Investir durable, c’est choisir des fonds qui intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, puis vérifier la promesse avant de signer. En France, trois labels publics existent : ISR, Greenfin et Finansol. Fin 2024, 1 285 fonds portaient le label ISR pour 840 milliards d’euros d’encours. Voici comment les distinguer, ce que votre contrat doit proposer et les questions à poser.
Que veut dire « investir durable » concrètement ?
L’investissement socialement responsable (ISR) consiste à prendre en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le choix des placements, en plus du rendement et du risque. Le mot « durable » recouvre pourtant des réalités très différentes : un fonds qui exclut quelques secteurs, un fonds qui finance la transition énergétique, un fonds qui soutient des entreprises solidaires.
Un nom de fonds ne prouve rien. Ce qui compte, ce sont trois éléments vérifiables : un label public, une classification réglementaire et un document qui décrit la méthode. Les sections suivantes les passent en revue.
Quels labels existent, et que garantissent-ils ?
| Label | Créé en | Ce qu’il distingue | Repère chiffré |
|---|---|---|---|
| ISR | 2016, par le ministère de l’Économie et des Finances | Des fonds qui intègrent l’ESG de façon systématique dans la sélection des titres | 1 285 fonds, 840 Md€ fin 2024 |
| Greenfin | 2015, par l’État (ministère de la Transition énergétique) | Des fonds orientés vers l’économie verte, sans nucléaire ni énergies fossiles | 106 fonds, 36 Md€ fin 2024 |
| Finansol | 1997, par un comité d’experts de la société civile | Des produits d’épargne solidaire, selon des critères de solidarité et de transparence | 30,2 Md€ d’épargne solidaire fin 2023 |
Retenez la différence de nature. Le label ISR est généraliste : il note la qualité de la démarche ESG d’un fonds. Le label Greenfin est thématique : il cible l’environnement. Le label Finansol est solidaire : il ne mesure pas la performance environnementale, il finance des activités à utilité sociale.
Le label Greenfin fixe des règles précises sur le contenu du fonds. Le ministère chargé de la transition écologique les résume ainsi : exclusion des activités de toute la chaîne de valeur des combustibles fossiles, part majoritaire du fonds investie dans des éco-activités réparties en huit catégories. Il est délivré par des organismes tiers (EY France, Afnor Certification et Bureau Veritas Certification), pour un an renouvelable, avec des contrôles intermédiaires. Regardez donc la date de la dernière attribution sur la fiche du fonds.
Quel label choisir selon votre objectif ?
| Votre objectif | Label à chercher | Ce qu’il ne dit pas |
|---|---|---|
| Écarter le charbon et les nouveaux projets pétroliers et gaziers, avec une démarche ESG systématique | ISR | Que le fonds est « vert » ou qu’il rapporte plus ou moins |
| Financer la transition écologique | Greenfin | Que le fonds est solidaire |
| Financer des entreprises ou des projets à utilité sociale | Finansol | Que le produit a un effet sur le climat |
Aucun label ne garantit un rendement, ni ne remplace la lecture des frais et des principaux investissements du fonds.
Le label ISR a-t-il changé en 2024 ?
Oui. Le nouveau référentiel est entré en vigueur le 1er mars 2024. Il exclut les entreprises qui exploitent du charbon ou des hydrocarbures non conventionnels, ainsi que celles qui lancent de nouveaux projets d’exploration, d’exploitation ou de raffinage de pétrole ou de gaz. Il demande aussi un plan de transition aligné sur l’Accord de Paris et une sélectivité renforcée sur l’ensemble des critères ESG.
Conséquence pratique : regardez sur la fiche du fonds à quelle date et selon quel référentiel le label a été attribué. Un label ancien ne dit pas la même chose qu’un label obtenu après mars 2024.
Qu’est-ce que le règlement SFDR et que change-t-il pour vous ?
Le règlement SFDR (règlement (UE) 2019/2088) est un cadre de transparence : il oblige les sociétés de gestion, les assureurs et les conseillers à dire comment ils prennent en compte les risques de durabilité et les incidences de leurs investissements sur l’environnement et la société. Il s’applique depuis le 10 mars 2021. La Commission européenne précise qu’il n’oblige pas à investir selon des critères verts : il impose de justifier les affirmations de durabilité que l’on fait sur un produit. La classification en « article 6, 8 ou 9 » découle de ce cadre ; elle décrit ce que le fonds déclare faire, pas un label ni une garantie de résultat.
Le 20 novembre 2025, la Commission a proposé de modifier le règlement pour simplifier l’information des investisseurs. La classification peut donc évoluer : relisez la fiche du fonds à chaque arbitrage.
Votre assurance-vie doit-elle proposer des fonds durables ?
