Au 30 octobre 2026, vous pouvez détenir plusieurs contrats d’assurance-vie. Le point clé : l’abattement de 4 600 € (9 200 € en couple) et le seuil de 150 000 € de primes se partagent entre tous vos contrats, alors que l’ancienneté de 8 ans se compte contrat par contrat.
Peut-on avoir plusieurs contrats d’assurance-vie ?
Oui. Le texte même de service-public parle de « l’ensemble des contrats d’assurance-vie détenus par un même contribuable », ce qui suppose qu’il peut y en avoir plusieurs. La vraie question est donc : combien en faut-il, et pour quoi faire ? Pour y répondre, il faut distinguer ce qui se partage entre vos contrats de ce qui reste propre à chacun.
Quelles règles se partagent entre tous vos contrats ?
| Règle | Comment elle s’apprécie |
|---|---|
| Abattement sur les gains après 8 ans : 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) | Une seule fois par an pour l’ensemble des contrats du contribuable |
| Seuil de 150 000 € de primes non remboursées, qui commande le taux de 7,5 % au lieu de 12,8 % | Apprécié sur l’ensemble de vos contrats |
| Abattement de 30 500 € sur les primes versées après 70 ans | Global pour l’ensemble des contrats souscrits par le défunt |
| Exonération de 152 500 € par bénéficiaire (primes versées avant 70 ans) | Par bénéficiaire, tous contrats cumulés pour un même assuré |
| Garantie en cas de faillite de l’assureur : 70 000 € | Par épargnant et par entreprise d’assurance |
Retenez la conséquence : multiplier les contrats ne multiplie ni l’abattement annuel, ni le seuil de 150 000 €, ni l’exonération de 152 500 €. Pour cette dernière, le BOFiP (BOI-TCAS-AUT-60) précise que les parts taxables d’un même bénéficiaire sont additionnées lorsque plusieurs contrats sont conclus sur la tête d’un même assuré. Ce qui multiplie l’exonération, ce sont les bénéficiaires, pas les contrats.
Qu’est-ce qui reste propre à chaque contrat ?
- L’ancienneté. Le cap des 8 ans se compte contrat par contrat. Un contrat ouvert en 2020 n’ouvre droit au régime après 8 ans qu’en 2028, quelle que soit l’ancienneté de vos autres contrats.
- Les frais et les supports. Chaque contrat a sa grille de frais, ses fonds en euros et ses unités de compte.
- La clause bénéficiaire. Chaque contrat a la sienne : voir rédiger et modifier la clause bénéficiaire.
Un contrat ou plusieurs : que change vraiment le nombre ?
| Critère | Un seul contrat | Deux ou trois contrats |
|---|---|---|
| Abattement annuel et seuil de 150 000 € | Identiques | Identiques : ils sont partagés |
| Ancienneté de 8 ans | Une seule date, un seul calendrier | Des dates échelonnées, donc des contrats utilisables plus tôt |
| Garantie de 70 000 € par assureur | Une seule entreprise exposée | Exposition répartie si les assureurs sont différents |
| Rachat partiel | Un seul calcul de gains | Choix du contrat où les gains pèsent le moins |
| Clause bénéficiaire | Une seule à tenir à jour | Une par contrat, avec un risque d’incohérence |
| Frais et suivi | Une grille, un relevé | Plusieurs grilles, plusieurs relevés |
Le nombre de contrats change l’organisation, pas le plafond fiscal. L’avantage vient du rôle donné à chaque contrat.
Pourquoi ouvrir un deuxième contrat d’assurance-vie ?
Il y a quatre bonnes raisons, et elles reviennent chaque fois à donner un rôle précis à chaque contrat.
- Faire démarrer l’horloge des 8 ans. Un contrat ouvert tôt, même avec un petit versement, vous met au bon âge fiscal le jour où vous en aurez besoin.
- Répartir le risque entre assureurs. La garantie est de 70 000 € par épargnant et par assureur. La page d’economie.gouv qui la présente décrit d’ailleurs ces mécanismes comme « très largement théoriques », mais au-delà de ce seuil, répartir est une précaution simple.
- Séparer la liquidité et la transmission. Un contrat reste disponible pour vos rachats, un autre est dédié à la transmission avec sa propre clause.
- Accéder à d’autres supports. Un second assureur peut proposer des fonds que le premier n’offre pas : voir fonds en euros ou unités de compte.
Pourquoi ne pas en ouvrir dix ?
Parce que chaque contrat a ses frais, sa clause à tenir à jour et ses documents à retrouver. Au-delà de deux ou trois contrats, la lisibilité baisse plus vite que l’avantage. Notre position : chaque contrat doit avoir un rôle écrit en une phrase, sinon il ne mérite pas d’exister. Pour comparer les frais avant d’ouvrir, voir comment comparer les frais de son assurance-vie.
Comment choisir le contrat sur lequel faire un rachat ?
