La CFE retraite est l’assurance volontaire vieillesse gérée par la Caisse des Français de l’étranger : elle permet de continuer à valider des trimestres de retraite de base française pendant une expatriation. Au 30 octobre 2026, une année cotisée sur l’assiette maximale de 48 060 € coûte 8 545 € pour un ancien artisan ou commerçant, et les délais d’inscription sont stricts.
Beaucoup d’expatriés découvrent cette option trop tard, ou la souscrivent sans calculer ce qu’elle rapporte. Cet article donne les conditions, les coûts relevés sur les sites officiels et deux calculs de rentabilité, pour décider avec des chiffres.
Qu’est-ce que la CFE retraite, et à qui s’adresse-t-elle ?
La Caisse des Français de l’étranger (CFE) gère l’assurance volontaire vieillesse : vous payez vous-même des cotisations à la France pour que vos années à l’étranger continuent de compter dans votre retraite de base. Les trimestres restent validés et les droits continuent de s’accumuler, comme si vous cotisiez en France.
Elle s’adresse à trois profils : le salarié expatrié, le travailleur non salarié et le parent au foyer. Elle ne remplace pas la cotisation au régime du pays d’accueil, que vous devez continuer de payer. Elle ne peut pas non plus porter sur des périodes déjà passées à l’étranger : on s’inscrit pour l’avenir, pas pour le passé.
Pour la retraite complémentaire, une adhésion volontaire à l’Agirc-Arrco existe séparément, via Malakoff Humanis International. En adhésion individuelle, service-public.fr indique un délai de 12 mois pour s’inscrire. Pour le reste du dossier retraite à l’étranger, voyez notre guide pour planifier sa retraite en expatriation.
Pour quels pays la CFE retraite est-elle utile ?
Selon service-public.gouv.fr (fiche F34071, vérifiée le 1er septembre 2025), l’assurance volontaire concerne surtout les salariés expatriés dans un pays qui n’a pas de convention de sécurité sociale avec la France. Dans ces pays, les périodes travaillées à l’étranger ne comptent pas automatiquement pour la retraite française : l’assurance volontaire les fait entrer dans le calcul.
| Situation | Durée | Conséquence pour la retraite française |
|---|---|---|
| Détachement dans l’Espace économique européen, en Suisse ou au Royaume-Uni | 24 mois au plus | Vous restez rattaché au régime français |
| Détachement dans un pays lié à la France par une convention | 1 à 5 ans selon la convention | Vous restez rattaché au régime français |
| Au-delà de ces durées | Illimitée | Vous êtes considéré comme expatrié : le pays d’accueil décide, l’assurance volontaire est l’outil pour continuer à valider en France |
Notre page détachement ou expatriation : effets sur la retraite détaille la frontière entre les deux statuts.
Quelles conditions et quels délais pour souscrire à la CFE retraite ?
Les délais sont le piège principal. Le site de l’Assurance retraite « La retraite en clair » (page modifiée le 18 septembre 2025) les fixe ainsi :
| Profil | Condition | Délai pour demander |
|---|---|---|
| Salarié, cas général | 6 mois d’affiliation à un régime de salariés avant le départ | 6 mois après la sortie de ce régime |
| Salarié, sans affiliation à un régime de salariés au départ | 5 ans d’assurance maladie obligatoire française (continus ou non) | 10 ans après le début de l’activité à l’étranger |
| Travailleur non salarié | 5 ans d’assurance maladie obligatoire française | 10 ans après le début de l’activité à l’étranger |
| Parent au foyer | Enfant de moins de 20 ans, pas d’activité, 5 ans d’assurance maladie | Pas de délai particulier |
Depuis le 1er janvier 2020, la CFE est compétente pour gérer l’assurance volontaire vieillesse des artisans et commerçants qui exercent une activité à l’étranger, selon l’Assurance retraite. Le dossier se prépare avant le départ : un salarié qui laisse passer six mois perd la voie la plus simple.
