En résumé…
Oui, sous conditions. Un architecte libéral qui a liquidé toutes ses retraites de base et complémentaires avec le taux plein (durée d’assurance requise ou 67 ans) garde sa pension de la Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance vieillesse (Cipav) et cumule avec son bénéfice sans plafond de revenu. Sans le taux plein, son revenu d’activité est limité à 48 060 € en 2026, le plafond annuel de la Sécurité sociale, et la pension est réduite du dépassement. Dans le cas type (pension de 23 975 €, 40 000 € de bénéfice, célibataire), l’activité laisse environ 25 500 € une fois payés 5 802 € de cotisations de retraite et 8 739 € d’impôt supplémentaire. Ce chiffre est avant les autres cotisations que la Cipav ne détaille pas pour un retraité. Les cotisations ne sont pas perdues pour autant : depuis le 1er janvier 2023, elles ouvrent une seconde retraite, plafonnée à 2 403 € par an et par régime (4 806 € au maximum). Pour une pension qui prend effet à partir du 1er janvier 2027 avant 67 ans, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réduit la pension : avec le seuil de 7 000 € attendu, le gain du cas type tomberait à environ 13 400 €.
1. Cumul intégral ou cumul plafonné : ce que la Cipav autorise en 2026
Un architecte retraité peut poursuivre ou reprendre son activité libérale. La Cipav et la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL) distinguent deux situations.
| Cumul intégral | Cumul plafonné (la Cipav parle de cumul partiel) | |
|---|---|---|
| Conditions | Avoir liquidé à taux plein toutes ses pensions personnelles de base et complémentaires, françaises et étrangères : durée d’assurance requise pour sa génération, ou 67 ans | Ne pas totaliser les trimestres du taux plein : la pension est alors liquidée avec une minoration |
| Revenu autorisé | Aucun plafond de revenus | Revenus d’activité limités au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) : 48 060 € en 2026 (47 100 € en 2025) |
| En cas de dépassement | Sans objet | La Cipav le signale d’abord ; passé le délai, la pension est réduite à due concurrence du dépassement |
| Nouveaux droits à pension | Oui, une seconde retraite (section 2) | Aucun |
Deux précisions. D’abord, à 67 ans, le cumul plafonné devient automatiquement intégral. Ensuite, le plafond porte sur les revenus d’activité seuls : la fiche de la Cipav ne le calcule pas sur la somme de la pension et des revenus, à la différence du cumul plafonné des salariés (service-public.gouv.fr). La CNAVPL parle de « revenus nets de l’activité libérale » ; la fiche ne dit pas si ce revenu s’entend avant ou après cotisations sociales, et le cas type retient le bénéfice comme hypothèse.
À 40 000 € de bénéfice, le plafond n’est donc pas atteint, même sans taux plein : 8 060 € de marge. À 60 000 €, le dépassement serait de 11 940 € : la pension de 23 975 € tomberait à 12 035 €, sans aucun droit nouveau en contrepartie. C’est la raison pour laquelle la vérification « toutes les pensions sont-elles liquidées, à taux plein ? » précède toute reprise.
2. Les cotisations sont dues ; depuis 2023 elles ouvrent une seconde retraite
La CNAVPL écrit que le professionnel libéral en cumul « reste redevable de cotisations ». Ce qu’elles rapportent a changé deux fois.
| Période | Règle publiée | Source |
|---|---|---|
| Du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2022 | Les cotisations versées en cumul n’ouvrent « aucun droit supplémentaire à retraite », dans tous les régimes de base et complémentaires | Fiche Cipav 2022 |
| Depuis le 1er janvier 2023 (cumul intégral) | Les cotisations « ouvrent des droits supplémentaires » : une seconde retraite de base et une seconde retraite complémentaire, à demander en ligne (l’attribution n’est pas automatique). Les cotisations antérieures au 1er janvier 2023 « ne sont pas visées » | Fiches Cipav 2024 et 2026 |
| Cumul plafonné, ou conditions du taux plein non remplies | « La poursuite de votre activité en cumul emploi retraite ne sera pas génératrice de nouveaux droits » | Fiche Cipav 2024 |
La seconde retraite est limitée à 5 % du PASS par régime, soit 2 403 € pour la base et 2 403 € pour le complémentaire : 4 806 € par an au maximum d’après la fiche 2026 (la fiche 2024 donnait 2 318,40 € par régime, 5 % de 46 368 €). Une fois cette seconde retraite demandée et obtenue, les cotisations suivantes « ne permettent plus d’obtenir de nouveaux droits pour une troisième retraite ». Elle ne modifie pas la première pension.
