En résumé…
Oui, sous conditions. Un avocat qui a le taux plein (ou l’âge auquel la pension est versée sans minoration) et qui a liquidé toutes ses retraites, de base et complémentaires, en France comme à l’étranger, peut continuer à exercer et garder sa pension de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF). La page de la caisse ne mentionne aucun plafond de revenu d’activité. Si les conditions ne sont pas réunies, la pension est suspendue dès la réinscription au barreau. Dans le cas type (pension de 44 144 €, 40 000 € de revenu d’activité, célibataire), l’activité laisse environ 23 800 € une fois payés 6 068 € de cotisations de retraite à la CNBF et 10 180 € d’impôt, avant la cotisation d’invalidité-décès et les contributions dues à l’Urssaf (l’organisme qui collecte les cotisations sociales). Ces cotisations ouvrent peu de droits : au régime de base seulement, dans la limite de 2 403 € par an pour une nouvelle carrière complète. Pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réduit la pension avant 67 ans : avec le seuil de 7 000 € évoqué, le gain du cas type tomberait à environ 11 700 €.
1. Les conditions du cumul en 2026
Un avocat inscrit au barreau et un avocat retraité qui reprend son activité relèvent des mêmes conditions. Elles résultent de l’article L. 653-7 du code de la sécurité sociale, que la CNBF applique jusqu’au 31 décembre 2026.
| Condition | Ce que demande la CNBF |
|---|---|
| Taux plein | Avoir la durée d’assurance requise pour le taux plein, fixée selon l’année de naissance, ou avoir atteint l’âge auquel la pension est versée sans minoration (67 ans). Les conditions d’âge et de durée d’assurance de la CNBF s’appliquent aussi |
| Tous les régimes liquidés | Prouver que l’on a déjà demandé tous ses droits de retraite de base et complémentaire, en France et à l’étranger, pour chaque activité exercée, y compris des périodes très courtes |
| Avocat salarié | Avoir rompu tout lien professionnel avec son employeur et pouvoir le justifier. Une reprise chez le dernier employeur n’est possible qu’après six mois suivant la liquidation de la pension |
| Cotisations à jour | Une cotisation non payée à l’échéance suspend le versement de la pension |
La fiche pratique de la CNBF de février 2024 rappelle le principe : la retraite est en principe subordonnée à la cessation de l’inscription au barreau, et le cumul est une dérogation. Un avocat qui remplit les conditions garde donc sa pension en continuant d’exercer. Les pages de la caisse décrivent des conditions d’éligibilité et ne mentionnent aucun plafond de revenus d’activité.
La situation de l’avocat retraité qui se réinscrit est tranchée en deux cas :
- Il remplit les conditions du cumul : la pension est maintenue à compter du premier jour du trimestre qui suit celui où il peut attester qu’il remplit toutes les conditions.
- Il ne les remplit pas : la pension est suspendue dès la réinscription au barreau, jusqu’à la nouvelle cessation d’activité.
Le plafond de 2 916,85 € bruts par mois que cite le site service-public.gouv.fr pour le « cumul plafonné » concerne les salariés du secteur privé et leur retraite de base. Il ne figure pas dans les pages de la CNBF consultées. Les avocats ne sont donc pas soumis, d’après ces pages, à une distinction entre cumul intégral et cumul plafonné.
2. Les cotisations dues en cumul, et les droits qu’elles ouvrent
Les cotisations de retraite de base, de retraite complémentaire et d’invalidité-décès sont dues tant que l’avocat reste inscrit au barreau (article R. 653-11 du code de la sécurité sociale). Le barème 2026 de la CNBF s’applique comme à un avocat en activité.
