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Vous pouvez désigner n’importe quelle personne comme bénéficiaire d’une assurance-vie, famille ou non. Au 30 octobre 2026, pour les primes versées avant 70 ans, elle ne paie rien jusqu’à 152 500 €, puis 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable. Par testament, la même personne paierait 60 % après 1 594 € d’abattement.

L’assurance-vie est l’outil qui permet de transmettre à un ami, à un concubin ou à un proche avec une fiscalité supportable. Voici les chiffres, les limites que les héritiers peuvent opposer, la clause à rédiger, les erreurs qui coûtent cher et deux calculs complets.

Peut-on désigner un bénéficiaire sans lien de parenté ?

Oui. Le souscripteur choisit librement le bénéficiaire dans la clause du contrat : un ami, un concubin, un filleul, une association. Le capital est versé directement à la personne désignée, hors des règles de partage de la succession, contrairement à un legs qui passe par le barème des droits de succession.

Une seule limite sérieuse existe : l’article L132-13 du Code des assurances, qui vise les primes « manifestement exagérées ».

Combien paie un bénéficiaire sans lien de parenté ?

La fiscalité dépend de l’âge du souscripteur au moment du versement des primes, pas du lien avec le bénéficiaire. Le conjoint marié ou pacsé du défunt est exonéré. Un frère ou une sœur l’est aussi, à trois conditions : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé, avoir plus de 50 ans ou être infirme, et avoir vécu avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Tous les autres bénéficiaires sont imposables.

Primes verséesTexteAbattementTaux
Avant les 70 ans de l’assuréArticle 990 I du CGI152 500 € par bénéficiaire20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, 31,25 % au-delà
Après les 70 ans de l’assuréArticle 757 B du CGI30 500 € global, tous bénéficiaires et tous contrats confondusDroits de succession : 60 % pour une personne sans lien de parenté

L’abattement de 152 500 € s’applique à chaque bénéficiaire : trois amis désignés à parts égales disposent de trois abattements. Le taux de 20 % porte sur la part taxable, donc après l’abattement.

Après 70 ans, la règle est beaucoup moins favorable. Les primes sont réintégrées à la succession, avec un abattement de 30 500 € à partager entre tous les bénéficiaires, puis 60 % pour une personne sans lien de parenté. Le barème complet figure dans notre page sur les droits de succession selon le lien de parenté.

Pourquoi l’assurance-vie coûte-t-elle beaucoup moins cher qu’un testament ?

Parce que les droits de succession dépendent du lien de parenté. Selon service-public.fr, une personne sans lien de parenté paie 60 % sur la part reçue, après un abattement de 1 594 €, sans tranche progressive. Le concubin est dans la même situation : il n’a aucun droit sur la succession de son partenaire, ne reçoit que par testament, et paie alors 60 %. Une donation de son vivant n’est pas mieux traitée : 60 %, sans abattement.

  • Legs ou testament : 60 % après 1 594 €.
  • Don de votre vivant à un concubin : 60 %, sans abattement.
  • Assurance-vie, primes avant 70 ans : 0 % jusqu’à 152 500 €, puis 20 %.
  • Pacs ou mariage : exonération totale du partenaire ou du conjoint survivant sur le capital d’assurance-vie.

Si vous vivez en couple, le Pacs supprime l’impôt sur le capital reçu par le partenaire, sans changer le contrat. Notre page sur les effets du Pacs sur le patrimoine du couple détaille ce choix.

Que change le lien de parenté entre un legs et l’assurance-vie ?

Le tableau compare, pour 200 000 € transmis, un legs par testament et une assurance-vie dont les primes ont été versées avant 70 ans. Le prélèvement de l’assurance-vie est le même pour tous : le lien de parenté n’intervient pas.

BénéficiaireAbattement sur un legsTaux sur un legsDroits sur 200 000 € léguésPrélèvement assurance-vie sur 200 000 €
Ami ou concubin1 594 €60 %119 043,60 €9 500 €
Neveu ou nièce7 967 €55 %105 618,15 €9 500 €
Frère ou sœur (hors exonération)15 932 €35 % jusqu’à 24 430 € de part taxable, 45 % au-delà80 387,60 €9 500 €

Même un frère ou une sœur, qui bénéficie pourtant du tarif le plus doux hors conjoint, paie plus de huit fois plus par testament que par assurance-vie. L’écart est encore plus grand pour un ami. Pour approfondir les cas des collatéraux, lisez notre article sur la succession des frères, sœurs, neveux, nièces et tiers.

Que se passe-t-il si les primes sont versées après 70 ans ?

Seules les primes versées après les 70 ans de l’assuré basculent dans le régime de l’article 757 B : elles sont ajoutées à la succession, avec un abattement global de 30 500 € pour l’ensemble des contrats du défunt. Un contrat peut donc cumuler les deux régimes.