Deux points de vigilance sur les sources. La CNAVPL date l’ouverture des droits des pensions liquidées depuis le 1er septembre 2023, la Cipav des cotisations versées depuis le 1er janvier 2023 : pour une pension liquidée avant septembre 2023, la caisse doit confirmer. Et la page « La retraite en clair » écrit que les cotisations du régime complémentaire « ne rapportent aucun droit » ; elle donne des taux 2024 et la Cipav écrit depuis qu’elle a « aligné » le complémentaire sur le régime de base : nous retenons la fiche 2026 de la caisse.
Ce que les pages lues ne donnent pas : le montant des cotisations d’un architecte retraité en cumul. Le calcul ci-dessous applique le barème 2026 d’un architecte en activité aux deux régimes de retraite, comme hypothèse. Les autres cotisations (invalidité-décès, assurance maladie, allocations familiales, contribution sociale généralisée et contribution au remboursement de la dette sociale) ne sont pas chiffrées : la Cipav ne dit pas lesquelles s’appliquent à un retraité. Le gain du cas type est donc un maximum.
3. Le calcul sur 40 000 € de bénéfice
Cas type
Situation. Un architecte libéral de 67 ans, célibataire, une part fiscale, en nom propre. Il a liquidé toutes ses pensions avec le taux plein : sa pension annuelle brute est de 23 975 € (12 989 € de régime de base et 10 986 € de régime complémentaire), résultat de notre article sur la retraite d’un architecte à 70 000 € de bénéfice, en valeurs 2026 figées. Il poursuit une activité réduite et dégage 40 000 € de bénéfice avant cotisations sociales personnelles.
Problème. Il veut savoir ce qui lui reste de ces 40 000 €, sachant que sa pension seule le place dans la tranche à 11 % et que l’activité le fait passer dans la tranche à 30 %.
Stratégie. Il remplit les conditions du cumul intégral, sans plafond. Assiette sociale : 40 000 € × (1 − 26 %) = 29 600 €. Cotisations de retraite 2026 (hypothèse : barème d’un architecte en activité) : régime de base 3 138 € (8,73 % de 29 600 € = 2 584 €, plus 1,87 % = 554 €) et régime complémentaire 2 664 € (9 % de 29 600 €), soit 5 802 €, 14,5 % du bénéfice. Les cotisations obligatoires d’assurance vieillesse sont déductibles sans limite du bénéfice des professions libérales (BOI-BNC-BASE-40-60-50-20, § 30) : le bénéfice imposable est de 34 198 €. Pension imposable : 23 975 € − 10 % d’abattement (2 398 €) = 21 578 €. Revenu imposable total : 55 776 €.
Résultat. L’impôt passe de 1 098 € à 9 837 €, soit 8 739 € de plus : les 8 001 premiers euros d’activité sont taxés à 11 %, le reste à 30 % (barème 2026, loi n° 2026-103, article 4). Il reste 25 459 € sur 40 000 € (40 000 − 5 802 − 8 739). Le prélèvement de cotisations de retraite et d’impôt atteint 36,4 % de l’activité, avant les cotisations non chiffrées. Un versement de 4 710 € sur un plan d’épargne retraite (plancher du plafond de déduction 2026) réduirait l’impôt de 1 413 €, soit 30 % du versement.
| Poste (en euros par an) | Pension seule | Cumul intégral, règles actuelles | Hypothèse : pension à effet en 2027, avant 67 ans, seuil de 7 000 € |
|---|---|---|---|
| Pension brute versée | 23 975 | 23 975 | 7 475 |
| Bénéfice d’activité | 0 | 40 000 | 40 000 |
| Cotisations de retraite (base et complémentaire) | 0 | − 5 802 | − 5 802 |
| Revenu imposable (pension après abattement de 10 %, plus bénéfice net des cotisations) | 21 578 | 55 776 | 40 926 |
| Impôt sur le revenu 2026 | 1 098 | 9 837 | 5 382 |
| Disponible après cotisations de retraite et impôt | 22 878 | 48 337 | 36 292 |
| Gain lié à l’activité | 25 459 | 13 414 |
Hypothèses. Contribuable célibataire, une part, sans autre revenu ; abattement de 10 % sur la pension (minimum 454 €, plafond 4 439 € par foyer, service-public.gouv.fr). Cotisations de retraite au barème 2026 d’un architecte en activité ; le taux de 9 % du régime complémentaire est celui de la fiche pratique 2026 de la Cipav pour la première tranche, et un autre barème publié affiche des taux différents. Les cotisations d’invalidité-décès, d’assurance maladie, d’allocations familiales et la CSG-CRDS ne sont pas incluses : elles réduiraient le gain. La colonne de droite applique la règle attendue pour 2027 à la même pension : réduction de la moitié du dépassement du seuil, (40 000 − 7 000) ÷ 2 = 16 500 €. Dans ce scénario, les 16 500 € de pension perdus absorbent environ 47 % du gain : il reste 13 414 € au lieu de 25 459 €.
