En résumé…
Oui. Une infirmière libérale qui a liquidé tous ses régimes de retraite avec le taux plein cumule sa pension de la Caisse autonome de retraite et de prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes (CARPIMKO) avec ses revenus libéraux sans limite de revenu. Sans ces conditions, le cumul est plafonné (47 100 € en 2025, dernier montant publié par la caisse). Dans le cas type (pension de 15 500 €, 30 000 € de revenu d’activité, conventionnée, célibataire), l’activité laisse environ 20 600 € une fois payés 4 703 € de cotisations à la caisse et 4 697 € d’impôt, avant les cotisations dues à l’Urssaf (l’organisme qui collecte les cotisations sociales). Ces cotisations ouvrent peu de droits : environ 343 € de pension supplémentaire par an de cumul, aux régimes de base et complémentaire seulement. Pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027 avant 67 ans, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit une réduction de pension : avec le seuil de 7 000 € envisagé, le gain du cas type tomberait à environ 12 100 €.
1. Ce que la CARPIMKO autorise : cumul intégral ou cumul plafonné
Une infirmière libérale retraitée peut poursuivre ou reprendre une activité. La caisse distingue deux situations.
| Cumul intégral | Cumul plafonné | |
|---|---|---|
| Conditions | Avoir demandé sa retraite de base et sa retraite complémentaire à l’âge légal (62, 63 ou 64 ans selon la génération) avec tous les trimestres exigés pour sa génération, ou à 67 ans, et percevoir toutes les pensions de base et complémentaires de tous les régimes (hors pensions non encore versées à cause d’une décote) | Les conditions du cumul intégral ne sont pas réunies |
| Revenu autorisé | Aucune limite : la caisse indique qu’il n’y a pas de plafond de revenus à respecter | Pensions et revenus ensemble sous un plafond de 47 100 € en 2025 (montant 2026 non publié sur la page de la caisse). Le revenu de l’année N est contrôlé à la fin de l’année N+1 ; le dépassement peut suspendre ou réduire la pension à partir de N+2 |
| Nouveaux droits à pension | Oui, aux régimes de base et complémentaire | Aucun |
Le cumul intégral est le cas courant d’une infirmière qui part avec la durée d’assurance du taux plein. Le cumul plafonné concerne un départ avec décote ou sans toutes les pensions liquidées : le plafond s’applique alors au total de la pension et des revenus. Ces règles figurent sur la page « Le cumul emploi-retraite à la Carpimko ». Le cadre général du cumul est décrit par service-public.gouv.fr : liquider toutes ses retraites de base et complémentaires, puis disposer du taux plein. Ce site décrit aussi un plafond du cumul plafonné calculé autrement (160 % du Smic ou dernier salaire) pour les régimes de salariés : pour une libérale, nous retenons le chiffre de la CARPIMKO.
Un point de vigilance : la page de la CARPIMKO porte encore les montants de 2025 (plafond de 47 100 €, cotisation de base minimale de 440 €, forfait complémentaire de 2 312 €). Les règles de calcul 2026 de la caisse ont changé depuis, avec la réforme de l’assiette sociale et la suppression du forfait du régime complémentaire.
2. Ce que coûte l’activité reprise, et ce qu’elle rapporte en droits
En cumul intégral, l’infirmière cotise comme une professionnelle en exercice, avec quelques particularités. Depuis 2026, les cotisations se calculent sur le revenu sans déduction des cotisations sociales, diminué d’un abattement de 26 % : c’est l’assiette sociale. Pour 30 000 € de revenu, elle est de 22 200 €.