| Régime | Cotisation 2026 | Droits ouverts en cumul |
|---|---|---|
| Base | Forfait de 1 988 € à partir de la 6e année d’ancienneté et à partir de 65 ans, plus 3,20 % du revenu net jusqu’à 297 549 € | Oui, au régime de base seulement |
| Complémentaire | 7 % du revenu net jusqu’à 42 507 €, puis 10,40 % (classe 1) ou 11,60 % (classes 2 et 2+) de 42 508 € à 85 014 €, et ainsi de suite jusqu’à 212 535 € | Aucun : la cotisation reste obligatoire mais n’acquiert pas de points |
| Invalidité-décès | Forfait selon l’ancienneté au 1er janvier | Non précisé dans les pages consultées |
Les droits nouveaux sont limités. Les cotisations versées après la reprise ne peuvent pas réviser la pension déjà liquidée ; elles créent seulement des droits au régime de base, dans la limite de 5 % du plafond de la Sécurité sociale pour une nouvelle carrière complète, soit 2 403 € par an en 2026 (5 % de 48 060 €). La fiche de février 2024 précise que ces droits donnent lieu à une seconde pension, versée à la cessation totale de l’activité, sans majoration ni supplément, et qu’aucun nouveau droit ne s’acquiert après cette seconde liquidation. Elle en tire, pour 2024, un plafond de 2 318 €, soit environ 55 € par année cotisée en cumul (2 318 € ÷ 42 ans).
Deux prélèvements propres à la profession s’ajoutent hors de ce tableau : le droit de plaidoirie (574 € la valeur d’un droit en 2026 au barème) et la contribution équivalente. Ils ne sont pas inclus dans le calcul ci-dessous.
3. Ce qui change pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027
L’article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 supprime la distinction entre cumul intégral et cumul plafonné : seul l’âge compte. La CNBF indique que la réforme ne s’appliquera qu’aux pensions prenant effet au 1er janvier 2027 ou après, et que ses informations sont données sous réserve des décrets. En juillet 2026, la caisse annonçait ces décrets pour octobre 2026. Nous n’avons pas lu de décret publié à la date de cet article.
| Âge à la liquidation | Effet sur les pensions |
|---|---|
| Avant l’âge légal (carrière longue, invalidité) | Les pensions sont réduites du montant des revenus professionnels dès le premier euro. Si les revenus égalent ou dépassent le total des pensions, aucune pension n’est versée et les sommes perçues sont à rembourser |
| Entre l’âge légal et 67 ans | Cumul sans réduction jusqu’à un seuil de revenus fixé par décret, évoqué à 7 000 € par an ; au-delà, le total des pensions est diminué de 50 % du dépassement |
| À partir de 67 ans | Pension versée sans plafond de cumul, comme aujourd’hui |
Exemples de la CNBF avec le seuil de 7 000 € : des revenus de 30 000 € donnent un dépassement de 23 000 € et une réduction de 11 500 € ; des revenus de 10 000 €, un dépassement de 3 000 € et une réduction de 1 500 €. La réduction s’applique à l’ensemble des pensions de l’avocat, tous régimes confondus. Le revenu n’étant connu que l’année suivante, un dépassement entraîne le remboursement de la pension indûment perçue. Avec 40 000 € de revenus, la réduction serait de (40 000 − 7 000) ÷ 2 = 16 500 €.
Les conditions actuelles (âge de référence, liquidation de toutes les autres pensions, cotisations à jour) devraient être maintenues, selon la caisse. La CNBF ne détaille pas, dans les documents consultés, les cotisations et les droits acquis en cumul après 2027. Le seuil, l’âge légal retenu et les exceptions éventuelles dépendent des décrets : tant qu’ils ne sont pas publiés, ces chiffres restent des hypothèses.
4. Le calcul sur 40 000 € de revenu d’activité
Cas type
Situation. Un avocat de 67 ans, célibataire, une part fiscale, exerçant en nom propre. Il a liquidé tous ses régimes avant 2027 ; sa pension annuelle brute CNBF est celle de notre cas type sur la retraite des avocats (35 ans de cotisations à 100 000 € de bénéfice) : 15 590 € au régime de base et 28 554 € au régime complémentaire, soit 44 144 €. Il poursuit son activité et dégage 40 000 € de revenu net avant cotisations personnelles.
Problème. Il se demande ce qu’il lui reste réellement de ces 40 000 €, sachant que sa pension seule le place déjà dans la tranche à 30 %.
Stratégie. Il remplit les conditions du cumul, donc la pension est maintenue. Cotisations CNBF 2026 : régime de base 3 268 € (1 988 € de forfait et 1 280 € de cotisation proportionnelle), régime complémentaire 2 800 € (7 % de 40 000 €, la tranche étant la même en classes 1 et 2), soit 6 068 €, 15.2 % du revenu. Ces cotisations obligatoires sont déductibles du bénéfice sans limitation (article 154 bis du code général des impôts, BOI-BNC-BASE-40-60-50-20), qui tombe à 33 932 €. Pension imposable : 44 144 € − 10 % d’abattement (4 414 €) = 39 730 €. Revenu imposable total : 73 662 €.
