Si vous avez été salarié du privé puis artisan, commerçant ou gérant majoritaire, votre retraite de base est calculée une seule fois, en général par la dernière caisse où vous avez cotisé, sur vos 25 meilleures années tous régimes confondus. C’est la liquidation unique des régimes alignés (Lura), en vigueur depuis le 1er juillet 2017. Le taux plein est de 50 % et la pension de base ne peut pas dépasser 24 030 € par an pour un départ en 2026. Chiffres au 31 octobre 2026.
On croit souvent toucher deux retraites de base, une par statut, calculées chacune sur leur période. Ce n’est pas le cas, et la règle des 25 meilleures années change le résultat. Voici qui est concerné, comment le calcul se fait, ce que la Lura change et ce qu’elle ne change pas.
Qu’est-ce que la liquidation unique des régimes alignés ?
La Lura rassemble trois régimes de base : le régime général (salariés du privé, caisse Cnav), le régime des salariés agricoles (MSA salariés) et la SSI, qui gère la retraite de base des artisans et des commerçants. Depuis le 1er juillet 2017, une seule demande suffit pour ces régimes, et une seule pension est versée.
- Vous êtes concerné si vous êtes né en 1955 ou après et que vous avez cotisé pour la retraite de base à au moins 2 de ces 3 régimes.
- Les exploitants agricoles (MSA exploitants) et les professions libérales (Cnavpl) n’en font pas partie.
- Pour un auto-entrepreneur, tout dépend de la caisse : SSI, il est concerné ; Cnavpl, il ne l’est pas.
Quel statut de dirigeant vous place dans la Lura ?
Le statut du dirigeant décide de sa caisse. Le gérant majoritaire de SARL et d’EURL est travailleur non salarié. Selon l’activité de sa société, sa retraite de base relève du régime des artisans et commerçants, géré par la SSI, ou d’une caisse de professions libérales. Les autres dirigeants (gérant minoritaire ou égalitaire, président de SAS ou de SASU) ont le statut d’assimilé salarié et relèvent du régime général.
| Votre parcours | Régimes de base | Lura ? |
|---|---|---|
| Salarié puis gérant majoritaire d’une SARL commerciale ou artisanale | Régime général, puis SSI | Oui |
| Salarié puis président de SAS ou de SASU | Régime général dans les deux cas | Sans objet : un seul régime |
| Salarié puis profession libérale affiliée à la Cnavpl | Régime général, puis Cnavpl | Non |
| Salarié agricole puis commerçant | MSA salariés, puis SSI | Oui |
Notre page sur la protection sociale du dirigeant compare les deux statuts.
Quel régime vous verse la pension ?
En règle générale, la pension unique est versée par la dernière caisse à laquelle vous avez cotisé. Des exceptions existent, par ordre de priorité : la SSI paie lorsque vous avez cotisé comme artisan ou commerçant avant 1973, lorsqu’une rente d’invalidité-décès de la SSI est suivie d’une retraite pour incapacité ou lorsque vous êtes en retraite progressive à la SSI ; le régime général ou agricole paie en cas de retraite anticipée pour incapacité liée à la pénibilité.
Comment sont retenues les 25 meilleures années ?
| Étape | Règle |
|---|---|
| 1 | Additionner par année civile les revenus perçus dans les différents régimes |
| 2 | Ne retenir que 4 trimestres au maximum par année |
| 3 | Limiter chaque année au plafond de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026) |
| 4 | Revaloriser les revenus avec les coefficients en vigueur au départ |
| 5 | Faire la moyenne des 25 meilleures années, tous régimes confondus |
| 6 | Appliquer le taux (50 % au taux plein) et la proportion de trimestres validés |
Le nombre de 25 années passe à 24 avec une majoration pour un enfant et à 23 avec des majorations pour au moins deux enfants. Les revenus perçus à partir de 2005 sont limités au plafond de la Sécurité sociale avant revalorisation. Notre article sur le calcul de la retraite de base détaille la formule pour un seul régime.
Quand le taux plein s’applique-t-il, et que coûte la décote ?