4. Ce que les cotisations rapportent : une seconde retraite modeste
Hypothèse de calcul : les points de la seconde retraite se calculent comme pendant la carrière (la fiche ne détaille pas la formule). En base, la cotisation de 3 138 € donnerait 346,1 points, soit 228 € de pension par an et par année de cumul (0,6599 € le point). En complémentaire, la cotisation de 2 664 € achète 56,2 points à 47,40 €, soit 162 € de pension (2,89 € le point). Au total, 391 € de pension supplémentaire pour 5 802 € de cotisations : il faut environ 15 ans de seconde retraite pour récupérer une seule année de cotisations.
Le plafond de 2 403 € par régime serait atteint après environ 11 ans de cumul en base et 15 ans en complémentaire. La reprise d’activité sert donc à gagner un revenu, pas à compléter sa retraite. Ce qui décide, c’est le revenu net de la section 3.
5. Ce qui change pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027
L’article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 modifie le cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027. D’après service-public.gouv.fr, l’âge compte désormais :
| Âge à la date d’effet de la pension | Effet sur la pension |
|---|---|
| Avant l’âge minimum légal | Les revenus d’activité sont déduits de la pension dès le premier euro |
| Entre l’âge minimum légal et 67 ans | Cumul libre sous un seuil de revenus annuels bruts que le décret devrait fixer à 7 000 € ; au-delà, la pension est réduite de 50 % du dépassement |
| À partir de 67 ans | Cumul intégral, sans plafond |
Le décret d’application « n’a pas encore été publié » selon la page de service-public.gouv.fr du 22 mai 2026, et nous n’en avons lu aucun depuis : le seuil de 7 000 € reste une hypothèse. La CNAVPL confirme que les règles changent au 1er janvier 2027 pour les personnes qui partent après cette date, sans détailler les nouvelles modalités pour les professions libérales. L’application à la Cipav, la place de la décote et les droits ouverts avant 67 ans se confirment auprès de la caisse. Un architecte qui liquide avant cette date reste, à notre lecture, sous les règles actuelles ; la page du service-public.gouv.fr ne le précise pas pour les professions libérales.
6. Les démarches et les arbitrages
- Liquider toutes les pensions avant de reprendre, y compris les régimes étrangers et les périodes très courtes : c’est ce qui évite le plafond de 48 060 € et ouvre une seconde retraite.
- Vérifier le taux plein pour le régime de base et le régime complémentaire avant de se réinscrire.
- Choisir la date d’effet de la pension par rapport au 1er janvier 2027 et à l’âge de 67 ans.
- Demander la seconde retraite en ligne, depuis l’espace personnel de la Cipav, à l’arrêt de l’activité : l’attribution n’est pas automatique.
- Faire confirmer par la caisse les cotisations réellement dues par un retraité en cumul, car elles font varier le gain du cas type.
- Placer le revenu net : le plan d’épargne retraite individuel se déduit au taux de 30 % dans le cas type, dans la limite du plafond détaillé sur notre page plafond de déduction du PER.
Questions fréquentes
Un architecte peut-il continuer à travailler en touchant sa retraite Cipav en 2026 ?
Oui. S’il a liquidé à taux plein toutes ses pensions de base et complémentaires, françaises et étrangères, le cumul est intégral et aucun plafond de revenus ne s’applique. Sinon, ses revenus d’activité sont limités au plafond annuel de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026) et la pension est réduite du dépassement.
Les cotisations payées en cumul augmentent-elles la retraite ?