Résultat. L’impôt passe de 5 023 € à 15 203 € : 10 180 € de plus, car chaque euro ajouté est taxé à 30 %, la tranche de 29 579 € à 84 577 € (loi n° 2026-103, article 4). Il reste 23 752 € sur 40 000 € (40 000 − 6 068 − 10 180), avant la cotisation d’invalidité-décès et les contributions dues à l’Urssaf. Le prélèvement de la CNBF et de l’impôt atteint 40.6 % de l’activité. Un versement de 4 710 € sur un plan d’épargne retraite (plancher de déduction 2026 d’un travailleur non salarié, BOI-IR-BASE-20-50-20) réduit l’impôt de 1 413 € (30 % de 4 710 €) et le ramène à 13 790 €.
| Poste (en euros par an) | Pension seule | Cumul, règles actuelles | Hypothèse : pension liquidée en 2027 avant 67 ans, seuil de 7 000 € |
|---|---|---|---|
| Pension brute versée | 44 144 | 44 144 | 27 644 |
| Revenu d’activité | 0 | 40 000 | 40 000 |
| Cotisations de retraite CNBF | 0 | − 6 068 | − 6 068 |
| Revenu imposable (pension après abattement de 10 %, plus bénéfice net de cotisations) | 39 730 | 73 662 | 58 812 |
| Impôt sur le revenu 2026 | 5 023 | 15 203 | 10 748 |
| Disponible après cotisations de retraite et impôt | 39 121 | 62 874 | 50 829 |
| Gain lié à l’activité | 23 752 | 11 707 |
Hypothèses. Contribuable célibataire, une part. Les cotisations de retraite sont celles du barème 2026 de la CNBF appliquées à 40 000 € de revenu ; ni la cotisation d’invalidité-décès (forfait dont le montant ne se lit pas avec certitude sur le barème), ni le droit de plaidoirie, ni les contributions dues à l’Urssaf (dont la contribution sociale généralisée) ne sont incluses. L’abattement de 10 % sur la pension a pour minimum 454 € par pensionné et pour maximum 4 439 € par foyer (service-public.gouv.fr, page mise à jour le 15 avril 2026) ; il est ici de 4 414 €. La colonne de droite applique la réduction de la moitié du dépassement du seuil de 7 000 € à la même pension de 44 144 € : c’est une simplification, car une liquidation avant 67 ans sans la durée d’assurance du taux plein entraînerait aussi une décote. Dans ce scénario, les 16 500 € de pension perdus absorbent la moitié du gain : il reste 11 707 € au lieu de 23 752 €. Pour un avocat de 67 ans ou plus, la règle de 2027 ne change rien.
5. Les points à vérifier avant de reprendre ou de poursuivre
- La date d’effet de la pension : le 1er janvier 2027 sépare les règles actuelles de la réforme. Une pension qui prend effet avant cette date relève du dispositif décrit par la CNBF jusqu’au 31 décembre 2026 ; après, elle relève des seuils par âge.
- La liquidation de tous les régimes : un seul régime oublié, même pour quelques mois de salariat ou de stage à l’étranger, ferme le cumul et suspend la pension.
- Les cotisations à jour : la CNBF suspend la pension si une échéance n’est pas payée. Les cotisations sont calculées sur le revenu d’il y a deux ans, puis régularisées ; l’avocat peut demander à les établir sur un revenu estimé, qu’il doit pouvoir justifier.
- Le revenu à placer : le plan d’épargne retraite individuel se déduit au taux de 30 % dans le cas type ; le plafond est détaillé sur notre page plafond de déduction du PER.
- Les décrets : seuil, âge légal retenu et exceptions de la réforme de 2027 sont à relire sur cnbf.fr dès leur publication.
Questions fréquentes
Un avocat retraité peut-il plaider et garder sa pension de la CNBF ?
Oui, s’il a le taux plein ou l’âge de la pension sans minoration et s’il a liquidé tous ses régimes de retraite, de base et complémentaires. Il reste inscrit au barreau et cotise comme un avocat en activité. S’il ne remplit pas ces conditions, la pension est suspendue dès sa réinscription.
Existe-t-il un plafond de revenu en cumul pour un avocat ?