Prenons 300 000 € de primes, dont 200 000 € versés avant 70 ans et 100 000 € après. Pour un ami : (200 000 − 152 500) × 20 % = 9 500 € sur la première part, et (100 000 − 30 500) × 60 % = 41 700 € sur la seconde, soit 51 200 € au total. Si les 300 000 € avaient été versés avant 70 ans, le prélèvement aurait été de 29 500 €. Le franchissement du 70e anniversaire coûte ici 21 700 € de plus. Notre article sur l’assurance-vie après 70 ans et l’article 757 B détaille ce régime.

Les héritiers peuvent-ils contester la désignation ?

Uniquement si les primes étaient manifestement exagérées. Le capital versé à un bénéficiaire désigné échappe en principe au rapport à la succession et à la réduction pour atteinte à la réserve héréditaire. Le juge apprécie le caractère exagéré à la date de chaque versement, selon :

  • l’âge du souscripteur : plus il est avancé, plus le risque monte ;
  • le poids des primes dans son patrimoine et la cohérence avec ses revenus ;
  • l’utilité du contrat pour lui : possibilité de racheter, d’avancer, de compléter sa retraite ;
  • le calendrier : des versements étalés protègent, un versement massif peu avant le décès expose.

Si le juge retient l’exagération, les primes sont rapportées à la succession dans leur intégralité. Une personne de 66 ans qui verse sur dix ans en gardant le contrat disponible n’est pas dans la situation d’une personne de 84 ans qui verse tout en une fois.

Comment rédiger la clause pour un bénéficiaire sans lien de parenté ?

Une clause standard « mon conjoint, à défaut mes enfants » ne couvre pas votre cas. Prévoyez :

  • le nom, le prénom, la date et le lieu de naissance du bénéficiaire, pour qu’il soit identifiable sans doute possible ;
  • un bénéficiaire de second rang, faute de quoi le capital peut retomber dans la succession si le premier est décédé ;
  • la mention de la répartition entre plusieurs bénéficiaires, en pourcentages.

Une fois la clause acceptée par le bénéficiaire, vous ne pouvez plus la modifier sans son accord. Les règles de rédaction sont dans notre page sur la clause bénéficiaire : rédiger et modifier.

Quelles erreurs coûtent le plus cher ?

  • Écrire « mes amis » ou « ma compagne » sans identité complète. L’assureur doit retrouver le bénéficiaire. Une clause floue retarde le paiement et ouvre la discussion avec les héritiers.
  • Oublier le bénéficiaire de second rang. Si le premier est décédé, le capital peut tomber dans la succession et être taxé selon le lien de parenté de chaque héritier.
  • Verser l’essentiel après 70 ans. L’abattement tombe de 152 500 € par bénéficiaire à 30 500 € pour tous, et le taux atteint 60 % pour un tiers.
  • Tout verser en une fois, tard. Un versement massif à 84 ans, sur un contrat que vous ne pouvez plus utiliser, est le profil type de la prime manifestement exagérée.
  • Croire que la clause tient seule face au testament. Le testament ne remplace pas la clause : le capital va à la personne désignée dans le contrat, pas à celle nommée dans le testament.
  • Négliger le Pacs quand le couple est stable. Il supprime l’impôt sur le capital reçu par le partenaire, ce que la clause seule ne fait pas.

Quelles démarches pour le bénéficiaire au décès ?

Le bénéficiaire dépose le formulaire 2705-A, une déclaration partielle de succession, auprès du service de l’enregistrement du domicile du défunt. En principe, le délai est de 6 mois à compter du décès pour un décès en France métropolitaine. Un formulaire est nécessaire par compagnie d’assurance, et il doit être présenté à l’assureur pour obtenir le versement des sommes. Le prélèvement est calculé par l’administration, et un retard peut entraîner des pénalités.

Prévenez la personne désignée de l’existence du contrat et de la compagnie concernée, sans lui donner les montants si vous préférez les garder confidentiels. Un bénéficiaire qui ignore tout du contrat ne le réclamera jamais.

Cas concret : Hélène, 66 ans, veut protéger son amie de trente ans

Situation. Hélène, 66 ans, vit à Lyon, célibataire, sans enfant. Elle possède 300 000 € de primes versées avant ses 70 ans dans un contrat d’assurance-vie. Son amie Claire, sans aucun lien de parenté, l’a accompagnée pendant toute sa vie adulte.

Problème. Si Hélène lègue ces 300 000 € par testament, Claire paiera 60 % après 1 594 €.

Stratégie. Hélène place les 300 000 € dans le contrat, désigne Claire nommément, ajoute un bénéficiaire de second rang, et verse les primes avant ses 70 ans.

Résultat. Par testament : (300 000 − 1 594) × 60 % = 179 043,60 € de droits, soit 120 956,40 € nets pour Claire. Par l’assurance-vie : (300 000 − 152 500) × 20 % = 29 500 € de prélèvement, soit 270 500 € nets. L’écart est de 149 543,60 € en faveur de Claire.

