En résumé…
Un avocat libéral qui dégage 100 000 € de bénéfice par an pendant 35 ans touche environ 44 100 € bruts par an (environ 3 680 € par mois) de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF) à 67 ans : 15 590 € du régime de base et 28 550 € du régime complémentaire, soit 44 % de son revenu. Pour retrouver 70 % de son revenu, il manque environ 25 900 € par an, soit un capital d’environ 450 000 € à constituer, ce qui demande environ 15 100 € d’épargne par an pendant 20 ans. Le plafond de déduction du plan d’épargne retraite (PER) est de 10 000 € en 2026 : il fait économiser 4 100 € d’impôt et couvre 66 % de l’effort. Le reste passe par l’assurance-vie et l’immobilier.
1. Les trois étages de la CNBF en 2026
La CNBF gère un régime de base, un régime complémentaire et un régime d’invalidité-décès. Le régime de base compte des trimestres : la pension est proportionnelle au nombre de trimestres validés à la caisse. Le régime complémentaire compte des points : nombre de points × valeur de service du point. Les chiffres ci-dessous sont ceux du barème 2026 de la caisse.
| Régime | Cotisation 2026 | Ce qui génère les droits | Valeur 2026 |
|---|---|---|---|
| Base | Forfait selon l’ancienneté au barreau : 363 € la 1re année, 730 € la 2e, 1 145 € la 3e, 1 558 € les 4e et 5e, 1 988 € à partir de la 6e année. S’y ajoute 3,20 % du revenu net, jusqu’à 297 549 € | Les trimestres cotisés (4 au maximum par année) : retraite entière de 19 154 € pour 172 trimestres, au prorata en dessous | Retraite entière : 19 154 € par an, soit 111,36 € par trimestre |
| Complémentaire | Cinq tranches de revenu de 42 507 € chacune, avec un taux par tranche : 7 % sur la première, jusqu’à 17,9 % sur la cinquième à terme. Trois colonnes au barème 2026 : classe 1, classe 2 et classe 2+ (dernière tranche majorée de 2,5 points) | Des points : cotisation divisée par le coût d’acquisition du point | Point acheté 12,5229 €, servi 1,0262 € par an (+1,5 % au 1er janvier 2026) |
| Invalidité-décès | Cotisation forfaitaire qui dépend de l’ancienneté au barreau ; le barreau en règle aussi une pour chaque avocat non salarié | Des prestations : indemnités journalières, pension d’invalidité permanente, capital-décès (section 4) | Indemnité journalière : 90 € ; capital-décès : 50 000 € |
Les taux de la retraite complémentaire montent par palier jusqu’en 2029. Pour la classe 1, ils sont de 7 %, 10,4 %, 12,2 %, 14 % et 15,8 % en 2026, puis 7 %, 10,8 %, 12,7 %, 14,6 % et 16,5 % en 2027, 7 %, 11,2 %, 13,2 %, 15,2 % et 17,2 % en 2028. À partir de 2029, une classe unique applique 7 %, 11,6 %, 13,7 %, 15,8 % et 17,9 % (règlement du régime complémentaire, annexe 1). Un point acheté 12,5229 € verse 1,0262 € par an, soit 8,2 % par an du montant cotisé : c’est la mesure à comparer avec un placement libre. Le point donne une pension à vie, mais ne laisse pas de capital à transmettre.
Deux prélèvements s’ajoutent hors de ces trois étages : le droit de plaidoirie, recouvré auprès du client (574 € la valeur d’un droit en 2026), et la contribution équivalente. Ils ne sont pas inclus dans le calcul ci-dessous.
2. À quel âge et après combien de trimestres le taux plein ?
- Âge légal de départ : il augmente avec la génération jusqu’à 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969. Ces âges sont ceux affichés par la caisse en 2026 ; ils peuvent évoluer d’ici 2046.
- Taux plein : à l’âge légal si la durée d’assurance exigée est atteinte, soit 172 trimestres pour les générations nées à partir de 1965, tous régimes de base confondus, 4 trimestres au maximum par année. Sinon, le taux plein s’obtient automatiquement à l’âge d’attribution du taux plein, qui va de 65 à 67 ans selon la génération. La caisse indique 67 ans pour le régime complémentaire.
- Décote : un départ avant le taux plein reste possible dès l’âge légal, avec une minoration définitive de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres (25 %). Elle s’applique au régime de base et au régime complémentaire. Pour le complémentaire, le nombre de trimestres retenu est le plus petit entre le manque pour atteindre le taux plein et le manque pour atteindre 67 ans. Partir un an avant 67 ans, sans avoir les 172 trimestres, retire donc 5 % (4 × 1,25 %).
