Le compte courant d’associé est une avance que vous faites à votre société : elle vous la doit et vous pouvez en demander le remboursement à tout moment, si les statuts ou une convention ne prévoient rien d’autre (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 16 octobre 2026, consultée le 31 octobre 2026). Après votre demande, la société dispose de 5 ans pour rembourser. En revanche, un dirigeant de SARL, de SA ou de SAS n’a pas le droit de laisser son compte courant en négatif.
Beaucoup de dirigeants alimentent leur compte courant pour financer l’entreprise, puis veulent récupérer l’argent pour un projet personnel. Deux erreurs reviennent : croire que le retrait est un revenu imposable, et tirer plus que ce que le compte contient. Voici les règles, la marche à suivre pour retirer son argent, et ce qu’elles valent en euros.
Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?
La fiche officielle le décrit comme des fonds que les associés, dirigeants ou salariés mettent à la disposition de l’entreprise. Juridiquement, c’est un prêt : l’associé devient créancier de la société. Les modalités sont fixées par les statuts ou par une convention de compte courant.
Cette qualification de prêt explique tout le reste : on peut rembourser un prêt, on peut l’assortir d’intérêts, et on ne peut pas s’en servir pour retirer plus que ce qu’on a avancé.
Qui peut avoir un compte courant d’associé ?
Les associés et actionnaires personnes physiques, les dirigeants, et certaines sociétés commerciales (SA, SARL, SAS, SCA) dont les comptes sont certifiés par un commissaire aux comptes, qui peuvent consentir des prêts accessoires de moins de 3 ans à des sociétés partenaires. Il n’existe pas de compte courant d’associé dans une entreprise individuelle : l’entrepreneur et son entreprise ne font qu’un.
Comment un compte courant d’associé est-il alimenté ?
Selon la fiche officielle, quatre sources alimentent le compte, inscrit au passif du bilan de la société :
- la rémunération du dirigeant qu’il n’a pas perçue ;
- les dividendes qu’il n’a pas perçus ;
- les remboursements de frais qu’il n’a pas touchés ;
- les sommes qu’il verse volontairement à la société.
Gardez la trace écrite de chaque versement : c’est elle qui fixe le montant que vous pourrez récupérer.
Peut-on retirer son compte courant d’associé à tout moment ?
Oui, si les statuts ou une convention ne prévoient rien d’autre. La société ne peut pas refuser, même en cas de difficultés financières, ni limiter le remboursement à sa trésorerie disponible. Elle peut en revanche demander des délais de paiement, limités à 2 ans (article 1343-5 du Code civil). La fiche précise que la société dispose de 5 ans à compter de la demande pour rembourser la créance. L’associé peut aussi renoncer à son droit au remboursement.
Deux verrous existent :
- une décision prise à l’unanimité de l’assemblée générale des associés peut bloquer le compte ;
- une convention de blocage signée avec l’associé a le même effet.
Le blocage sert souvent de garantie pour obtenir un crédit bancaire et donne à la société des capitaux permanents. Avant de planifier un retrait, relisez donc les statuts et les conventions signées avec la banque.
Comment demander le remboursement, étape par étape ?
- Relisez les statuts et la convention. Ils peuvent fixer un préavis, un échéancier ou un blocage.
- Vérifiez le solde dans la comptabilité : il doit être créditeur du montant que vous voulez retirer.
- Adressez une demande écrite et datée à la société. La date de la demande est le point de départ des 5 ans dont elle dispose pour rembourser.
- Convenez d’un calendrier avec la société si le montant dépasse sa trésorerie.
- Faites enregistrer le remboursement en comptabilité par virement bancaire, pour garder la preuve.
Le dirigeant peut-il avoir un compte courant débiteur ?
Non. Un compte débiteur équivaut à un découvert : l’associé doit de l’argent à la société. La fiche rappelle qu’il est interdit aux dirigeants et associés personnes physiques d’une SARL (article L223-21 du Code de commerce), ainsi qu’aux administrateurs et directeurs généraux d’une SA et au président et aux directeurs généraux d’une SAS (article L227-12). Autrement dit, vous pouvez retirer ce que vous avez avancé, pas davantage. Au-delà, il faut une autre voie : dividende ou rémunération.
| Qui | Solde débiteur |
|---|---|
| Gérant et associé personne physique de SARL | Interdit |
| Administrateur et directeur général de SA | Interdit |
| Président et directeur général de SAS | Interdit |
| Associé personne physique de SCI ou de Scop | Autorisé |
| Associé personne morale (notamment dans un groupe) | Autorisé |
Les intérêts du compte courant sont-ils imposés ?
Pour une personne physique, la rémunération par intérêts est facultative. Quand elle existe, les intérêts sont des revenus de capitaux mobiliers. Ils sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % ou, sur option, au barème progressif (article 125 A du CGI). Pour la société, les intérêts sont déductibles dans la limite du taux de référence, qui dépend de la date de clôture de l’exercice, à condition que le capital soit entièrement libéré. Ce taux va de 4,33 % à 4,45 % pour les exercices clos entre le 30 juin et le 30 décembre 2026. La société dépose chaque année la déclaration de contrat de prêt (cerfa n° 10142), au plus tard à la date de dépôt de sa déclaration de résultat. Le détail est dans notre article sur les intérêts, le taux limite et l’impôt.
| Opération | Traitement |
|---|---|
| Avance versée à la société | Créance de l’associé, aucun revenu |
| Intérêts perçus | PFU de 31,4 % ou barème sur option |
| Remboursement de l’avance | Restitution d’un prêt, hors du champ des revenus |
| Solde négatif d’un dirigeant | Interdit (L223-21, L227-12 du Code de commerce) |
Que devient le compte courant si la société est en difficulté ?
