En résumé
Acheter des parts de SCPI à crédit revient à emprunter pour percevoir des revenus fonciers. Au régime réel, les intérêts d’emprunt se déduisent de ces revenus ; le capital remboursé ne se déduit jamais. Dans le cas chiffré ci-dessous (hypothèses fictives), le rendement net sur apport passe de 2,6 % au comptant à 6,0 % à crédit, mais l’investisseur doit financer 2 933 € par an de sa poche. Si les loyers baissent de 5 000 € à 4 000 € et que les parts perdent 10 %, la perte représente 50 % de l’apport. Selon l’AMF, le capital d’une SCPI n’est pas garanti et la revente peut prendre plusieurs mois.
Comment fonctionne l’achat de parts de SCPI à crédit ?
L’AMF indique qu’il est possible de financer l’achat de parts de SCPI par un prêt. Elle ne détaille ni les conditions ni les risques de ce montage. Le principe : un apport, un prêt pour le reste, des loyers perçus chaque trimestre et des échéances de prêt fixes. Ces loyers sont imposés comme des revenus fonciers : barème progressif de l’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.
L’effet de levier désigne le résultat amplifié que produit l’emprunt. Il joue dans les deux sens : un gain plus élevé sur l’apport si les loyers dépassent le coût du prêt, une perte plus lourde dans le cas contraire.
Les intérêts du prêt sont-ils déductibles ?
Oui, au régime réel. Le BOFiP prévoit que les associés d’une société immobilière déduisent de leur quote-part de revenu foncier les intérêts des prêts contractés personnellement pour acquérir leurs droits sociaux. Les règles à connaître :
| Élément | Traitement fiscal |
|---|---|
| Intérêts payés dans l’année | Déductibles du revenu foncier net, s’ils sont justifiés et effectivement payés. |
| Capital remboursé | Jamais déductible. |
| Frais de dossier, garantie | Déductibles comme les intérêts. |
| Assurance emprunteur | Déductible seulement si elle est imposée par le prêt et constitue un supplément d’intérêt. |
| Micro-foncier | Abattement forfaitaire de 30 % qui couvre toutes les charges : aucune déduction des intérêts. |
| Régime réel | Obligatoire au-delà de 15 000 € de loyers, optionnel en dessous. L’option engage pour trois ans. |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % du revenu net, après déduction des charges au régime réel. |
Si les intérêts dépassent les revenus fonciers, le déficit lié aux intérêts ne s’impute pas sur le revenu global. Il se reporte sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Les règles de taxation des loyers sont détaillées dans notre page sur la fiscalité des loyers de SCPI.
Quels sont les risques d’une SCPI à crédit ?
- Des échéances fixes face à des loyers variables. L’AMF précise que les loyers peuvent baisser. L’échéance du prêt, elle, ne change pas.
- Un capital non garanti. Le prix de revente peut être inférieur au prix d’achat, alors que le prêt reste dû en totalité.
- Une sortie lente. La revente de parts prend plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
- Des frais d’entrée. L’AMF indique 5 à 12 % du montant souscrit, financés en partie par l’emprunt. Voir nos pages sur les frais de souscription, de gestion et de cession.
- Un horizon long. L’AMF indique 10 à 20 ans au minimum. La durée du prêt doit être cohérente avec cet horizon.
Cas chiffré : 100 000 € de parts, dont 80 000 € empruntés
Situation. Un investisseur (cas type, illustratif) est dans la tranche à 30 % (revenu imposable par part de 29 316 € à 83 823 €, barème 2026 sur revenus 2025). Il achète 100 000 € de parts, frais d’entrée inclus, avec 20 000 € d’apport et un prêt de 80 000 € sur 15 ans à 3,5 % (taux fictif), soit 572 € par mois. Les loyers sont de 5 000 € par an, soit 5 % du prix (hypothèse fictive, pas une prévision). Il est au régime réel.
Problème. Les échéances annuelles (6 863 €) dépassent les loyers (5 000 €). La première année, 2 734 € sont des intérêts, déductibles ; 4 129 € sont du capital remboursé, non déductible.