La fiche F34071 de service-public.gouv.fr formule la condition de durée d’assurance maladie un peu différemment : 5 ans, continus ou non, si vous n’êtes pas né en France, et aucune condition de durée si vous êtes né en France. Les textes évoluent : confirmez votre cas auprès de la CFE avant de renoncer à cette option.
Comment souscrire à la CFE retraite, étape par étape ?
- Demandez un devis. Pour un salarié expatrié, la demande de devis en ligne est gratuite (service-public.gouv.fr, démarche R61386, vérifiée le 9 octobre 2025).
- Préparez les pièces. Une copie de la carte d’identité ou du passeport, vos trois derniers bulletins de salaire certifiés conformes par votre employeur, un relevé d’identité bancaire, et un extrait d’acte de naissance si vous n’avez pas de numéro de Sécurité sociale. Moins de trois mois de travail à l’étranger : une attestation de l’employeur indiquant votre rémunération annuelle brute suffit.
- Souscrivez si le devis vous convient. L’adhésion se fait en ligne, ou par courrier avec le bulletin d’adhésion de la CFE.
- Continuez de payer le régime du pays d’accueil. Les cotisations versées à la CFE sont reversées à l’Assurance retraite, qui les porte à votre compte.
- Surveillez votre relevé de carrière. Pour la retraite de base, l’interlocuteur est la Carsat.
Combien coûte la CFE retraite en 2026 ?
Pour un salarié, la CFE établit un devis gratuit en ligne à partir de vos trois derniers bulletins de paie (service-public.fr, fiche vérifiée le 9 octobre 2025). Le montant dépend du dernier revenu et d’une assiette fixée en part du plafond annuel de la Sécurité sociale, qui vaut 48 060 € en 2026.
Pour les anciens artisans et commerçants, l’Assurance retraite publie les montants 2026. Ils reprennent les taux du régime de base, appliqués à 50 %, 75 % ou 100 % du plafond selon le dernier revenu professionnel :
| Assiette annuelle | Retraite de base | Retraite complémentaire | Invalidité-décès |
|---|---|---|---|
| 24 030 € (50 % du plafond) | 4 294 € | 1 946 € | 312 € |
| 36 045 € (75 % du plafond) | 6 441 € | 2 920 € | 466 € |
| 48 060 € (100 % du plafond) | 8 545 € | 3 893 € | 625 € |
Ces montants servent d’ordre de grandeur. Le coût exact se confirme par devis auprès de la CFE selon votre situation.
Combien de pension une année cotisée rapporte-t-elle ?
Pour un salarié du privé, service-public.fr (fiche vérifiée le 1er septembre 2026) donne la formule de la pension de base : revenu annuel moyen des 25 meilleures années, multiplié par le taux, multiplié par la durée d’assurance divisée par la durée exigée pour le taux plein. Le taux plein est de 50 %, et la durée exigée est de 172 trimestres pour les générations nées à partir de 1966.
Une année cotisée valide quatre trimestres. Elle ajoute donc 4 / 172 de la pension à taux plein. Voici le résultat pour trois revenus annuels moyens, avec l’assiette de cotisation correspondante de la grille ci-dessus :
| Revenu annuel moyen | Coût d’une année (base) | Pension brute ajoutée par an | Années de retraite pour amortir |
|---|---|---|---|
| 24 030 € | 4 294 € | 279,42 € | 15,4 |
| 40 000 € | 6 441 € | 465,12 € | 13,9 |
| 48 060 € | 8 545 € | 558,84 € | 15,3 |
Le résultat est stable : il faut compter environ 14 à 15 ans de retraite pour récupérer la mise, soit un équilibre vers 78 ans pour un départ à 64 ans. Ce calcul retient le taux plein de 50 % ; la décote, qui pèse en plus sur les carrières incomplètes, rend l’opération plus rentable, pas moins.
Comment la décote change-t-elle le calcul ?
La décote réduit le taux de la pension de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Le taux plein s’obtient aussi d’office à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres (service-public.gouv.fr, fiche F21552, vérifiée le 1er septembre 2026). Pour qui part à 64 ans avec une carrière courte, chaque trimestre acheté a donc deux effets : il augmente la durée d’assurance et il supprime une part de décote. C’est ce qui fait baisser le délai d’amortissement.