- Surcote : elle majore le régime de base uniquement, de 1,25 % par trimestre supplémentaire cotisé au-delà de l’âge et de la durée du taux plein. Elle n’existe pas au régime complémentaire.
- Majoration de 10 % pour trois enfants ou plus, sur le régime de base et sur le régime complémentaire.
- Conditions de liquidation : avoir atteint l’âge légal, avoir démissionné du barreau, être à jour de ses cotisations et de ses déclarations. La pension prend effet le premier jour d’un trimestre civil, la demande devant parvenir au plus tard le dernier jour du trimestre précédent. La liquidation du régime complémentaire est définitive.
- Cumul emploi-retraite : le dispositif actuel (article L. 653-7 du code de la sécurité sociale) s’applique jusqu’au 31 décembre 2026 ; à partir de 2027, la caisse annonce un cumul beaucoup plus restrictif. Les cotisations versées pendant le cumul ouvrent des droits dans le régime de base seulement.
3. Le calcul sur 100 000 € de bénéfice pendant 35 ans
Nous appliquons les valeurs 2026 à chacune des 35 années, soit 140 trimestres au régime de base. Pour le régime complémentaire, la cotisation de chaque année se calcule tranche par tranche aux taux de la classe 2, qui sont ceux de la classe unique à partir de 2029 :
| Tranche | Part du bénéfice dans la tranche | Taux | Cotisation |
|---|---|---|---|
| Tranche 1 (0 € à 42 507 €) | 42 507 € | 7 % | 2 975,49 € |
| Tranche 2 (42 507 € à 85 014 €) | 42 507 € | 11,6 % | 4 930,81 € |
| Tranche 3 (85 014 € à 127 521 €) | 14 986 € | 13,7 % | 2 053,08 € |
| Total | 9 959,38 € |
Cette cotisation de 9 959 €, divisée par le coût d’acquisition du point (12,5229 €), donne 795 points par an, arrondis à l’unité comme le prévoit l’article 13 du règlement, soit 27 825 points sur 35 ans.
| Régime | Calcul | Pension annuelle brute |
|---|---|---|
| Base | 19 154 € ÷ 172 trimestres × 140 trimestres | 15 590 € |
| Complémentaire | 27 825 points × 1,0262 € | 28 554 € |
| Total | 3 679 € par mois | 44 144 € |
Cas type
Situation. Un avocat libéral installé à Lyon à 32 ans, 47 ans aujourd’hui, célibataire, sans enfant, exerçant en nom propre. Son bénéfice est de 100 000 € par an, stable, pris comme revenu net. Il partira à 67 ans, âge du taux plein quelle que soit la durée, après 35 ans de cotisations. Il n’a cotisé à aucun autre régime et ne rachète aucun trimestre. Les valeurs 2026 sont figées et les montants sont en euros constants.
Problème. Il compte sur sa caisse pour l’essentiel de son niveau de vie. Le calcul donne 44 144 € bruts par an, soit 44,1 % de son bénéfice : 15 590 € du régime de base et 28 554 € du régime complémentaire. Pour cela, il cotise en 2026 environ 15 147 € par an aux deux régimes de retraite, soit 15,1 % de son bénéfice : 5 188 € au régime de base (1 988 € de forfait et 3 200 € de cotisation proportionnelle) et 9 959 € au régime complémentaire. La cotisation d’invalidité-décès, le droit de plaidoirie et la contribution équivalente s’y ajoutent.
Stratégie. Il vise 70 % de son revenu, soit 70 000 € par an. Il manque 25 856 € par an pendant 25 ans de retraite (de 67 à 92 ans). À un rendement de 3 % pendant la retraite, ce flux demande un capital de 450 226 € à 67 ans. Pour l’atteindre en 20 ans avec un rendement de 4 % par an, il doit épargner 15 119 € par an, soit 1 260 € par mois (15,1 % de son bénéfice). Ces deux rendements sont des hypothèses de calcul, pas des promesses. Il verse son plafond sur un PER et place le reste en assurance-vie.
Résultat. Il verse 10 000 € par an sur son PER, soit 10 % de son bénéfice de l’année précédente, supposé identique. Son revenu imposable de 100 000 € reste au-dessus de 84 577 € après la déduction : chaque euro versé économise 41 centimes, soit 4 100 € d’impôt (article 4 de la loi n° 2026-103). L’effort réel est de 5 900 €. Il verse les 5 119 € restants en assurance-vie. À 67 ans, la rente issue du PER (17 101 € par an dans ce calcul) s’ajoute à ses pensions de 44 144 € : le total de 61 245 € reste sous le seuil de 84 577 €, donc imposé à 30 % au plus.