Stratégie. Le revenu foncier net est de 5 000 − 2 734 = 2 266 €. Il supporte 30 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Le tableau compare l’achat comptant, l’achat à crédit et un scénario dégradé où les loyers tombent à 4 000 €.
| Calcul, année 1 (en €) | Comptant (100 000) | Crédit | Crédit, loyers à 4 000 |
|---|---|---|---|
| Loyers | 5 000 | 5 000 | 4 000 |
| Intérêts déduits | 0 | 2 734 | 2 734 |
| Revenu foncier net | 5 000 | 2 266 | 1 266 |
| Impôt sur le revenu (30 %) | 1 500 | 680 | 380 |
| Prélèvements sociaux (17,2 %) | 860 | 390 | 218 |
| Gain net après intérêts et impôts | 2 640 | 1 196 | 668 |
| Fonds propres engagés | 100 000 | 20 000 | 20 000 |
| Rendement net sur fonds propres | 2,6 % | 6,0 % | 3,3 % |
| Trésorerie annuelle après échéances et impôts | +2 640 | −2 933 | −3 461 |
Résultat. À crédit, le rendement net sur apport est de 6,0 % contre 2,6 % au comptant, car le loyer (5 %) dépasse le taux du prêt (3,5 %). Ce taux ne compte pas les 4 129 € de capital remboursé la première année, soit 2 933 € à financer hors loyers (environ 244 € par mois). Si les loyers tombent à 4 000 €, le rendement tombe à 3,3 % et l’effort atteint 3 461 €. Si les parts perdent 10 % de leur valeur, la perte de 10 000 € représente 10 % du capital au comptant, mais 50 % de l’apport à crédit.
L’avis d’Alexis Sagnier : vérifier l’effort de trésorerie avant le rendement
Le calcul du rendement dépend d’hypothèses de loyers qui ne sont pas garanties. L’effort mensuel, lui, est connu dès la signature du prêt : il doit rester supportable si les loyers baissent. Le simulateur de crédit patrimonial du site permet de refaire ce calcul avec vos propres taux et votre tranche d’imposition ; notre page investir en SCPI présente le cadre général.
Questions fréquentes
Les intérêts d’un prêt pour acheter des parts de SCPI sont-ils déductibles ?
Oui, du revenu foncier, au régime réel. Le capital remboursé n’est jamais déductible, et l’assurance emprunteur ne l’est que si elle constitue un supplément d’intérêt.
Peut-on créer un déficit foncier avec un prêt SCPI ?
Le déficit lié aux intérêts ne s’impute pas sur le revenu global. Il se reporte uniquement sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
Le micro-foncier est-il adapté à une SCPI à crédit ?
Non, si l’on veut déduire les intérêts. L’abattement de 30 % couvre toutes les charges et exclut toute déduction réelle.
Quel horizon prévoir pour un achat à crédit ?
L’AMF indique 10 à 20 ans au minimum pour une SCPI. Dans l’exemple, le prêt dure 15 ans.
Que se passe-t-il si les loyers baissent ?
L’échéance du prêt reste identique. Dans l’exemple, une baisse de 5 000 € à 4 000 € ajoute 528 € à l’effort annuel, de 2 933 € à 3 461 €.
Sources
- BOFiP, BOI-RFPI-BASE-20-80, « Revenus fonciers – Charges déductibles – Intérêts et frais d’emprunt », version du 01/09/2017 : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-RFPI-BASE-30-20, « Modalités d’imputation des déficits fonciers », version du 16/09/2025 : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-RFPI-DECLA-10, « Régime micro-foncier », version du 06/03/2025 : bofip.impots.gouv.fr
- impots.gouv.fr, « Je mets en location un logement vide. Comment déclarer les loyers perçus ? », mis à jour le 10/07/2026 : impots.gouv.fr
- impots.gouv.fr, « Je donne un bien en location. Dois-je payer des prélèvements sociaux ? », modifié en juillet 2026 : impots.gouv.fr
- impots.gouv.fr, « Comment se détermine ma tranche d’imposition et mon taux d’imposition au barème progressif ? », mis à jour le 07/07/2026 : impots.gouv.fr
- AMF, « Investir dans une SCPI : ce qu’il faut savoir », 2023 : amf-france.org