| Régime | Cotisation en cumul, 2026 | Nouveaux droits |
|---|---|---|
| Base | Calculée comme avant le cumul : 8,73 % de l’assiette jusqu’à 48 060 € (un plafond annuel de la Sécurité sociale, ou PASS), plus 1,87 % jusqu’à 240 300 €. La page du cumul annonçait un minimum de 440 € en 2025 | Oui : de 60 à 550 points par an, à 0,6599 € le point, dans la limite de 3 620 points au total (5 % du PASS) |
| Complémentaire | La caisse n’a pas publié la règle 2026 pour les retraitées : en 2025, seul le forfait de 2 312 € était dû. Le forfait est supprimé en 2026 ; la cotisation minimale 2026 est de 2 091 € (8,70 % de 24 030 €) | Oui : 8 points par an à 21,48 € le point, dans la limite de 48 points au total (règle de 2025, hypothèse pour 2026) |
| Avantage social vieillesse (ASV) | Forfait de 224 € plus 0,16 % de l’assiette pour l’infirmière conventionnée, soit 260 € ici ; l’Assurance maladie règle le reste (447 € plus 0,24 %). La caisse précise que la part forfaitaire et la part proportionnelle restent dues en cumul, sans droit nouveau | Aucun en cumul, alors que la cotisation reste due |
| Invalidité-décès | Due jusqu’au premier jour du trimestre qui suit les 67 ans, puis facultative jusqu’à 70 ans : 1 022 € (incapacité et décès) ou 511 € (décès seul) en 2026 | Couverture maintenue tant que la cotisation est payée |
Les droits nouveaux forment une seconde pension, versée à la cessation de l’activité, qui s’ajoute à la première. Elle n’est ni majorée ni révisée, et les droits au-delà des plafonds sont perdus. D’après la caisse, les droits du régime de base comptent depuis le 1er janvier 2023 et ceux du régime complémentaire depuis le 1er janvier 2024 pour les retraités déjà en cumul intégral à ces dates ; pour une reprise d’activité, ils comptent à partir de la reprise. Service-public.gouv.fr borne la nouvelle pension de base à 2 403 € bruts par an (soit 5 % du PASS 2026), une seule fois par caisse.
L’ordre de grandeur est modeste. Dans le cas type, une année de cumul à 30 000 € ajoute environ 171 € de pension de base (259,6 points × 0,6599 €) et 172 € de pension complémentaire (8 points × 21,48 €), soit 343 € par an pour 4 444 € de cotisations de base et complémentaire : il faut près de 13 ans de pension pour récupérer une année de cotisations. Le régime complémentaire atteint en plus son plafond de 48 points au bout de 6 ans de cumul : au-delà, la cotisation reste due sans ouvrir de droit, d’après la règle publiée en 2025. Après 6 ans, la seconde pension ne dépasse pas 2 059 € par an pour 26 663 € de cotisations de base et complémentaire versées.
3. Ce qui change pour les pensions qui prennent effet à partir de 2027
L’article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 supprime la distinction entre cumul intégral et cumul plafonné : seul l’âge compte. Selon la CARPIMKO, ces règles visent les pensions qui prennent effet à compter du 1er janvier 2027. Une infirmière dont la pension prend effet avant cette date reste, à notre lecture, sous les règles actuelles.
| Âge de l’infirmière | Effet sur la pension |
|---|---|
| Avant l’âge légal de départ | La pension est réduite du montant des revenus professionnels dès le premier euro |
| Entre l’âge légal et 67 ans | Pension versée en entier jusqu’à un seuil de revenus fixé par décret, envisagé à 7 000 € par an ; au-delà, elle est réduite de 50 % du dépassement. Exemple de calcul : revenus de 9 000 €, dépassement de 2 000 €, réduction de 1 000 € |
| À partir de 67 ans | Cumul sans plafond ni réduction. Selon la caisse, seul le travail en cumul après 67 ans ouvrirait des droits à une seconde pension |
Le décret qui fixe le seuil n’était pas publié lorsque la CARPIMKO a mis en ligne son article (1er juin 2026), lorsque service-public.gouv.fr a publié sa fiche (22 mai 2026), ni à la date d’une question écrite à l’Assemblée nationale du 29 septembre 2026, restée sans réponse : nous n’en avons lu aucun depuis. Le seuil de 7 000 €, l’âge légal retenu et les exceptions restent donc des hypothèses.
4. Le calcul sur 30 000 € d’activité réduite
Cas type
Situation. Une infirmière libérale conventionnée de 67 ans, célibataire, une part fiscale. Elle a liquidé tous ses régimes avec le taux plein. Sa pension annuelle brute est de 15 500 € : c’est le résultat d’une carrière de 35 ans à 45 000 € de revenu professionnel, calculé avec les valeurs de point 2026 de la caisse (hypothèse de calcul). Elle garde une activité réduite de quelques tournées et dégage 30 000 € de revenu avant cotisations sociales.
Problème. Elle se demande ce qu’il lui reste réellement de ces 30 000 €, sachant que sa pension seule ne l’amène pas jusqu’à la tranche à 30 %.