Hypothèses. Le calcul prend le bénéfice comme revenu net et comme revenu imposable, retient les cotisations et les valeurs de point de 2026 pour les 35 années, et la classe 2 pour le régime complémentaire. En 2026, la classe 1 coûte 735 € de moins (9 225 € au lieu de 9 959 €) ; la caisse ne détaille pas, sur les pages consultées, l’effet de la classe sur les points acquis, et nous ne chiffrons pas cette variante. Le calcul ne tient compte ni de l’inflation ni de la majoration de 10 % pour trois enfants. Il suffit à poser le constat : la CNBF ne remplace pas votre niveau de vie.
Un repère sur le régime de base : chaque trimestre cotisé ajoute 111,36 € de pension annuelle, soit 445 € pour une année complète. Avec 140 trimestres sur les 172 exigés pour la retraite entière, le régime de base verse 81 % du maximum de 19 154 €.
4. La prévoyance : ce que verse le régime invalidité-décès
Le régime d’invalidité-décès est géré par la caisse. Pour y avoir droit, il faut au moins 12 mois d’affiliation. Les prestations sont les suivantes :
| Prestation | Montant | Conditions |
|---|---|---|
| Indemnité journalière | 90 € par jour, soit 2 790 € bruts pour un mois de 31 jours | Versée par la caisse à partir du 91e jour d’arrêt, pendant 3 ans au maximum (1 095 jours) |
| Pension d’invalidité permanente | Moins de 20 ans d’assurance : la moitié de la retraite de base entière, soit 9 577 € par an. De 20 à 39 ans : la moitié de la retraite de base proportionnelle | Versée jusqu’à 62 ans ; certificat annuel d’inaptitude à envoyer avant le 15 janvier |
| Capital-décès | 50 000 € | Au moins 3 mois d’ancienneté ; demande dans les 3 ans du décès |
| Allocation orphelin | 25 % de la retraite de base entière, soit 4 789 € par an, plus 25 % de la retraite complémentaire | Jusqu’à 21 ans, 25 ans en cas d’études |
Le point à vérifier dans son propre dossier : pour l’avocat du cas type, l’indemnité journalière représente 32 850 € par an sur une année pleine, soit 33 % de son bénéfice de 100 000 €, et la pension d’invalidité permanente 9 577 € par an, soit 10 %. Les premiers jours d’arrêt, du 1er au 90e, relèvent d’un autre dispositif : le barème 2026 les rattache à La Prévoyance des Avocats ou à AON France. Une assurance de prévoyance complémentaire se compare à ces montants.
5. Ce que le PER vous permet de déduire
Le plan d’épargne retraite se déduit du revenu imposable dans la limite d’un plafond. Pour un professionnel non salarié, ce plafond est le plus élevé entre 10 % du bénéfice imposable de l’année précédente (retenu jusqu’à 8 plafonds de la Sécurité sociale, ou PASS) et 10 % du PASS. Le PASS retenu est celui de l’année précédente (47 100 € en 2025) : pour un versement en 2026, cela donne un plancher de 4 710 € et un maximum de 37 680 €, selon le Bulletin officiel des finances publiques (BOI-IR-BASE-20-50-20). Le détail de la mécanique figure sur notre page plafond de déduction du PER.
Le barème de l’impôt sur le revenu 2026 applique 41 % entre 84 577 € et 181 917 € par part (loi n° 2026-103, article 4). À 100 000 € de revenu imposable pour une personne seule, l’impôt passe de 24 801 € à 20 701 € après un versement de 10 000 €. Ce plafond couvre 66 % de l’effort annuel de 15 119 €. Le PER individuel est l’outil de départ ; il ne suffit pas seul.
6. Les leviers dans la caisse, puis hors de la caisse
- Le rachat de trimestres : jusqu’à 12 trimestres pour les années d’études supérieures diplômantes et les périodes sans validation de 4 trimestres, avant 67 ans. Le rachat est intégralement déductible des revenus professionnels ; le barème dépend de l’âge et de l’option choisie.
- Le départ à 67 ans : il évite la décote de 1,25 % par trimestre manquant, qui est définitive.
- L’assurance-vie : épargne disponible à tout moment, avec une fiscalité allégée après huit ans, utile pour la transmission.
- L’immobilier locatif : revenus complémentaires, avec le statut de loueur en meublé non professionnel pour limiter l’impôt sur les loyers.