Oui, pour les contrats multisupports. Depuis le 1er janvier 2020, ils doivent comporter au moins une unité de compte labellisée ISR. Depuis le 1er janvier 2022, ils doivent proposer trois types d’unités de compte : une ISR, une verte (Greenfin) et une solidaire (Finansol).
Cette obligation porte sur la présence d’au moins un support de chaque famille dans la gamme. Elle ne dit rien de la part que vous y placez, ni de la qualité des fonds ni de leurs frais. C’est à vous, ou à votre conseiller, de composer l’allocation. Pour la mécanique des versements et des arbitrages, voyez notre page sur les versements, rachats et arbitrages de l’assurance-vie.
Le plan d’épargne avenir climat (PEAC) est une autre enveloppe tournée vers la transition : ses conditions et son plafond sont détaillés dans notre page sur le PEAC. Pour la retraite, la même question des supports se pose dans le PER en gestion pilotée.
Votre conseiller doit-il vous demander vos préférences de durabilité ?
Oui. Depuis août 2022, la réglementation européenne sur les services d’investissement impose aux professionnels qui conseillent un investissement de recueillir les préférences de durabilité de leurs clients. Elles portent sur deux grandes choses : la part du portefeuille investie dans des activités considérées comme durables par la réglementation européenne, et la prise en compte des incidences négatives sur l’environnement et la société.
Le professionnel ne peut pas recommander un produit qui ne correspond pas aux préférences que vous avez exprimées. Il peut vous proposer d’adapter ces préférences, et vous restez libre d’accepter ou non. Si vous n’avez aucune préférence, cela doit être consigné par écrit.
L’Autorité des marchés financiers a contrôlé cinq prestataires entre avril et juillet 2024 et a publié ses constats le 26 février 2026 : elle a relevé des « manquements significatifs » dans l’application de ces règles. Moralité : répondez avec précision au questionnaire, et demandez à voir comment vos réponses se traduisent en pourcentages minimaux.
Investir durable coûte-t-il en performance ?
Les données publiques disponibles ne montrent pas de pénalité systématique. Une étude de la Banque de France portant sur la période du début de 2016 au troisième trimestre 2019 conclut que les fonds labellisés ont eu une performance globalement comparable à celle des fonds classiques de leur catégorie. Cette étude est ancienne et ne dit rien de l’avenir : elle indique seulement qu’on ne peut pas affirmer que « durable » rime avec « moins rentable ».
Ce qui change plus sûrement, c’est la composition du fonds, donc son risque : les exclusions modifient les secteurs représentés. Regardez aussi les frais, qui pèsent sur votre rendement année après année, quel que soit le label. Notre page sur les fonds et SICAV : DIC, frais et risques explique où les trouver.
Comment vérifier un fonds durable en quatre questions ?
- Porte-t-il un label public ? ISR, Greenfin ou Finansol, avec la date d’attribution. Un fonds qui a « ISR » dans son nom sans le label n’est pas labellisé : en septembre 2019, seuls 28 % des fonds dont le nom contenait « ISR » avaient le label.
- Quelle est sa classification européenne ? Article 6, 8 ou 9. Cette classification décrit ce que le fonds déclare faire, pas un label ni une garantie de résultat.
- Quels secteurs exclut-il, et quels sont ses premiers investissements ? La liste des dix premières lignes est dans le document d’information du fonds.
- Combien coûtent les frais ? Frais de gestion annuels et frais du contrat, additionnés.
Cas concret n° 1 : une cadre de 41 ans et son assurance-vie
Situation : Camille, 41 ans, cadre à Lyon, a 90 000 € dans une assurance-vie multisupport. Elle souhaite qu’au moins 30 % du contrat soient investis dans des fonds portant un label public.
Problème : son contrat contient un fonds en euros (30 000 €), un fonds labellisé ISR (25 000 €), un fonds « article 8 » sans label (20 000 €) et un fonds sans mention durable (15 000 €). Elle pensait que le fonds article 8 comptait comme durable.
Stratégie : elle distingue le label de la classification. Seul le fonds ISR est labellisé. Elle arbitre 2 000 € du fonds sans mention durable vers le fonds ISR, sans toucher au reste.
Résultat (calculé) : la part labellisée passe de 25 000 ÷ 90 000 = 27,8 % à 27 000 ÷ 90 000 = 30,0 %. Elle atteint son objectif avec un seul arbitrage de 2 000 €.
Cas concret n° 2 : un couple, 200 000 € et un objectif de 40 %
Situation : Léa, 52 ans, et Hugo, 50 ans, chefs d’entreprise à Lyon, détiennent un contrat d’assurance-vie de 200 000 €. Ils veulent 40 % du contrat en fonds labellisés, soit 80 000 €.