Un peu, et seulement en cumul intégral. Depuis le 1er janvier 2023, elles ouvrent une seconde retraite de base et une seconde retraite complémentaire, chacune plafonnée à 5 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par régime. Avant 2023, elles n’ouvraient aucun droit. Dans le cas type, une année de cumul à 40 000 € ajouterait environ 391 € de pension (hypothèse de calcul).
Que reste-t-il de 40 000 € de bénéfice pour un architecte retraité ?
Dans le cas type, environ 25 459 € : 40 000 € moins 5 802 € de cotisations de retraite et 8 739 € d’impôt supplémentaire. Ce montant est avant les autres cotisations que la Cipav ne détaille pas pour un retraité.
Que se passe-t-il si je n’ai pas le taux plein ?
Le cumul est plafonné : vos revenus d’activité ne doivent pas dépasser 48 060 € en 2026. En cas de dépassement, la Cipav vous le signale puis réduit la pension à due concurrence du dépassement. Cette activité n’ouvre aucun droit nouveau. À 67 ans, le cumul devient automatiquement intégral.
Que change la réforme du cumul emploi-retraite en 2027 ?
Pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027, service-public.gouv.fr indique une réduction dès le premier euro avant l’âge minimum légal, une réduction de 50 % du dépassement d’un seuil attendu à 7 000 € bruts entre l’âge légal et 67 ans, et un cumul sans plafond à partir de 67 ans. Le décret n’était pas publié au 22 mai 2026.
Notre position
Nous partons de votre relevé de carrière Cipav, de votre date d’effet de pension et de votre bénéfice prévu, pas d’une moyenne. Nous chiffrons ce qu’il vous reste après cotisations et impôt selon la date de départ retenue, puis nous décidons s’il faut placer le revenu net dans un plan d’épargne retraite ou ailleurs. Nous ne rédigeons pas d’actes et ne donnons pas de conseil juridique ou comptable : l’éligibilité au cumul et les cotisations dues se valident avec la Cipav et votre expert-comptable. Nous percevons des commissions sur les contrats souscrits via notre cabinet.
Réserver un échange avec Balmont Conseil
Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 28/10/2026.
Sources officielles consultées
- La Cipav, « Le cumul emploi retraite », fiche pratique 2026 (conditions, plafond de 48 060 €, seconde retraite, 4 806 € par an au maximum) : lacipav.fr
- La Cipav, « Le cumul emploi retraite », fiche pratique 2024 (cotisations avant et après le 1er janvier 2023, plafond de la seconde retraite) : lacipav.fr
- La Cipav, « Le cumul emploi-retraite », fiche 2022 (cotisations sans droits depuis le 1er janvier 2015) : lacipav.fr
- Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales, « Situations particulières » (cumul intégral et partiel, plafond de 48 060 € en 2026, cotisations toujours dues, nouveaux droits, réforme du 1er janvier 2027) : cnavpl.fr
- La retraite en clair, « Le régime complémentaire de la Cipav » (taux 2024, cumul du régime complémentaire) : la-retraite-en-clair.fr
- L’Assurance retraite, actualité 2025 sur le cumul emploi-retraite des travailleurs non salariés (conditions du cumul intégral, retraite complémentaire soumise aux mêmes règles) : lassuranceretraite.fr
- Service-Public, « Cumul emploi-retraite » (cumul plafonné des salariés, nouvelle pension limitée à 2 403 € par an, réforme du 1er janvier 2027) : service-public.gouv.fr
- Service-Public, « Nouvelles règles du cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027 » (article 102 de la loi n° 2025-1403, seuil de 7 000 €, décret non publié au 22 mai 2026) : service-public.gouv.fr
- Service-Public, « Déclarer les pensions de retraite » (abattement de 10 %, minimum 454 €, plafond 4 439 € par foyer) : service-public.gouv.fr
- La Cipav, « Cotiser pour acquérir des droits à retraite », fiche pratique 2026 (taux, valeur d’achat du point complémentaire) : lacipav.fr
- BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-20, § 30, déduction sans limitation des cotisations obligatoires d’assurance vieillesse (article 154 bis du Code général des impôts) : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20, limites de déduction des cotisations d’épargne retraite (plafond de 4 710 € à 37 680 € en 2026) : bofip.impots.gouv.fr
- Loi n° 2026-103 de finances pour 2026, article 4 (barème de l’impôt sur le revenu) ; plafond annuel de la Sécurité sociale : 47 100 € en 2025 et 48 060 € en 2026.