Stratégie. Elle reste en cumul intégral, sans limite de revenu, et fait le calcul complet. Assiette sociale : 30 000 € × (1 − 26 %) = 22 200 €. Cotisations 2026 : régime de base 2 353 € (1 938 € + 415 €), régime complémentaire 2 091 € (hypothèse : cotisation minimale), ASV 260 €, soit 4 703 €, 15,7 % du revenu, hors invalidité-décès (facultative à son âge). Les cotisations de retraite obligatoires sont déductibles du bénéfice (article 154 bis du Code général des impôts). Nous déduisons le régime de base et le régime complémentaire, et pas l’ASV, que la page du Bulletin officiel des finances publiques consultée ne traite pas : le bénéfice imposable tombe à 25 556 €. Pension imposable : 15 500 € − 10 % d’abattement (1 550 €, le minimum de 454 € ne s’applique pas) = 13 950 €. Revenu imposable total : 39 506 €.
Résultat. L’impôt passe de 258 € à 4 956 € : 4 697 € de plus, car les premiers 15 629 € du revenu ajouté sont taxés à 11 %, le reste à 30 % (tranche de 29 579 € à 84 577 €). Il reste 20 599 € sur 30 000 € (30 000 − 4 703 − 4 697), hors cotisations Urssaf. Le prélèvement de la caisse et de l’impôt atteint 31,3 % de l’activité. Avec 4 710 € versés sur un plan d’épargne retraite (plancher de déduction 2026 d’un travailleur non salarié), l’impôt baisse de 1 413 € (30 % de 4 710 €) et passe à 3 543 €.
| Poste (en euros par an) | Pension seule | Cumul, règles actuelles | Hypothèse : pension liquidée en 2027 avant 67 ans, seuil de 7 000 € |
|---|---|---|---|
| Pension brute versée | 15 500 | 15 500 | 4 000 |
| Revenu d’activité | 0 | 30 000 | 30 000 |
| Cotisations CARPIMKO (base, complémentaire, ASV) | 0 | − 4 703 | − 4 703 |
| Revenu imposable (pension après abattement de 10 %, plus bénéfice net des cotisations déduites) | 13 950 | 39 506 | 29 102 |
| Impôt sur le revenu | 258 | 4 956 | 1 925 |
| Disponible après cotisations CARPIMKO et impôt | 15 242 | 35 841 | 27 371 |
| Gain lié à l’activité | 20 599 | 12 130 |
Hypothèses. Contribuable célibataire, une part. Barème de l’impôt sur le revenu publié au Bulletin officiel des finances publiques pour les revenus 2025 (11 % de 11 600 € à 29 579 €, 30 % de 29 579 € à 84 577 €), supposé inchangé pour 2026. La pension est imposée pour son montant brut après abattement, sans déduction de la contribution sociale généralisée. Abattement de 10 % sur la pension (minimum 454 €, plafond 4 439 € par foyer ; il est ici de 1 550 €). La cotisation du régime complémentaire est une hypothèse : si la caisse ne demandait rien en cumul, le gain serait supérieur de 1 463 €. L’assiette de la partie proportionnelle de l’ASV est celle des revenus conventionnés ; nous la prenons égale à l’assiette sociale. Les cotisations dues à l’Urssaf, dont la contribution sociale généralisée, et la cotisation facultative d’invalidité-décès ne sont pas incluses. La colonne de droite applique la réduction de la moitié du dépassement de 7 000 € à la même pension, sans décote : la pension passe de 15 500 € à 4 000 €. Dans ce scénario, les 11 500 € de pension perdus absorbent environ 41 % du gain : il reste 12 130 € au lieu de 20 599 €.
5. Les démarches à la reprise d’activité
- Déclarer le cumul à la CARPIMKO dans le mois qui suit l’attribution de la pension si l’activité se poursuit, ou dans le mois qui suit la reprise si elle reprend après la liquidation, avec le formulaire en ligne de l’espace personnel. La reprise d’activité se déclare aussi dans ce délai.
- Vérifier que tous les régimes sont liquidés : un seul régime oublié, de base ou complémentaire, sort du cumul intégral et fait appliquer le plafond.
- Demander ses secondes pensions à la même date pour les régimes de base et complémentaire, à la cessation de l’activité : la caisse prévient que les droits d’un régime non demandé en même temps sont perdus.
- Choisir la couverture invalidité-décès : 1 022 € pour l’incapacité et le décès, 511 € pour le décès seul, à partir du moment où la cotisation devient facultative.
- Placer le revenu net : le plan d’épargne retraite individuel se déduit au taux marginal du foyer ; le plafond est détaillé sur notre page plafond de déduction du PER.
Questions fréquentes
Une infirmière libérale peut-elle cumuler sans limite de revenu avec la CARPIMKO ?
Oui en cumul intégral : avoir demandé sa retraite à l’âge légal avec tous les trimestres exigés pour sa génération, ou à 67 ans, et percevoir toutes les pensions de base et complémentaires de tous les régimes. Sinon, le cumul est plafonné (47 100 € en 2025) et un dépassement peut suspendre ou réduire la pension.
