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Au 31 octobre 2026, les intérêts d’un compte courant d’associé sont des revenus de capitaux mobiliers : l’associé personne physique les déclare au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % ou, sur option, au barème. Pour la société, ils ne sont déductibles que jusqu’à un taux plafond, de 4,43 % pour un exercice de 12 mois clos entre le 31 octobre et le 29 novembre 2026.

Le compte courant est un moyen courant de financer sa société sans passer par une banque. Il est aussi souvent mal réglé : un taux trop haut fait payer à l’associé un impôt sur des intérêts que la société ne peut pas déduire. Voici où se situe la limite, avec les taux de l’année et deux cas chiffrés.

Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?

Ce sont les avances de fonds qu’un associé, un dirigeant ou une société consent à sa société. L’administration l’analyse comme un prêt : le prêteur devient créancier de la société. La rémunération, la durée et le remboursement se fixent dans les statuts ou dans une convention de compte courant. Il n’existe pas de compte courant d’associé dans une entreprise individuelle.

Une avance sans aucune rémunération n’est pas toujours neutre : quand l’associé est une personne morale, l’administration peut la qualifier d’acte anormal de gestion (service-public, fiche F32966).

Comment les intérêts sont-ils imposés chez l’associé ?

Pour une personne physique, les intérêts perçus sont des revenus de capitaux mobiliers. Deux régimes s’offrent à vous :

  • Le PFU de 31,4 %, qui réunit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. C’est le régime par défaut.
  • Le barème progressif, sur option globale pour l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers, par la case 2OP de la déclaration. Les prélèvements sociaux de 18,6 % s’appliquent dans tous les cas.

Si l’associé est lui-même une société, les intérêts sont des produits financiers soumis à l’impôt sur les sociétés, ou des bénéfices industriels et commerciaux si l’entreprise a opté pour l’impôt sur le revenu. La déclaration des cases se trouve dans notre article sur les revenus de capitaux mobiliers.

Le prélèvement de 12,8 % retenu par la société, et sa dispense

Quand la société qui verse les intérêts est établie en France, c’est elle qui retient à la source un prélèvement forfaitaire de 12,8 %. C’est un acompte : vous déclarez les intérêts l’année suivante, en ligne 2TR de la déclaration, et l’acompte vient en déduction de l’impôt dû.

Vous pouvez être dispensé de cet acompte si le revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année est inférieur à 25 000 € (personne seule) ou 50 000 € (couple soumis à imposition commune). La demande se fait par attestation sur l’honneur remise à la société avant le 30 novembre de l’année précédant le paiement. Pour des intérêts versés en 2027, il reste donc jusqu’au 30 novembre 2026. La dispense ne couvre que les 12,8 % : les prélèvements sociaux restent dus.

Quel taux d’intérêt la société peut-elle déduire ?

La société déduit les intérêts à deux conditions : son capital social doit être entièrement libéré, et le taux ne doit pas dépasser un taux de référence, brut avant impôt. La limite relève de l’article 39, 1, 3° du code général des impôts. Elle s’appuie sur la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises d’une durée initiale supérieure à deux ans.

Le taux de référence dépend de la date de clôture de l’exercice. Valeurs publiées par service-public pour un exercice de 12 mois :

Clôture de l’exerciceTaux de référence
Du 31 octobre au 29 novembre 20254,73 %
Du 30 novembre au 30 décembre 20254,64 %
Du 31 décembre 2025 au 30 janvier 20264,55 %
Du 31 janvier au 27 février 20264,49 %
Du 28 février au 30 mars 20264,44 %
Du 31 mars au 29 avril 20264,39 %
Du 30 avril au 30 mai 20264,37 %
Du 31 mai au 29 juin 20264,34 %
Du 30 juin au 30 juillet 20264,33 %
Du 31 juillet au 30 août 20264,33 %
Du 31 août au 29 septembre 20264,33 %
Du 30 septembre au 30 octobre 20264,40 %
Du 31 octobre au 29 novembre 20264,43 %
Du 30 novembre au 30 décembre 20264,45 %

La fraction des intérêts qui dépasse ce taux n’est pas déductible. L’examen se fait compte par compte, sans compensation entre plusieurs comptes courants. Pour une clôture au 31 décembre 2026, le tableau publié par le service-public ne donne pas encore de valeur : il faudra la lire dans la doctrine administrative (BOI-BIC-CHG-50-50-30) quand elle paraîtra.

Combien d’intérêts peut-on déduire selon la somme avancée ?

Le calcul est simple : somme avancée × taux de référence, pour un exercice de 12 mois.