Pour 80 000 € de primes versées après ses 70 ans, la base serait de 49 500 €, soit 29 700 € de droits à 60 % : la date des versements pèse lourd.

Deuxième cas : Marc, 58 ans, concubin de Sophie

Situation. Marc, 58 ans, vit depuis douze ans avec Sophie, sans mariage ni Pacs. Il a 500 000 € de primes versées avant ses 70 ans dans un contrat d’assurance-vie. Il veut que Sophie et son filleul Tom en profitent.

Problème. Sophie n’a aucun droit sur la succession de Marc. Par testament, elle paierait 60 % : (500 000 − 1 594) × 60 % = 299 043,60 € de droits.

Stratégie. Marc désigne Sophie pour 250 000 € et Tom pour 250 000 €, avec un bénéficiaire de second rang pour chacun. Chacun dispose de son propre abattement de 152 500 €.

Résultat. Chaque bénéficiaire paie (250 000 − 152 500) × 20 % = 19 500 €, soit 39 000 € au total. Avec Sophie seule bénéficiaire des 500 000 €, le prélèvement serait de (500 000 − 152 500) × 20 % = 69 500 €. Répartir entre deux bénéficiaires économise donc 30 500 €, et le contrat évite 260 043,60 € de droits par rapport au testament. Si Marc et Sophie se pacsent, la part de Sophie est exonérée : seul Tom paierait, soit 19 500 €.

Ce que fait Balmont Conseil

Balmont Conseil, cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans, chiffre avec vous la différence entre assurance-vie, legs et donation dans votre situation, contrôle les dates de versement de vos primes et rédige la clause bénéficiaire avec les bonnes références. Pour en parler, prenez rendez-vous avec Balmont Conseil.

Questions fréquentes

Un concubin non pacsé peut-il être bénéficiaire d’une assurance-vie ?

Oui. Il suffit de le désigner dans la clause. Il paie alors le prélèvement de l’article 990 I après 152 500 € d’abattement pour les primes versées avant 70 ans, au lieu de 60 % sur un legs. Le mariage et le Pacs, eux, suppriment l’impôt.

Quel est l’abattement pour un bénéficiaire sans lien de parenté ?

Il est de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, puis 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable et 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement est de 30 500 € pour tous les bénéficiaires ensemble.

Peut-on désigner plusieurs personnes sans lien de parenté ?

Oui, en indiquant leur part en pourcentage. Chacune bénéficie de son propre abattement de 152 500 € sur les primes versées avant 70 ans. Le partage entre plusieurs amis réduit donc le prélèvement total : trois amis qui reçoivent 100 000 € chacun ne paient rien.

Un neveu paie-t-il moins qu’un ami sur une assurance-vie ?

Non. Pour les primes versées avant 70 ans, le prélèvement de l’article 990 I est identique pour un neveu, un ami ou un concubin : 152 500 € d’abattement, puis 20 %. La différence de lien de parenté ne joue que sur un legs ou une donation.

Les enfants du souscripteur peuvent-ils récupérer le capital ?

Uniquement si les primes sont jugées manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur, selon l’article L132-13 du Code des assurances. Dans ce cas, les primes retournent à la succession. Sinon, le capital va au bénéficiaire désigné.

Que se passe-t-il pour les primes versées après 70 ans ?

Elles sont ajoutées à la succession, avec un abattement global de 30 500 € pour tous les bénéficiaires et tous les contrats. Au-delà, un bénéficiaire sans lien de parenté paie 60 %. Verser avant le 70e anniversaire reste la règle la plus rentable.

Peut-on modifier la clause une fois le bénéficiaire désigné ?

Tant que le bénéficiaire n’a pas accepté, oui, à tout moment et librement. Une fois la clause acceptée par le bénéficiaire, la modification demande son accord. Le détail figure dans notre page sur la rédaction et la modification de la clause bénéficiaire.

Faut-il déclarer le capital reçu ?

Oui. Le bénéficiaire dépose le formulaire 2705-A dans les 6 mois du décès, pour un décès en France métropolitaine, et le prélèvement est calculé par l’administration. Un retard peut entraîner des pénalités.

Sources : service-public.fr, fiche « Droits de succession : évaluation de la succession et calcul des droits » (F14198, vérifiée le 9 février 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; service-public.fr, fiche « Conséquences de l’union libre (concubinage) » (F904, vérifiée le 27 avril 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; impots.gouv.fr, « Je suis bénéficiaire d’une assurance-vie, comment la déclarer » (mise à jour du 22 juillet 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; article L132-13 du Code des assurances, d’après une analyse notariale ; consultés le 31 octobre 2026.

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

Fort de bientôt 14 ans d'expertise en ingénierie financière, Alexis Sagnier accompagne les dirigeants et expatriés dans la sécurisation de leurs enjeux transfrontaliers.
Fondateur de Balmont Conseil en 2013, il chiffre chaque recommandation en euros (impôt, frais, transmission) avant toute décision.
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