Le taux de 50 % s’applique si vous partez avant 67 ans avec le nombre de trimestres exigé, tous régimes confondus, ou si vous partez à 67 ans quel que soit votre nombre de trimestres. Le nombre exigé dépend de l’année de naissance : 167 trimestres pour une naissance en 1958 à 1960, 172 pour les personnes nées en 1969 et après. Sans ce nombre avant 67 ans, le taux baisse de 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Notre page sur la décote et la surcote montre l’effet en euros ; celle sur l’âge de départ par génération donne les repères.
La Lura augmente-t-elle toujours la pension ?
Non, l’effet dépend de la carrière. Avant le 1er juillet 2017, chaque caisse calculait sa part séparément : les 25 meilleures années étaient réparties entre les régimes au prorata des trimestres, ce qui pouvait écarter de bonnes années. Depuis la Lura, les 25 meilleures années sont prises dans l’ensemble de la carrière. L’ancien mode pouvait en revanche retenir davantage de trimestres dans certains calculs. Votre relevé de carrière permet de vérifier ce que l’assurance retraite a retenu.
Qu’advient-il des retraites complémentaires ?
La Lura vise uniquement les retraites de base. Les salariés déposent une demande distincte auprès de l’Agirc-Arrco pour les points acquis pendant leurs années de salarié. Pour la SSI, la retraite complémentaire est liquidée automatiquement avec la retraite de base ; elle se calcule en points et elle est versée intégralement si la retraite de base est à taux plein. Notre page sur l’Agirc-Arrco explique les points.
Pourquoi une rémunération au-dessus du plafond ne change-t-elle rien à la base ?
La cotisation à la retraite de base d’un artisan ou d’un commerçant est de 17,87 % jusqu’à 48 060 € de revenus, puis de 0,72 % au-delà (revenus 2025). Mais la pension, elle, plafonne : elle ne peut pas dépasser 50 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 24 030 € par an ou 2 002,50 € par mois pour un départ en 2026. Un gérant qui se rémunère 150 000 € et un gérant qui se rémunère 48 060 € obtiennent donc la même pension de base. L’écart avec le revenu est à combler par la complémentaire et par l’épargne.
Cas concret : un gérant lyonnais qui a été cadre
Situation. Julien, né en 1970, a été salarié 20 ans à 32 000 € brut par an, puis gérant non salarié pendant 23 ans avec une rémunération de 65 000 €, en euros 2026 constants. Il part à la retraite avec 172 trimestres validés, le nombre exigé pour les personnes nées en 1969 et après.
Problème. Julien pense que sa pension de base sera la moyenne de ses 43 années, soit 40 590 € plafonnés, donc 1 691 € par mois. Il craint que ses 20 premières années, moins bien payées, tirent le résultat vers le bas.
Stratégie. La règle des 25 meilleures années plafonnées donne un autre résultat : ses 23 années de gérant comptent chacune pour 48 060 € (le plafond), et il complète avec 2 années de salarié à 32 000 €. La moyenne devient (23 × 48 060 + 2 × 32 000) ÷ 25 ≈ 46 775 €.
Résultat. La pension de base est de 46 775 € × 50 % ≈ 23 388 € par an, soit 1 949 € par mois, contre 1 691 € avec une moyenne sur toute la carrière : 258 € de plus par mois, 3 092 € par an. Les 16 940 € de rémunération au-dessus du plafond, chaque année pendant 23 ans, ne rapportent rien en base. Hypothèses : revenus constants en euros 2026, pas de décote, de surcote ni de majoration pour enfants. Cas fictif, donné à titre d’illustration.
Cas concret : une gérante à 150 000 € face au plafond
Situation. Hélène, née en 1972, a été cadre 13 ans à 55 000 € brut, puis gérante majoritaire d’une SARL de négoce pendant 30 ans, avec 150 000 € de rémunération annuelle. Elle totalise 172 trimestres.
Problème. Elle compte sur une base proportionnelle à ses revenus. Elle ignore que chaque année, salariée ou gérante, est limitée à 48 060 €.
Stratégie. Ses 43 années sont toutes au plafond : les 25 meilleures donnent une moyenne de 48 060 €. Elle demande son relevé de carrière deux ans avant son départ et vérifie qu’aucune année n’y manque.