Somme avancéeIntérêts déductibles à 4,33 %à 4,40 %à 4,45 %
50 000 €2 165 €2 200 €2 225 €
100 000 €4 330 €4 400 €4 450 €
250 000 €10 825 €11 000 €11 125 €
500 000 €21 650 €22 000 €22 250 €

Ces montants valent pour un exercice de 12 mois. Au-delà du plafond, la différence est ajoutée au bénéfice imposable de la société.

Quelles formalités faut-il respecter ?

Comme l’avance constitue un prêt, la société bénéficiaire dépose chaque année une déclaration de contrat de prêt (cerfa n° 10142), au plus tard à la date de dépôt de sa déclaration de résultat. Mettez aussi par écrit le montant, le taux, la durée et les conditions de retrait. Ce document est votre preuve en cas de contrôle.

Compte courant, dividende ou rémunération : que choisir ?

  • Intérêts de compte courant : déductibles pour la société dans la limite du taux de référence, imposés à 31,4 % chez vous. Utile quand vous avez prêté de l’argent à la société et que vous voulez une rémunération de ce prêt.
  • Dividendes : non déductibles, imposés à 31,4 % chez vous. Aucune condition de taux, mais la société les verse après avoir payé son impôt. Voir PFU ou barème pour vos dividendes.
  • Rémunération de dirigeant : déductible, mais soumise aux cotisations sociales et au barème. La comparaison complète est dans l’arbitrage dividendes et rémunération.

Le compte courant n’est pas un outil de rémunération : c’est la contrepartie d’un prêt. Fixer un taux élevé pour « se payer » revient à être imposé sur des intérêts que la société ne peut pas déduire.

Cas concret : un dirigeant lyonnais de 52 ans

Situation : un dirigeant lyonnais de 52 ans a avancé 100 000 € en compte courant à sa SAS, à l’impôt sur les sociétés. L’exercice clôture le 30 juin 2026 et la convention prévoit un intérêt de 6 %.

Problème : les intérêts s’élèvent à 6 000 €, mais le taux de référence de l’exercice est de 4,33 %. La société ne peut déduire que 4 330 €. Les 1 670 € restants sont ajoutés à son bénéfice, imposé à 25 % au-delà de 42 500 €.

Stratégie : aligner le taux de la convention sur le taux de référence de chaque exercice.

Résultat : à 6 %, la société économise 1 082,50 € d’impôt sur les sociétés (4 330 € × 25 %) et le dirigeant, imposé au PFU sur 6 000 €, garde 4 116 € net. Ce que la société supporte après impôt (4 917,50 €) dépasse de 801,50 € ce que le dirigeant garde. À 4,33 %, la société déduit les 4 330 € ; le dirigeant garde 2 970,38 € net et l’écart tombe à 277,12 €. Les 524,38 € par an de différence viennent uniquement du taux.

Le calcul suppose un bénéfice déjà supérieur à 42 500 €. Au taux réduit de 15 %, l’économie d’impôt de la société est plus faible.

Deuxième cas : une avance de 250 000 € à 5 %, exercice clos en octobre

Situation : Sophie, 49 ans, a vendu un bien et avancé 250 000 € à sa SAS. La convention fixe 5 % d’intérêt. L’exercice se clôt le 15 octobre 2026 : le taux de référence est de 4,40 %. La société réalise plus de 42 500 € de bénéfice.

Problème : les intérêts sont de 12 500 €, mais la société ne peut en déduire que 11 000 € (250 000 € × 4,40 %). Les 1 500 € d’excédent ne diminuent pas son bénéfice.

Stratégie : ramener le taux à 4,40 % par avenant à la convention pour l’exercice suivant, et le réviser chaque année à la clôture.

Résultat :

Taux de 5 %Taux de 4,40 %
Intérêts versés12 500 €11 000 €
Intérêts déductibles11 000 €11 000 €
Économie d’IS (25 %)2 750 €2 750 €
Coût net pour la société9 750 €8 250 €
Retenue de 12,8 % à la source1 600 €1 408 €
PFU de 31,4 % pour Sophie3 925 €3 454 €
Net perçu par Sophie8 575 €7 546 €

À 5 %, Sophie reçoit 1 029 € nets de plus, mais la société décaisse 1 500 € de plus sans aucune économie d’impôt sur cette part. Si la société relève du taux réduit de 15 % (bénéfice jusqu’à 42 500 €, chiffre d’affaires de 10 millions d’euros au plus, capital détenu à 75 % par des personnes physiques), l’économie d’impôt sur les 11 000 € déductibles tombe à 1 650 €.

Comment bien organiser son compte courant ?