Les cotisations payées en cumul augmentent-elles la retraite ?
Un peu. En cumul intégral, elles ouvrent une seconde pension aux régimes de base (60 à 550 points par an, 3 620 points au total) et complémentaire (8 points par an, 48 au total d’après la page de la caisse). L’ASV n’ouvre aucun droit. Dans le cas type, une année à 30 000 € ajoute environ 343 € de pension par an.
Que change la réforme du cumul pour les pensions de 2027 ?
Selon la CARPIMKO, pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027 : réduction dès le premier euro avant l’âge légal, réduction de 50 % du dépassement d’un seuil (7 000 € envisagé) entre l’âge légal et 67 ans, cumul sans limite à partir de 67 ans. Le décret fixant le seuil n’était pas publié aux dernières dates lues.
Dans quel délai déclarer son cumul à la caisse ?
Dans le mois qui suit l’attribution de la pension si l’activité se poursuit, ou dans le mois qui suit la reprise d’activité. La déclaration se fait en ligne depuis l’espace personnel de la CARPIMKO.
La cotisation invalidité-décès est-elle due en cumul ?
Elle est due jusqu’au premier jour du trimestre qui suit les 67 ans. Ensuite, elle est facultative jusqu’à 70 ans : 1 022 € par an pour l’incapacité et le décès, ou 511 € par an pour le décès seul, en 2026.
Notre position
Nous partons de votre relevé de carrière, de votre date de liquidation et de vos revenus d’activité prévus, pas d’une moyenne. Nous chiffrons ce qu’il vous reste après cotisations et impôt, puis nous décidons s’il faut placer le revenu net dans un plan d’épargne retraite ou ailleurs. Nous ne rédigeons pas d’actes et ne donnons pas de conseil juridique ou comptable : l’éligibilité au cumul et la déclaration de vos revenus se valident avec la CARPIMKO et votre expert-comptable. Nous percevons des commissions sur les contrats souscrits via notre cabinet.
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Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 28/10/2026.
Sources officielles consultées
- CARPIMKO, « Le cumul emploi-retraite à la Carpimko » (conditions du cumul intégral et plafonné, cotisations, droits nouveaux, démarches) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Réforme du cumul emploi-retraite : les changements envisagés à compter du 1er janvier 2027 » (1er juin 2026) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Déclarer mon cumul activité-retraite » (délai d’un mois) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Ma prévoyance retraité » (cotisation invalidité-décès facultative de 1 022 € ou 511 € en 2026) : carpimko.com
- CARPIMKO, « 2026 : évolution de l’assiette des cotisations sociales et retraites » (assiette sociale, abattement de 26 %, taux 2026, ASV 224 € + 0,16 % à la charge de l’adhérent) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Mes cotisations s’adaptent à mes revenus » (cotisations 2026 des quatre régimes) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Comment ma retraite libérale est-elle calculée ? » (valeurs du point 2026 : 0,6599 €, 21,48 €, 1,50 €) : carpimko.com
- CNAVPL, « Comprendre sa retraite » (557 et 25 points maximum du régime de base, calcul au prorata de la cotisation, taux plein à 67 ans) : cnavpl.fr
- Service-public.gouv.fr, « Cumul emploi-retraite » (conditions générales, nouvelle pension limitée à 2 403 € par an) : service-public.gouv.fr
- Service-public.gouv.fr, « Cumul emploi-retraite : nouvelles règles à partir de 2027 » (loi n° 2025-1403, article 102 ; seuil de 7 000 €, décret non publié au 22 mai 2026) : service-public.gouv.fr
- Assemblée nationale, question écrite n° 18596 du 29 septembre 2026 (décret fixant le seuil non publié, question sans réponse) : questions.assemblee-nationale.fr
- Service-public.gouv.fr, abattement de 10 % sur les pensions (454 € minimum, 4 439 € maximum par foyer) : service-public.gouv.fr
- BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-20, charges sociales personnelles des professions libérales (déduction sans limitation des cotisations obligatoires d’assurance vieillesse de base et complémentaire, article 154 bis du Code général des impôts) : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-IR-LIQ-20-10, barème de l’impôt sur le revenu (loi n° 2026-103 de finances pour 2026, article 4) : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20, limites de déduction des cotisations d’épargne retraite (plafond de 4 710 € à 37 680 € en 2026) : bofip.impots.gouv.fr
- Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 48 060 €.