Quand la CFE retraite vaut-elle le coup ?
- Il vous manque des trimestres pour atteindre 172 : chaque année cotisée comble un manque réel.
- Vous avez déjà 172 trimestres : l’assurance volontaire n’apporte presque rien, car la durée est plafonnée au taux plein.
- Vos droits dans le pays d’accueil sont incertains : dans certains pays, une pension n’est pas versée si vous n’y vivez plus, comme le rappelle service-public.fr.
- Vous avez d’autres moyens de combler : le rachat de trimestres peut être plus adapté, voir notre guide du rachat de trimestres pour un expatrié.
| Outil | Porte sur | À retenir |
|---|---|---|
| CFE retraite (assurance volontaire) | Les années à venir, passées à l’étranger | S’inscrit dans des délais stricts, avant ou juste après le départ |
| Rachat de trimestres | Des années passées, dans ses propres limites | Utile pour combler un manque ancien |
| Épargne retraite complémentaire | Un capital ou une rente à constituer | Ne valide aucun trimestre |
Autre point utile : pour le fonctionnement de la caisse elle-même, consultez la page sur les conditions d’adhésion à la Caisse des Français de l’étranger.
Quelles erreurs éviter avec la CFE retraite ?
- Attendre d’être installé. Un salarié qui dépasse le délai de six mois après sa sortie du régime français perd la voie la plus simple.
- Cotiser sans compter les trimestres. Au-delà de 172 trimestres, chaque euro versé ne rapporte presque rien.
- Croire que la CFE remplace le régime local. Les cotisations du pays d’accueil restent dues.
- Vouloir racheter le passé avec la CFE. Elle ne couvre pas les périodes déjà accomplies à l’étranger.
- Oublier la retraite complémentaire. L’Agirc-Arrco a son propre délai de 12 mois en adhésion individuelle.
Cas concret : Thomas, ancien commerçant lyonnais parti à Dubaï
Situation. Thomas a 46 ans, il a vendu son commerce et s’installe à l’étranger. Il compte 130 trimestres validés, un revenu annuel moyen de 40 000 € et un dernier revenu de 40 000 €, ce qui le place à l’assiette de 75 % du plafond, soit 36 045 €.
Problème. Il lui manque 42 trimestres sur les 172 exigés. Sans cotisation, sa pension de base théorique serait de 15 116,28 € par an (20 000 € à taux plein × 130 / 172), avant décote.
Stratégie. Il souscrit à l’assurance volontaire dans le délai de dix ans et ne cotise que le nombre d’années utiles : 42 trimestres, soit 11 années (44 trimestres), et pas plus.
Résultat. Coût sur 11 années aux montants 2026 : 70 851 € (11 × 6 441 €). Pension de base ajoutée : 4 883,72 € brut par an, soit environ 407 € par mois. Il récupère sa mise en 14,5 ans de retraite, vers 78,5 ans. Hypothèses : montants constants, revenu annuel moyen inchangé, et mécanique de calcul du salarié du privé appliquée à titre d’ordre de grandeur.
Second cas chiffré : Claire, avec la décote en jeu
Situation. Claire, 51 ans, née en 1975, a vendu son affaire de commerce et part à l’étranger pour plusieurs années. Elle compte 160 trimestres validés, un revenu annuel moyen de 40 000 € et un dernier revenu de 40 000 €, donc l’assiette de 75 % du plafond (6 441 € par an en base).
Problème. Il lui manque 12 trimestres pour atteindre 172. Si elle ne cotise pas, son taux de pension sera de 50 % − 12 × 0,625 % = 42,5 % : sa pension de base atteindrait 15 813,95 € par an (40 000 € × 42,5 % × 160 / 172).
Stratégie. Elle cotise trois années à la CFE, soit 12 trimestres, pour atteindre 172 trimestres et supprimer la décote.