Problème : le contrat est réparti ainsi.
| Support | Montant | Labellisé ? |
|---|---|---|
| Fonds en euros | 70 000 € | Non concerné |
| Fonds ISR | 30 000 € | Oui (ISR) |
| Fonds Greenfin | 10 000 € | Oui (Greenfin) |
| Fonds solidaire | 5 000 € | Oui (Finansol) |
| Fonds « article 8 » sans label | 45 000 € | Non |
| Fonds sans mention durable | 40 000 € | Non |
La part labellisée est de 45 000 ÷ 200 000 = 22,5 %. Il manque 35 000 €. Ils croyaient que le fonds article 8 comptait : avec lui, ils se voyaient à 45 %.
Stratégie : ils arbitrent 35 000 € du fonds sans mention durable vers un fonds ISR. Avant de choisir, ils comparent deux fonds ISR dont les frais annuels totaux sont de 1,2 % et de 2,0 % (hypothèse de cas).
Résultat (calculé) : la part labellisée passe à (45 000 + 35 000) ÷ 200 000 = 40,0 %. Sur les 80 000 € labellisés, avec un rendement brut de 4 % par an (hypothèse), le fonds à 1,2 % de frais donne 121 056 € au bout de 15 ans, le fonds à 2,0 % donne 107 669 €. L’écart de frais coûte 13 387 €, soit 11,1 % du capital final.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes ?
- Confondre le nom et le label. Un fonds qui affiche « ISR » ou « vert » dans son nom n’est pas forcément labellisé.
- Prendre l’article 8 ou 9 pour un label. C’est une classification déclarative, pas un contrôle par un tiers.
- Croire que la gamme de votre contrat suffit. La présence d’un fonds ISR dans la gamme ne dit rien de la part que vous y placez.
- Oublier les frais. Le label ne les réduit pas ; comparez les frais de chaque fonds et ceux du contrat.
- Ne jamais relire. Un label a une date d’attribution et une classification peut changer : revoyez vos supports à chaque arbitrage.
Ce que fait Balmont Conseil
Nous relisons avec vous la gamme de vos contrats, nous vérifions pour chaque fonds le label, la classification européenne et les frais, puis nous construisons une allocation qui respecte vos préférences de durabilité sans sacrifier vos objectifs de patrimoine. Notre démarche est décrite sur la page Notre démarche ESG. Balmont Conseil, cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans : prenez rendez-vous avec Balmont Conseil pour faire ce tri.
FAQ
Quelle est la différence entre le label ISR et le label Greenfin ?
Le label ISR est généraliste : il vérifie l’intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Le label Greenfin est thématique : il cible l’économie verte et exclut le nucléaire et les énergies fossiles.
Les fonds labellisés ISR rapportent-ils moins ?
Sur 2016-2019, la Banque de France observe une performance globalement comparable à celle des fonds classiques de la même catégorie. Cela ne garantit rien pour l’avenir, et les frais restent à comparer.
Mon assurance-vie est-elle obligée de proposer un fonds ISR ?
Un contrat multisupport doit proposer au moins une unité de compte labellisée ISR depuis le 1er janvier 2020, et une ISR, une verte et une solidaire depuis le 1er janvier 2022.
Mon conseiller doit-il me poser des questions sur le développement durable ?
Oui. Depuis août 2022, il doit recueillir vos préférences de durabilité et ne pas recommander un produit qui ne les respecte pas. Si vous n’en avez pas, cela doit être consigné par écrit.
Le label Finansol est-il un label environnemental ?
Non. Il distingue des produits d’épargne solidaire, selon des critères de solidarité et de transparence. Il finance des activités à utilité sociale, pas la performance climatique.
Un fonds « article 8 » ou « article 9 » est-il labellisé ?
Non. Cette classification découle du règlement européen SFDR et décrit ce que le fonds déclare faire. Seuls les labels ISR, Greenfin et Finansol sont des labels publics.
Combien de temps dure le label Greenfin ?
Un an, renouvelable, avec des contrôles intermédiaires pendant cette période, selon le ministère chargé de la transition écologique. Vérifiez la date de la dernière attribution sur la fiche du fonds.
Sources : Commission européenne, page « Sustainability-related disclosure in the financial services sector » (règlement (UE) 2019/2088), ministère chargé de la transition écologique, page « Label Greenfin » et Autorité des marchés financiers, glossaire « Finance durable » (page du 12 mai 2021), consultés le 31 octobre 2026 ; Autorité des marchés financiers, dépliant « La finance durable » (mars 2022) et communiqué sur les contrôles relatifs aux préférences de durabilité du 26 février 2026 ; Banque de France, publication « Finance durable » (mars 2025) et étude « Responsible investment labels in France: taking stock » ; ministère de l’Économie, communiqué du 6 novembre 2023 sur le nouveau label ISR, consultés le 30 octobre 2026.










