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Pas de convention fiscale entre la France et Jersey : ce que cela change

La liste administrative des conventions fiscales de la France ne contient aucune ligne pour Jersey. Entre la France et Jersey, il n’y a donc pas de convention de double imposition lue : c’est le droit interne français qui s’applique, et aucun article ne départage deux résidences. Il existe en revanche un accord d’échange de renseignements, entré en vigueur le 11 octobre 2010. Cet accord organise des échanges d’informations. Nous n’en avons pas lu le texte et nous ne lui prêtons aucun effet sur le partage de l’impôt.

Jersey dans les listes françaises : ni convention, ni liste des États non coopératifs

Le BOFiP recense les conventions en vigueur au 1er janvier 2026 (version du 29 avril 2026). Il ne porte aucune ligne pour Jersey, ni pour Guernesey, l’Île de Man ou les îles anglo-normandes. Le Royaume-Uni y a sa propre ligne. La liste renvoie, pour les accords plus récents, à la base « Traités et Accords » du ministère des affaires étrangères.

Deux autres listes sont à connaître :

  • l’annexe au projet de loi de finances pour 2027 porte, pour Jersey, la mention « Accord d’échange de renseignements entré en vigueur le 11/10/2010 » (situation au 1er septembre 2026) ;
  • la liste française des États et territoires non coopératifs compte 11 États depuis l’arrêté du 15 avril 2026. Jersey n’en fait pas partie. Cette liste se revérifie à la date d’un départ.

Domicile fiscal français : un seul critère suffit

Le domicile fiscal se juge d’après l’article 4 B du CGI, qui retient des critères personnel, professionnel et économique. Il suffit que l’un d’eux soit rempli (BOI-IR-CHAMP-10, § 310). Un séjour de plus de six mois dans l’année « ne constitue pas un critère absolu » (§ 150). Le centre des intérêts économiques est le lieu des principaux investissements, du siège des affaires ou de l’administration des biens (§ 230).

Le BOFiP précise que ces règles internes s’appliquent « sous réserve des conventions internationales » (BOI-INT-DG-20-10-10). Il décrit le départage par le foyer d’habitation permanent pour les personnes visées par une convention. Ce que devient le départage lorsqu’il n’y a pas de convention n’est pas écrit dans les extraits que nous avons lus : cette page ne le tranche pas.

Deux définitions de la résidence qui peuvent se superposer

Jersey a sa propre grille, publiée par Revenue Jersey. Elle distingue trois statuts : résident et ordinairement résident, résident mais non ordinairement résident, non-résident.

Situation lue sur la page de Revenue JerseyStatut ou effet
Installation permanente, ou intention de vivre à Jersey 5 ans ou plusrésident et ordinairement résident dès la date d’arrivée
Logement à disposition, « même pour une nuit »considéré comme résident (les séjours courts en hôtels, guest houses et appartements avec services ne sont normalement pas considérés comme un logement à disposition)
Plus de 90 nuits par an en moyenne sur 4 ansrésident et ordinairement résident dès l’année 5
Contrat de travail de moins de 4 ansrésident non ordinairement résident, sous conditions
Présence de 60 jours ou moins par an (visiteur d’affaires)non imposable sur la rémunération concernée

Le résident ordinaire est imposable à Jersey sur ses revenus mondiaux, « où qu’ils naissent ». Le résident non ordinaire l’est sur les revenus nés à Jersey et sur ceux qui y sont transférés. Les sommes transférées comprennent les revenus étrangers versés sur un compte bancaire de Jersey, les espèces apportées dans l’île et les factures réglées avec des revenus étrangers.

Du côté français, l’article 4 B retient ses propres critères. Les textes lus ne disent pas comment se résout une situation où les deux administrations se jugent compétentes, lorsqu’il n’y a pas de convention.

Aucun crédit d’impôt prévu pour l’impôt payé à Jersey

La brochure pratique de l’impôt sur le revenu 2026 (p. 365) écrit : « En l’absence de convention fiscale, les revenus sont imposables en France, sans élimination d’une éventuelle double imposition en France. » La notice de la déclaration 2047 va dans le même sens pour les revenus de valeurs et capitaux mobiliers : ceux « n’ouvrant pas droit à crédit d’impôt » se déclarent pour leur montant net de l’impôt prélevé à l’étranger, ou en brut si rien n’a été prélevé.

Ces deux documents s’appliquent à l’impôt français. Ils ne disent rien d’un crédit accordé par Jersey pour un impôt français. Nous n’avons pas lu cette règle jersiaise.

Dividende d’une société française versé à un résident de Jersey : exemple chiffré (profil fictif)

Situation. Une consultante, profil fictif, s’installe à Jersey. Elle garde des actions d’une société française et reçoit 10 000 € de dividende brut.

Problème. Elle se demande ce que change l’absence de convention pour la retenue française sur ce dividende.

Stratégie. Elle lit la page de l’administration, qui s’adresse au particulier : la retenue à la source sur les dividendes de source française versés à un particulier non résident est de 12,80 % au 1er janvier 2026, « sous réserve de dispositions plus favorables prévues par les conventions fiscales internationales ». Elle constate qu’aucune convention n’est listée. Elle fait ensuite vérifier à Jersey comment ce dividende est traité dans sa déclaration locale.

Résultat. La retenue française est de 1 280 € et le net perçu de 8 720 €. Ce chiffre ne mesure que le côté français. Le traitement jersiais du même dividende n’est pas établi ici.