Résultat. Coût : 3 × 6 441 € = 19 323 €. Pension de base à 64 ans : 20 000 € par an, soit 4 186,05 € de plus, environ 349 € par mois. Elle récupère sa mise en 4,6 ans de retraite, vers 68,6 ans, contre 14 à 15 ans dans le cas sans décote. Hypothèses : montants constants, mécanique du salarié du privé appliquée à titre d’ordre de grandeur, aucun autre trimestre acquis avant le départ.
Ce que fait Balmont Conseil
Nous chiffrons avec vous la retraite que vous auriez réellement sans cotisation volontaire, puis nous comparons la CFE, le rachat de trimestres et l’épargne retraite selon votre situation. Nous coordonnons ensuite le dossier avec votre départ. Prenez rendez-vous avec le cabinet avant de quitter la France : c’est là que les délais jouent pour vous.
FAQ
La CFE retraite est-elle obligatoire pour un expatrié ?
Non. C’est une assurance volontaire. Vous restez libre de ne pas cotiser, mais vos années à l’étranger ne valident alors en principe aucun trimestre dans le régime français.
Peut-on cotiser à la CFE pour des années déjà passées à l’étranger ?
Non. Selon service-public.fr, l’adhésion ne peut pas porter sur des périodes déjà accomplies à l’étranger. Pour le passé, l’outil possible est le rachat de trimestres, dans ses propres limites.
Quel est le plafond de la Sécurité sociale en 2026 ?
Il est de 48 060 € par an. Les assiettes de cotisation de l’assurance volontaire s’expriment en part de ce plafond : 50 %, 75 % ou 100 % selon le dernier revenu.
Faut-il aussi cotiser dans le pays d’accueil ?
Oui, la cotisation volontaire française s’ajoute au régime local, qui reste dû. C’est ce qui rend le calcul de rentabilité indispensable avant de souscrire.
Quelle retraite complémentaire pendant l’expatriation ?
L’Agirc-Arrco propose une adhésion volontaire via Malakoff Humanis International, avec un délai de 12 mois en adhésion individuelle selon service-public.fr. Elle suppose en général d’avoir cotisé avant ou de cotiser à la CFE.
Combien de temps faut-il pour amortir la CFE retraite ?
Environ 14 à 15 ans de retraite pour un salarié sans décote, selon les montants 2026 de ce guide. Avec une décote à supprimer, le délai peut tomber à moins de 5 ans, comme dans le cas de Claire.
Comment demander un devis à la CFE ?
En ligne, gratuitement, avec vos trois derniers bulletins de salaire certifiés conformes par votre employeur, une pièce d’identité et un relevé d’identité bancaire (service-public.gouv.fr, démarche R61386). Le devis vous engage seulement si vous souscrivez ensuite.
La CFE retraite se confond-elle avec l’assurance maladie de la CFE ?
Non, ce sont deux démarches distinctes. Cet article traite uniquement de la retraite. Pour l’assurance maladie, voyez notre article CFE ou premier euro : comment arbitrer avant le départ.
Sources : « Assurance vieillesse volontaire des expatriés », La retraite en clair, Assurance retraite, page modifiée le 18 septembre 2025 (la-retraite-en-clair.fr, consultée le 30 octobre 2026) ; « Assurance volontaire des artisans et commerçants », montants 2026, L’Assurance retraite (lassuranceretraite.fr, consultée le 30 octobre 2026) ; « Salarié détaché à l’étranger ou expatrié : quels effets sur la retraite ? », fiche F34071 (service-public.gouv.fr, vérifiée le 1er septembre 2025, consultée les 30 et 31 octobre 2026) ; « Caisse des Français de l’étranger – Assurance retraite : estimez vos cotisations et souscrivez en ligne », R61386, vérifiée le 9 octobre 2025 (service-public.gouv.fr, consultée les 30 et 31 octobre 2026) ; « Montant de la retraite du salarié du secteur privé », F21552, vérifiée le 1er septembre 2026 (service-public.gouv.fr, consultée les 30 et 31 octobre 2026).