Résultat. Sa pension de base est de 48 060 € × 50 % = 24 030 € par an, soit 2 002,50 € par mois : le maximum. Elle représente 16 % de ses 150 000 € de rémunération. L’écart de 125 970 € par an, avant retraites complémentaires, est le sujet de sa préparation. Cas fictif, hypothèses simplifiées : revenus constants en euros 2026, pas de décote ni de majoration.
Que faire quand on a changé de statut ?
- Demander son relevé de carrière au moins 2 ans avant la date de départ prévue, et vérifier que chaque année apparaît avec les bons revenus et tous les trimestres.
- Déposer la demande de retraite 4 à 6 mois avant le départ, auprès de la dernière caisse ou en ligne sur info-retraite.fr : une seule demande suffit pour les régimes alignés.
- Déclarer la cessation d’activité au guichet des formalités des entreprises, en ligne uniquement, si vous êtes artisan ou commerçant.
- Repérer les années incomplètes, de moins de 4 trimestres : notre page sur les trimestres requis pour le taux plein donne les seuils par génération.
- Mesurer l’écart avec le revenu actuel : au-dessus du plafond, la base ne progresse plus et ce sont la complémentaire et l’épargne qui comptent.
Ce que fait Balmont Conseil
Balmont Conseil, cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans, reconstitue avec vous votre carrière statut par statut, calcule la pension de base et les retraites complémentaires attendues, puis construit le complément adapté à votre rémunération de dirigeant. Pour un premier échange, prenez rendez-vous.
FAQ
Aurai-je deux retraites de base si j’ai changé de statut ?
Non. Avec la liquidation unique, un seul régime calcule et verse la retraite de base, sur l’ensemble de la carrière dans les régimes alignés. Les retraites complémentaires sont, elles, liquidées séparément.
Quel régime me verse ma retraite de base ?
En règle générale celui où vous avez cotisé en dernier, avec des exceptions pour les périodes d’artisan ou de commerçant avant 1973, la retraite progressive à la SSI et certaines retraites anticipées.
La liquidation unique concerne-t-elle les professions libérales ?
Non. Seuls trois régimes sont visés : le régime général, les salariés agricoles et la SSI. Les professions libérales relevant de la Cnavpl et les exploitants agricoles n’entrent pas dans ce calcul unique.
Quelles années comptent pour le calcul ?
Les 25 meilleures années tous régimes confondus, après revalorisation, avec un plafond annuel égal au plafond de la Sécurité sociale. Les revenus au-dessus du plafond ne comptent pas dans la retraite de base.
Que se passe-t-il si je suis président de SAS après avoir été salarié ?
Vous restez au régime général : le président de SAS ou de SASU a le statut d’assimilé salarié. Il n’y a qu’un seul régime de base, donc pas de liquidation unique à organiser.
Quelle est la pension de base maximale en 2026 ?
La pension de base ne peut pas dépasser 50 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 24 030 € par an ou 2 002,50 € par mois pour un départ en 2026.
La Lura s’applique-t-elle si je suis né avant 1955 ?
Le site d’information La retraite en clair vise les générations nées en 1955 ou après qui ont cotisé à au moins 2 des 3 régimes. Les assurés plus anciens relèvent de leur propre situation, à vérifier auprès de leur caisse.
Sources : « Polypensionnés : qu’est-ce qui change le 1er juillet 2017 ? » (la-retraite-en-clair.fr, page modifiée le 18 septembre 2025, consultée le 31 octobre 2026) ; fiche F21552 sur le calcul de la retraite de base, service-public.gouv.fr, vérifiée le 1er septembre 2026, consultée le 31 octobre 2026 ; « Protection sociale du dirigeant de société » (fiche F38152), entreprendre.service-public.gouv.fr, vérifiée le 8 octobre 2026, consultée le 31 octobre 2026 ; « Régime de retraite de l’entrepreneur individuel » (fiche F33841), entreprendre.service-public.gouv.fr, vérifiée le 13 mai 2026, consultée le 31 octobre 2026 ; « Retraite complémentaire du secteur privé : Agirc-Arrco » (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 1er janvier 2026, consultée le 30 octobre 2026).