  • Convention écrite avant tout versement, avec taux, durée et modalités de retrait.
  • Taux révisé chaque année à la clôture, en fonction du taux de référence publié.
  • Capital libéré : vérifiez-le avant d’avancer des fonds, sinon aucune déduction.
  • Déclaration cerfa 10142 déposée avec la liasse fiscale.
  • Arbitrage avec le dividende si la société dégage des bénéfices distribuables.
  • Attestation de dispense du prélèvement de 12,8 % remise à la société avant le 30 novembre, si vos revenus sont sous les seuils.

Quelles erreurs éviter ?

  • Fixer le taux à la signature et ne plus le réviser : le plafond change à chaque clôture.
  • Avancer des fonds avant la libération complète du capital.
  • Oublier la déclaration de contrat de prêt (cerfa 10142).
  • Croire que plusieurs comptes courants se compensent : chaque compte est examiné seul.
  • Ne pas déclarer les intérêts en ligne 2TR, ou oublier l’acompte de 12,8 % déjà retenu.
  • Laisser une avance sans rémunération quand l’associé est une société.

Pour financer la société autrement, comparez avec l’arbitrage entre salaire et dividendes dans salaire ou dividendes : comment arbitrer, ou avec la gestion de la trésorerie d’une holding dans excédent de trésorerie d’une holding.

Ce que fait Balmont Conseil

Balmont Conseil, cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans, remet à plat la manière dont vous financez et vous rémunérez par votre société : compte courant, dividendes, rémunération, placements. Nous chiffrons chaque option avec vos chiffres et nous travaillons avec votre expert-comptable. Prenez rendez-vous pour faire ce calcul.

FAQ

Comment sont imposés les intérêts d’un compte courant d’associé ?

Pour une personne physique, ce sont des revenus de capitaux mobiliers, imposés au PFU de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux) ou, sur option, au barème progressif.

Quel est le taux maximal d’intérêt déductible en 2026 ?

Il dépend de la clôture de l’exercice : 4,33 % pour un exercice de 12 mois clos entre le 30 juin et le 29 septembre 2026, 4,40 % pour une clôture entre le 30 septembre et le 30 octobre 2026, 4,43 % entre le 31 octobre et le 29 novembre.

Que se passe-t-il si le taux dépasse le taux de référence ?

La part des intérêts au-delà du taux de référence n’est pas déductible du résultat de la société. Vous restez imposé sur la totalité des intérêts perçus.

Un compte courant d’associé doit-il être déclaré ?

La société bénéficiaire dépose chaque année une déclaration de contrat de prêt (cerfa n° 10142), au plus tard à la date de dépôt de sa déclaration de résultat.

Peut-on ouvrir un compte courant d’associé dans une entreprise individuelle ?

Non. Le compte courant d’associé n’existe que dans une société : l’entrepreneur individuel et son entreprise ne forment qu’une seule personne.

La société doit-elle retenir un prélèvement sur les intérêts versés ?

Oui, quand elle est établie en France : elle retient un prélèvement de 12,8 % qui s’impute sur votre impôt de l’année suivante. Il existe une dispense si votre revenu fiscal de référence est inférieur à 25 000 € (seul) ou 50 000 € (couple).

Faut-il obligatoirement un taux d’intérêt ?

Non : le compte courant « peut être rémunéré », selon service-public. Quand l’associé est une société, une avance sans aucune rémunération peut toutefois être qualifiée d’acte anormal de gestion.

Où trouver le taux de référence de mon exercice ?

Dans la fiche service-public sur le compte courant d’associé, qui donne le taux pour chaque période de clôture, puis dans la doctrine administrative (BOI-BIC-CHG-50-50-30) pour les périodes à venir.

Sources : entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F32966 « Compte courant d’associé : fonctionnement et fiscalité », vérifiée le 16 octobre 2026, consultée le 31 octobre 2026 ; entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F23575 « Impôt sur les sociétés », vérifiée le 17 février 2026, consultée le 31 octobre 2026 ; impots.gouv.fr, « Puis-je bénéficier d’une dispense du prélèvement forfaitaire non libératoire ? », consulté le 31 octobre 2026 ; impots.gouv.fr, brochure pratique de l’impôt sur le revenu, revenus de capitaux mobiliers (ir_2024), consultée le 31 octobre 2026 ; BOFiP, BOI-BIC-CHG-50-50-30 (intérêts des avances consenties par les associés), version du 28 janvier 2026, consulté le 30 octobre 2026.

Alexis Sagnier, fondateur de Balmont Conseil, conseil en gestion de patrimoine à Lyon

Alexis Sagnier

Fort de bientôt 14 ans d'expertise en ingénierie financière, Alexis Sagnier accompagne les dirigeants et expatriés dans la sécurisation de leurs enjeux transfrontaliers.
Fondateur de Balmont Conseil en 2013, il chiffre chaque recommandation en euros (impôt, frais, transmission) avant toute décision.
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