les articles de loi, les délais de prescription, les montants d’amendes, la durée d’une interdiction de gérer, ni les règles propres à chaque forme de société. Ces points se vérifient sur votre dossier.

Deux responsabilités, deux logiques

Responsabilité civileResponsabilité pénale
Ce qu’elle viseRéparer un préjudice causé à la société, à un associé ou à un tiersSanctionner une infraction à la loi
Qui agitUn associé à titre individuel, des associés au nom de la société (action sociale « ut singuli »), un tiersLe ministère public ou une victime, par une action civile devant un tribunal pénal
Quelle juridictionTribunal de commerce (sociétés commerciales) ou tribunal judiciaire (sociétés civiles : SCI, SCP, SCM)Tribunal de police, tribunal correctionnel ou cour d’assises, selon les cas
Ce qui est en jeuUne réparationUne amende, une interdiction de gérer ou une peine de prison

La responsabilité pénale : dans quels cas

La responsabilité pénale du dirigeant peut être engagée dans deux situations :

  • il commet personnellement une infraction ;
  • un salarié commet une infraction dans l’exercice de ses fonctions.

La page officielle cite comme exemples d’infractions : l’abus de biens sociaux, l’embauche de travailleurs clandestins, la fraude fiscale, le faux et usage de faux en écriture, le détournement de fonds, la négligence des règles de sécurité, les infractions douanières et environnementales, la tromperie sur la qualité du produit vendu.

Les sanctions possibles sont une amende, une interdiction de gérer ou une peine de prison. La page ne donne ni barème ni durée.

La délégation de pouvoirs

Deux cas se distinguent.

Vous êtes l’auteur direct de l’infraction. Vous ne pouvez pas vous exonérer.

Un salarié a commis l’infraction. Vous pouvez vous exonérer en prouvant que vous aviez délégué vos pouvoirs à une personne compétente, disposant des moyens et de l’autorité nécessaires. La page indique aussi que vous pouvez vous exonérer en prouvant que vous ne pouviez pas influencer le comportement du salarié.

La page cite un arrêt de la Cour de cassation du 13 juin 2012 (n° 11-85280) : la délégation de pouvoir accordée à une personne frappée d’une interdiction de gérer n’exonère pas le dirigeant de sa responsabilité pénale.

Il vous revient de prouver cette délégation.

La responsabilité civile : dans quels cas

Ce que le demandeur doit prouver

Trois éléments : une faute, un préjudice, et un lien de causalité entre les deux.

Qui peut agir

  • Un associé, à titre individuel (action individuelle).
  • Un ou plusieurs associés, au nom de la société : c’est l’action sociale dite « ut singuli ».
  • Un tiers.

En cas de conflit d’intérêts entre la société et le dirigeant, la page indique que la désignation d’un mandataire ad hoc est obligatoire pour que la société soit valablement représentée (Cour de cassation, 9 novembre 2022).

Les types de fautes

La page distingue plusieurs catégories. Chacune se reconnaît à des exemples.

Type de fauteCe que dit la pageExemple cité
Faute détachable des fonctionsElle doit être personnelle, volontaire et incompatible avec les fonctions de dirigeantTromper un fournisseur sur la solvabilité de l’entreprise ; ne pas souscrire une assurance décennale dans le BTP
Infraction aux lois ou règlements applicables à l’entreprise ; violation des statutsDeux catégories distinctesInfraction aux lois ou règlements : absence de dépôt des comptes, inobservation des formalités de constitution. Violation des statuts : emprunt dépassant un seuil sans autorisation préalable des associés
Faute de gestionTout acte contraire à l’intérêt social de l’entreprise peut être retenuS’attribuer une rémunération excessive malgré des résultats déficitaires ; ne pas solliciter une augmentation de capital indispensable à la survie de l’entreprise (Cass., 12 juillet 2016, n° 14-23.310)
Infraction fiscaleVous êtes responsable si les impôts dus par la société n’ont pas pu être payés en raison de manœuvres frauduleuses ou d’omissions graves
Infraction socialeDes pénalités et dommages-intérêts peuvent être exigés pour préjudice à la sécurité sociale ; les cotisations impayées restent à la charge de la société
Concurrence déloyaleLa page recommande de prévoir une clause de non-concurrence dans les statuts, avec une durée et un périmètre encadrés

Ce que la jurisprudence citée précise

Trois points, tels que la page les rapporte :

  • Depuis la loi Sapin II du 9 décembre 2016, la simple négligence n’est plus considérée comme une faute de gestion.
  • Une comptabilité insuffisante, bien que préjudiciable, n’engage pas la responsabilité civile (Cass., 2 octobre 2024, n° 23-15.995).
  • Ne pas déclarer la cessation des paiements constitue une faute (Cass., 5 février 2020, n° 18-15.072 ; Cass., 3 février 2021, n° 19-20.004).

Combler le passif social

Selon la page, le dirigeant peut être condamné à combler le passif social ou subir une extension de procédure collective. Cette page ne détaille ni les conditions ni les montants.