Les pages de la CNBF consultées ne mentionnent aucun plafond de revenu d’activité pour le cumul actuel. Pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027, un seuil de revenus s’appliquera entre l’âge légal et 67 ans : 7 000 € par an évoqués, avec réduction de 50 % du dépassement, sous réserve des décrets. À partir de 67 ans, il n’y a pas de plafond.
Les cotisations payées en cumul augmentent-elles la retraite ?
Un peu, et seulement au régime de base : elles ouvrent une seconde pension, versée à la cessation totale de l’activité, dans la limite de 5 % du plafond de la Sécurité sociale pour une carrière complète, soit 2 403 € en 2026. Elles ne révisent pas la pension déjà liquidée et n’ouvrent aucun point au régime complémentaire.
Quelles cotisations CNBF faut-il payer en cumul ?
Les mêmes que pour un avocat en activité : retraite de base, retraite complémentaire et invalidité-décès, tant que l’on reste inscrit au barreau. Pour 40 000 € de revenu net en 2026, la retraite de base coûte 3 268 € et la retraite complémentaire 2 800 €, soit 6 068 €, hors invalidité-décès.
Que change la réforme de 2027 pour un avocat qui a déjà liquidé sa retraite ?
D’après la CNBF, la réforme ne s’applique qu’aux pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027. Un avocat dont la pension a pris effet avant cette date reste, à notre lecture, sous les règles actuelles ; les modalités exactes dépendent des décrets, que la caisse annonçait pour octobre 2026.
Notre position
Nous partons de votre date de liquidation, de la liste de vos régimes et de vos revenus d’activité prévus, pas d’une moyenne. Nous chiffrons ce qu’il vous reste après cotisations et impôt, puis nous décidons s’il faut placer le revenu net dans un plan d’épargne retraite ou ailleurs. Nous ne rédigeons pas d’actes et ne donnons pas de conseil juridique ou comptable : l’éligibilité au cumul, la réinscription au barreau et la déclaration de revenus se valident avec la CNBF, votre ordre, votre avocat et votre expert-comptable. Nous percevons des commissions sur les contrats souscrits via notre cabinet.
Réserver un échange avec Balmont Conseil
Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 28/10/2026.
Sources officielles consultées
- CNBF, « Le cumul emploi-retraite » (conditions actuelles, article L. 653-7 du code de la sécurité sociale, cotisations dues, droits au régime de base seulement, limite de 5 % du plafond de la Sécurité sociale) : cnbf.fr
- CNBF, « Cumul emploi-retraite pour les avocats : une réforme à compter du 1er janvier 2027 » (décrets attendus en octobre 2026) : cnbf.fr
- CNBF, information technique de juillet 2026, « Réforme du cumul activité retraite » (règles par âge, seuil évoqué de 7 000 €, exemples chiffrés) : cnbf.fr
- CNBF, information technique d’avril 2026, « Réforme du cumul activité retraite » : cnbf.fr
- CNBF, fiche « Le cumul d’activité » de février 2024 (conditions, seconde pension, plafond de 2 318 € en 2024) : cnbf.fr
- CNBF, « Barème 2026 » (cotisations de base et complémentaire, droit de plaidoirie) : cnbf.fr
- CNBF, « Les cotisations de l’avocat non-salarié » (calendrier, revenu estimé) : cnbf.fr
- CNAVPL, « Loi de financement de la Sécurité sociale 2026 : ce qui change » (cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027) : cnavpl.fr
- Service-public.gouv.fr, « Cumul emploi-retraite » (cumul des salariés, nouvelle pension limitée à 2 403 € par an, changements au 1er janvier 2027) : service-public.gouv.fr
- Service-public.gouv.fr, « Cumul emploi-retraite : nouvelles règles à partir de 2027 » (loi n° 2025-1403, article 102 ; seuil de 7 000 €) : service-public.gouv.fr
- Service-public.gouv.fr, abattement de 10 % sur les pensions (454 € minimum, 4 439 € maximum par foyer) : service-public.gouv.fr
- BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-20, charges sociales personnelles des professions libérales (déduction sans limitation des cotisations obligatoires, article 154 bis du code général des impôts) : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20, limites de déduction des cotisations d’épargne retraite : bofip.impots.gouv.fr
- Loi n° 2026-103 de finances pour 2026, article 4 (barème de l’impôt sur le revenu) ; plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 48 060 €.