- Les parts de société civile de placement immobilier : exposition à l’immobilier sans gestion, voir notre page dédiée.
- La cession du cabinet : le prix de cession peut financer une partie du capital à constituer. L’exonération de l’article 151 septies A du code général des impôts suppose notamment cinq ans d’activité et un départ en retraite dans les deux ans qui encadrent la cession ; l’avocat et l’expert-comptable du cabinet valident ces conditions.
Questions fréquentes
À quel âge un avocat touche-t-il sa retraite à taux plein ?
À 67 ans, quelle que soit la durée d’assurance, pour le régime de base comme pour le régime complémentaire. Le taux plein s’obtient plus tôt, dès l’âge légal (64 ans à partir de la génération 1969), si la durée d’assurance exigée est atteinte : 172 trimestres à partir de la génération 1965. Chaque trimestre manquant retire 1,25 % de pension, de façon définitive.
Combien coûtent les cotisations retraite de la CNBF en 2026 ?
Pour un bénéfice de 100 000 € : 5 188 € au régime de base (1 988 € de forfait pour six ans d’ancienneté ou plus, et 3,20 % du revenu net) et 9 959 € au régime complémentaire aux taux de la classe 2, soit 15 147 € (15,1 % du bénéfice). En classe 1, le régime complémentaire coûte 9 225 € en 2026. La cotisation d’invalidité-décès, le droit de plaidoirie et la contribution équivalente s’y ajoutent.
Quelle est la valeur du point de la retraite complémentaire des avocats en 2026 ?
Le point s’acquiert 12,5229 € et la valeur de service est de 1,0262 € par an au 1er janvier 2026, en hausse de 1,5 %. La pension complémentaire est égale au nombre de points multiplié par cette valeur.
Que verse la CNBF en cas d’invalidité ou de décès ?
Une indemnité journalière de 90 € à partir du 91e jour d’arrêt, pendant 3 ans au maximum, une pension d’invalidité permanente jusqu’à 62 ans (la moitié de la retraite de base entière pour moins de 20 ans d’assurance, soit 9 577 €), et un capital-décès de 50 000 €. Il faut 12 mois d’affiliation pour les prestations d’invalidité.
Le PER suffit-il à combler l’écart ?
Non. À 100 000 € de bénéfice, le plafond de déduction est de 10 000 € par an, alors que l’effort nécessaire est d’environ 15 119 € par an. Le PER se combine avec l’assurance-vie et l’immobilier.
Notre position
Nous partons du relevé de carrière de votre caisse, pas d’une moyenne. Avec ce relevé, nous mesurons l’écart entre votre pension et votre revenu actuel, puis nous construisons la combinaison PER, assurance-vie et immobilier qui le ferme au coût fiscal le plus bas. Nous ne rédigeons pas d’actes et ne donnons pas de conseil juridique ou comptable : le choix de la classe de cotisation, la déclaration de revenus et la cession du cabinet se valident avec votre avocat et votre expert-comptable. Nous percevons des commissions sur les contrats souscrits via notre cabinet.
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Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 28/10/2026.
Sources officielles consultées
- CNBF, « Barème 2026 » (cotisations forfaitaires, taux, retraite de base entière, coût d’acquisition et valeur de service du point, droit de plaidoirie, prestations) : cnbf.fr
- CNBF, « Règlement du régime complémentaire » (tranches, taux, période transitoire jusqu’en 2029, calcul des points, majoration de 10 %) : cnbf.fr
- CNBF, « Demande de liquidation, calcul des droits » (conditions de liquidation, formule de la retraite de base, décote) : cnbf.fr
- CNBF, « La préparation de la retraite » (âge légal, taux plein, durée d’assurance, décote, surcote) : cnbf.fr
- CNBF, « L’invalidité-décès » (indemnités journalières, pension d’invalidité, capital-décès, conditions) : cnbf.fr
- CNBF, « Rachat de trimestre » (12 trimestres, conditions, déductibilité) : cnbf.fr
- CNBF, « Le cumul emploi-retraite » (dispositif applicable jusqu’au 31 décembre 2026) : cnbf.fr
- CNBF, « Les cotisations de l’avocat non-salarié » (régimes, calendrier d’appel) : cnbf.fr
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20, limites de déduction des cotisations d’épargne retraite : bofip.impots.gouv.fr
- Loi n° 2026-103 de finances pour 2026, article 4 (barème de l’impôt sur le revenu) ; plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 48 060 € ; 2025 : 47 100 €.