Le calcul des gains d’un rachat partiel se fait au prorata : la part de gains est égale au montant racheté multiplié par le rapport entre les gains et la valeur du contrat (article 125-0 A du CGI). Un rachat sur un contrat de plus de 8 ans bénéficie de l’abattement ; un rachat sur un contrat de moins de 8 ans est taxé à 12,8 % pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, avant prélèvements sociaux. Le contrat à utiliser n’est donc pas forcément le plus ancien ni le plus récent : c’est celui où les gains pèsent le moins. Notre page sur le rachat partiel et la part de gains détaille la formule.
Que se passe-t-il avec plusieurs assureurs au moment de la déclaration ?
Chaque assureur prélève un acompte sur le rachat qu’il verse : 7,5 % pour un contrat de 8 ans ou plus, 12,8 % pour un contrat plus récent, pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017. Cet acompte est un prélèvement d’attente : l’impôt définitif se calcule sur votre déclaration, avec l’abattement unique et le seuil de 150 000 € appréciés sur l’ensemble de vos contrats, et l’excédent d’acompte est restitué.
Si votre revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année est inférieur à 25 000 € (célibataire) ou 50 000 € (couple), vous pouvez demander à ne pas subir ce prélèvement forfaitaire non libératoire. La demande se fait auprès de l’établissement payeur avant le 30 novembre de l’année précédant le paiement. Voir la dispense du prélèvement de 12,8 %, et le seuil de 150 000 € et le taux de 7,5 % pour savoir comment le seuil se calcule.
Plusieurs contrats multiplient-ils l’exonération au décès ?
Non. Au décès, le régime dépend de l’âge de l’assuré à la date de chaque versement, pas du nombre de contrats :
| Primes versées | Régime | Montant |
|---|---|---|
| Avant 70 ans | Exonération par bénéficiaire, tous contrats d’un même assuré cumulés | 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % sur la part taxable et 31,25 % au-delà de 700 000 € |
| Après 70 ans | Abattement global, partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats | 30 500 € ; au-delà, droits de succession |
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés. Pour le détail des deux régimes, voir notre article sur l’assurance-vie et le décès avant et après 70 ans.
Cas concret : trois contrats pour financer des travaux
Situation. Claire, 61 ans, retraitée lyonnaise, célibataire, détient trois contrats. Le contrat A, ouvert en 2012, contient 105 000 € pour 70 000 € de primes. Le contrat C, ouvert en 2015, contient 39 000 € pour 30 000 € de primes. Le contrat B, ouvert en 2020, contient 44 000 € pour 40 000 € de primes. Total des primes : 140 000 €.
Problème. Elle a besoin de 20 000 € pour des travaux. Son premier réflexe est de racheter sur le contrat B, « le plus petit ».
Stratégie. Elle compare trois options. Sur B (6 ans), les gains du rachat de 20 000 € sont de 1 818,18 € et sont taxés à 12,8 %. Sur A seul, les gains sont de 6 666,67 € : après l’abattement de 4 600 €, il reste 2 066,67 € taxés à 7,5 %. Sur A et C à raison de 10 000 € chacun, les gains sont de 3 333,33 € et 2 307,69 €, soit 5 641,03 € au total.
Résultat. Option B : 232,73 € d’impôt. Option A seul : 155,00 €. Option A et C : (5 641,03 − 4 600) × 7,5 % = 78,08 €, soit 154,65 € de moins que l’option B. L’abattement de 4 600 € ne s’applique qu’une fois : racheter sur deux contrats ne l’a pas doublé. Tous ces montants s’entendent avant prélèvements sociaux.
Deuxième cas : deux contrats, deux enfants, une clause à réécrire
Situation. Georges, 68 ans, veuf, a deux enfants, Julie et Paul. Il détient deux contrats alimentés avant ses 70 ans. Le contrat A (180 000 € de primes) vaut 260 000 € et désigne Julie seule. Le contrat B (120 000 € de primes) vaut 150 000 € et désigne Julie et Paul à parts égales. On suppose ces valeurs atteintes à son décès.
Problème. Julie reçoit 260 000 + 75 000 = 335 000 €, Paul 75 000 €. Les contrats d’un même assuré s’additionnent pour chaque bénéficiaire : l’exonération de 152 500 € joue une fois pour Julie, une fois pour Paul, et celle de Paul est en grande partie inutilisée.
Stratégie. Georges réécrit la clause du contrat A pour désigner Julie et Paul à parts égales, comme sur le contrat B. Chacun reçoit alors (260 000 + 150 000) / 2 = 205 000 €.
Résultat. Avant : Julie paie (335 000 − 152 500) × 20 % = 36 500 €, Paul ne paie rien, soit 36 500 € au total. Après : chacun paie (205 000 − 152 500) × 20 % = 10 500 €, soit 21 000 €. L’économie est de 15 500 €, sans ouvrir ni fermer un seul contrat. Georges doit seulement s’assurer que le partage égal correspond à sa volonté. Ce sont les bénéficiaires, pas les contrats, qui font jouer l’exonération.