Ce que Jersey prélève sur un non-résident

Revenue Jersey publie les règles applicables à celui qui ne vit pas dans l’île mais y perçoit des revenus :

  • un taux de 20 % sur les salaires, les revenus de travail non salarié, les revenus immobiliers et les pensions de Jersey, hors pension de sécurité sociale de vieillesse ou de survivant ;
  • un allègement possible. Si le revenu mondial du non-résident reste sous le seuil d’exonération applicable, le taux jersiais est de 0 % ;
  • pour les bailleurs non-résidents, 20 % du revenu locatif net, retenus par l’agent gestionnaire ; sans agent, le locataire retient 20 % lorsque le loyer annuel atteint 25 000 £ ;
  • des revenus exonérés : intérêts des dépôts auprès d’une banque enregistrée à Jersey, intérêts et dividendes en espèces de sociétés considérées comme résidentes de Jersey, rentes viagères achetées, redevances de brevet.

La page de l’allègement distingue deux cas : le pays de résidence accorde un allègement de la double imposition ou ne l’accorde pas. À quel cas se rattache un résident français, la page ne le dit pas, et nous ne le déduisons pas.

Exit tax : Jersey ne figure pas dans la liste du sursis automatique

L’exit tax peut s’appliquer à une personne domiciliée fiscalement en France au moins six ans sur les dix dernières années, qui détient des titres d’une valeur globale de 800 000 € ou au moins 50 % des bénéfices d’une société. La notice 2074-ETD écrit « supérieure à 800 000 euros », la fiche d’information « au moins 800 000 € » : relisez les deux avant tout calcul. Les taux sont de 12,8 % pour l’impôt sur le revenu et, pour les prélèvements sociaux, de 17,2 % pour les transferts de 2025 et de 18,6 % pour les départs de 2026.

Le sursis de paiement automatique vise les transferts vers l’Union européenne ou vers un État de la liste reproduite par la notice. Jersey n’y figure pas ; le Royaume-Uni, si. La notice prévoit aussi un sursis sur demande : il suppose un représentant fiscal en France et des sûretés dont le montant, pour l’impôt sur le revenu, s’élève à 12,8 % du total des plus-values et créances. Si les titres sont conservés, un dégrèvement intervient après deux ans (valeur globale inférieure à 2,57 millions d’euros) ou cinq ans.

Démarches de départ et comptes à déclarer

Au départ, l’administration demande de signaler la nouvelle adresse, de déclarer sur la 2042 les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ et de porter les revenus de source étrangère sur la 2047. La 2042-NR ne comporte que les revenus de source française imposables en France. L’IFI reste géré par le SIP des non-résidents.

Les comptes bancaires, contrats d’assurance-vie ou de capitalisation et comptes d’actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger se déclarent chaque année. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré (service-public, page vérifiée le 15 avril 2026). La même page prévoit 10 000 € lorsque l’État n’a pas conclu de convention de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Nous ne classons pas Jersey dans cette catégorie.

Ce que cette page ne traite pas

Elle ne traite pas le texte de l’accord d’échange de renseignements, le crédit d’impôt éventuel de Jersey pour un impôt français, le départage d’une double résidence sans convention, la sécurité sociale entre la France et Jersey, ni les conditions d’installation d’un ressortissant français. Pour la fiscalité locale d’un résident (barème, régime des résidents de grande valeur, cotisations), voir notre page sœur sur la vie à Jersey.

Ce qui change selon votre cas

  • Votre domicile fiscal à la date du départ et votre ancienneté en France.
  • Votre statut jersiais : résident ordinaire ou non, et ce qui est transféré dans l’île.
  • La nature de vos revenus français : dividendes, loyers, plus-values, pensions.
  • La valeur de vos titres, vos participations et le sursis applicable.

Un départ se prépare avec les faits de votre dossier. Aucun résultat n’est acquis d’avance.

Questions fréquentes

Existe-t-il une convention de double imposition entre la France et Jersey ?

Non, dans la liste administrative du 29 avril 2026, qui couvre les conventions en vigueur au 1er janvier 2026. Un accord d’échange de renseignements est en vigueur depuis le 11 octobre 2010.

Jersey figure-t-il sur la liste française des États non coopératifs ?

Non, d’après l’annexe au projet de loi de finances pour 2027 (11 États depuis l’arrêté du 15 avril 2026). La liste se vérifie à la date du départ.

Quelle retenue la France applique-t-elle à un dividende français versé à un particulier résident de Jersey ?

La page de l’administration, qui s’adresse au particulier, indique 12,80 % au 1er janvier 2026 pour un particulier non résident, sous réserve des conventions fiscales. Aucune convention n’est listée avec Jersey. Nous n’étendons pas ce taux à une société.

Un résident de Jersey est-il imposé à Jersey sur ses revenus étrangers ?

Cela dépend de son statut. Revenue Jersey écrit que le résident ordinaire est imposable sur ses revenus mondiaux, et le résident non ordinaire sur les revenus nés à Jersey et sur ceux qui y sont transférés.

Faire le point sur votre situation

Balmont Conseil, cabinet installé à Lyon depuis bientôt 14 ans, accompagne des dirigeants et des familles dont le patrimoine ou l’activité relie la France et Jersey. Pour faire le point sur votre situation, prenez rendez-vous.

Alexis SagnierConseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF
Fondateur de Balmont Conseil, Lyon (ORIAS 13003497)

Sources officielles