Les protections d’assurance : une piste de discussion

Deux faits, rien de plus :

  • la responsabilité pénale ne peut pas être couverte par une assurance ;
  • la responsabilité civile peut l’être par une assurance souscrite par la société au profit du dirigeant, obligatoire dans certains secteurs.

Savoir si votre société a déjà un contrat de ce type, ce qu’il couvre et pour qui, se vérifie sur le contrat lui-même.

Ce qui change selon votre cas

  • Qui a commis le fait : vous-même ou un salarié. C’est ce qui ouvre ou non la porte de la délégation de pouvoirs.
  • L’existence et la qualité d’une délégation : à qui, avec quels moyens, avec quelle autorité.
  • Le type de faute reproché : détachable, de gestion, fiscale, sociale, ou violation des statuts.
  • La forme de la société : commerciale ou civile, ce qui change la juridiction. Les règles propres à chaque forme ne sont pas traitées ici.
  • Qui agit : un associé, la société, un tiers, le ministère public.
  • Votre secteur : l’assurance de responsabilité est obligatoire dans certains secteurs.

La règle dépend de votre situation. Aucun résultat n’est promis.

Exemple chiffré (profil fictif)

Situation. Une société par actions simplifiée (SAS), profil fictif, verse à son président une rémunération de 90 000 € sur l’exercice. Deux hypothèses sur le résultat avant cette rémunération : un déficit de 20 000 € (cas A) ou un bénéfice de 150 000 € (cas B). Pour simplifier, les charges sociales et l’impôt sont ignorés.

Problème. La page officielle cite comme exemple de faute de gestion le fait de s’attribuer une rémunération excessive malgré des résultats déficitaires. Pour qu’une action civile aboutisse, il faut une faute, un préjudice et un lien de causalité. Que montrent les chiffres ?

Stratégie. Comparer, dans les deux cas, le résultat avant et après la rémunération, et mesurer le poids de la rémunération dans la perte.

Résultat.

Cas ACas B
Résultat avant rémunération– 20 000 €+ 150 000 €
Rémunération du président90 000 €90 000 €
Résultat après rémunération– 110 000 €+ 60 000 €
Perte de l’exercice110 000 €aucune
Part de la rémunération dans la perte81,8 %sans objet

Dans le cas A, la rémunération représente 81,8 % de la perte. Elle l’aggrave de 90 000 €, alors que la perte aurait été de 20 000 € sans elle. C’est le schéma que la page donne en exemple de faute de gestion. Dans le cas B, la société est bénéficiaire après rémunération : l’exemple cité par la page, qui suppose des résultats déficitaires, ne s’y applique pas.

Ce calcul ne dit pas qu’une faute serait retenue dans le cas A. Le caractère excessif d’une rémunération et le montant éventuel d’une condamnation relèvent du tribunal. Les montants sont des hypothèses. Le profil est fictif.

Questions fréquentes

Un dirigeant est-il responsable des infractions commises par un salarié ?

Il peut l’être, si le salarié commet l’infraction dans l’exercice de ses fonctions. Le dirigeant peut s’exonérer en prouvant qu’il avait délégué ses pouvoirs à une personne compétente, disposant des moyens et de l’autorité nécessaires, ou qu’il ne pouvait pas influencer le comportement du salarié.

La délégation de pouvoirs protège-t-elle dans tous les cas ?

Non. Elle ne protège pas le dirigeant qui est l’auteur direct de l’infraction. Elle ne protège pas non plus lorsqu’elle est accordée à une personne frappée d’une interdiction de gérer (Cour de cassation, 13 juin 2012, n° 11-85280).

La responsabilité pénale du dirigeant peut-elle être assurée ?

Non. La page officielle indique que la responsabilité pénale ne peut pas être couverte par une assurance. La responsabilité civile peut l’être, par une assurance souscrite par la société au profit du dirigeant.

Qui peut engager la responsabilité civile d’un dirigeant ?

Un associé à titre individuel, un ou plusieurs associés au nom de la société (action « ut singuli »), ou un tiers. Le tribunal de commerce est compétent pour les sociétés commerciales, le tribunal judiciaire pour les sociétés civiles.

Une comptabilité mal tenue engage-t-elle ma responsabilité civile ?

La page cite un arrêt du 2 octobre 2024 (n° 23-15.995) selon lequel une comptabilité insuffisante, bien que préjudiciable, n’engage pas la responsabilité civile. Ne pas déclarer la cessation des paiements constitue en revanche une faute. L’appréciation dépend de votre dossier.

Faire le point

Votre exposition dépend de votre forme de société, de vos délégations et des protections déjà en place. Prenez rendez-vous avec Balmont Conseil, cabinet lyonnais installé depuis bientôt 14 ans, pour faire le point sur votre situation de dirigeant.

Alexis SagnierConseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF
Fondateur de Balmont Conseil, Lyon (ORIAS 13003497)

Sources officielles