Quelles erreurs éviter avec plusieurs contrats ?
- Croire que chaque contrat donne droit à son propre abattement de 4 600 € : il est unique par an.
- Racheter toujours sur le contrat le plus petit, sans comparer la part de gains de chacun.
- Oublier qu’un contrat ouvert depuis moins de 8 ans reste taxé à 12,8 % sur ses gains, même si vos autres contrats sont anciens.
- Laisser des clauses bénéficiaires incohérentes entre contrats, au détriment des exonérations.
- Ouvrir un second contrat chez le même assureur pour « se protéger » : la garantie de 70 000 € est par assureur.
- Garder des contrats sans rôle précis, qui accumulent des frais.
Ce que fait Balmont Conseil
Notre cabinet, à Lyon depuis bientôt 14 ans, aide ses clients à donner un rôle à chacun de leurs contrats : liquidité, transmission, horizon long. Nous reprenons vos contrats existants, leur ancienneté et leurs clauses pour dire lesquels garder, lesquels utiliser en premier et ce qui manque. Prenez rendez-vous avec Alexis Sagnier.
Pour la suite : le seuil de 150 000 € et le taux de 7,5 % et les fonds de garantie de l’assurance-vie.
FAQ
Existe-t-il un nombre maximum de contrats d’assurance-vie ?
Les fiches officielles consultées ne fixent aucun maximum et raisonnent sur « l’ensemble des contrats » d’un même contribuable. Ce qui limite en pratique, ce sont les frais et le suivi de chaque contrat.
L’abattement de 4 600 € s’applique-t-il à chaque contrat ?
Non. Il est accordé une fois par an pour l’ensemble des contrats d’assurance-vie détenus par un même contribuable : 4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune. Il ne s’applique qu’aux gains des contrats de 8 ans ou plus.
Faut-il ouvrir un contrat chez chaque assureur pour être mieux protégé ?
La garantie est de 70 000 € par épargnant et par entreprise d’assurance. Si vos contrats dépassent ce montant chez un même assureur, en ouvrir un second chez un autre répartit l’exposition. En deçà, l’intérêt est faible.
Mes contrats cumulent-ils leurs primes pour le seuil de 150 000 € ?
Oui. Le taux de 7,5 % après 8 ans dépend du montant global des primes non remboursées en capital, versées sur l’ensemble de vos contrats, apprécié au regard du seuil de 150 000 €. Au-delà, la fraction des gains concernée est imposée à 12,8 %.
Plusieurs contrats multiplient-ils l’exonération de 152 500 € à mon décès ?
Non. L’exonération est de 152 500 € par bénéficiaire. Quand plusieurs contrats sont conclus sur la tête d’un même assuré au profit du même bénéficiaire, les montants sont additionnés. Seul un bénéficiaire supplémentaire ajoute une exonération.
Combien de contrats d’assurance-vie faut-il avoir ?
Deux ou trois suffisent à la plupart des épargnants : un contrat de liquidité, un contrat de transmission, éventuellement un contrat sur un autre assureur ou avec d’autres supports. Au-delà, le suivi coûte plus que l’avantage.
Un nouveau contrat repart-il de zéro pour la règle des 8 ans ?
Oui. L’ancienneté se compte contrat par contrat. Un contrat ouvert aujourd’hui ouvre droit au régime après 8 ans en 2034, quelle que soit l’ancienneté de vos autres contrats.
Faut-il demander la dispense de prélèvement pour chaque contrat ?
La dispense du prélèvement forfaitaire non libératoire se demande à l’établissement qui verse les revenus, avant le 30 novembre de l’année précédant le paiement, si votre revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année est inférieur à 25 000 € (célibataire) ou 50 000 € (couple).
Sources : « Impôt sur le revenu : comment sont imposés les revenus d’un contrat d’assurance-vie ? » (service-public.gouv.fr, fiche F22414, vérifiée le 15 avril 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; « Rachat d’un contrat d’assurance-vie » (service-public.gouv.fr, fiche F15274, vérifiée le 25 septembre 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; « Je suis bénéficiaire d’une assurance-vie, comment la déclarer ? » (impots.gouv.fr, mise à jour du 22 juillet 2026, consulté le 31 octobre 2026) ; BOI-TCAS-AUT-60, « Prélèvement sur les sommes versées par les organismes d’assurance en cas de décès de l’assuré », § 290 à 305 (bofip.impots.gouv.fr, consulté le 31 octobre 2026) ; « Garantie des dépôts et des titres » (economie.gouv.fr, consulté le 31 octobre 2026) ; article 125-0 A du Code général des impôts (cité par service-public.gouv.fr, consulté le 31 octobre 2026).