Pendant une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire), la société ne peut plus rembourser le compte. L’associé déclare sa créance auprès du mandataire judiciaire ou du liquidateur (article L622-24 du Code de commerce). Il est remboursé après les créanciers privilégiés, si les finances de la société le permettent.
Cas concret : un gérant veut sortir 150 000 €
Situation. Pierre, 49 ans, gérant majoritaire d’une SARL à Lyon, a un compte courant créditeur de 120 000 €. Il veut disposer de 150 000 € pour financer un achat personnel.
Problème. Retirer 150 000 € ferait passer son compte courant à moins 30 000 €. Un gérant de SARL n’a pas le droit d’être débiteur.
Stratégie. Pierre retire les 120 000 € de son compte courant, au titre du remboursement de son avance. Pour les 30 000 € restants, il fait voter un dividende, dans la limite des sommes distribuables de la société. Il vérifie avant que les statuts et la banque ne bloquent pas le compte.
Résultat. Les 120 000 € remboursés ne supportent aucun impôt, puisqu’il s’agit du retour de son propre prêt. Le dividende de 30 000 € coûte 9 420 € au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 20 580 € nets. Pierre reçoit en tout 140 580 €. S’il avait pris les 150 000 € en dividendes, il aurait payé 47 100 € et reçu 102 900 € : le compte courant lui fait gagner 37 680 €.
Deuxième cas : une présidente de SAS retire 50 000 € en cours d’année
Situation. Sandrine, 45 ans, présidente d’une SAS, a avancé 80 000 € à sa société. La convention prévoit un intérêt de 3 % par an. Elle retire 50 000 € le 1er juillet.
Problème. Elle veut savoir ce que ce retrait lui coûte en impôt, et si elle reste en règle.
Stratégie. Elle demande le remboursement de 50 000 € sur son compte : le solde reste créditeur de 30 000 €, donc conforme à l’interdiction du solde débiteur. Le taux de 3 % est inférieur aux taux de référence de 4,33 % à 4,45 % publiés pour les exercices clos entre le 30 juin et le 30 décembre 2026.
Résultat. Les 50 000 € remboursés ne sont pas imposés. Seuls les intérêts le sont : 80 000 € × 3 % × 6/12 = 1 200 € sur le premier semestre, puis 30 000 € × 3 % × 6/12 = 450 € sur le second, soit 1 650 €. Au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, l’impôt est de 518 € et il lui reste 1 132 € nets. Prendre ces 50 000 € en dividendes aurait coûté 15 700 € d’impôt.
Quelles erreurs éviter avant de retirer son compte courant ?
- Confondre retrait et dépenses personnelles. Des prélèvements au-delà du solde créent un compte débiteur, interdit au dirigeant d’une SARL, d’une SA ou d’une SAS.
- Ne pas tenir de convention écrite. Sans elle, la règle par défaut s’applique : remboursement à tout moment, mais ni taux fixé, ni échéancier, ni preuve précise du montant.
- Verser des intérêts supérieurs au taux de référence. La partie au-delà n’est pas déductible pour la société.
- Oublier la déclaration annuelle. La société dépose chaque année le cerfa n° 10142, au plus tard à la date de dépôt de sa déclaration de résultat.
- Découvrir un blocage au moment de retirer. Une décision unanime ou une convention de blocage, souvent liée à un crédit bancaire, peut empêcher le retrait.
Faut-il laisser de l’argent dans le compte courant ?
Ce n’est pas un placement. Les intérêts sont imposés à 31,4 % et peuvent être plafonnés côté société. En contrepartie, le compte courant reste l’une des rares façons de reprendre sans impôt de l’argent déjà avancé. Comparez-le avec la rémunération et les dividendes dans notre article sur l’arbitrage entre dividendes et rémunération, et voyez comment placer un excédent dans l’excédent de trésorerie d’une holding. Une règle simple : n’avancez que ce dont l’entreprise a besoin, et gardez la trace écrite de chaque versement.
FAQ
Peut-on retirer son compte courant d’associé sans impôt ?
Le remboursement de votre avance est le retour d’un prêt, pas un revenu. Seuls les intérêts perçus sont imposés, au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % ou, sur option, au barème progressif.
La société peut-elle refuser de me rembourser ?
Non, même en cas de difficultés financières. Elle peut demander des délais de paiement limités à 2 ans, et elle dispose de 5 ans à compter de la demande pour rembourser. Un blocage décidé à l’unanimité ou une convention de blocage peut suspendre le retrait.
Qui n’a pas le droit d’être à découvert sur son compte courant ?
Les dirigeants et associés personnes physiques d’une SARL, les administrateurs et directeurs généraux d’une SA, et les dirigeants d’une SAS. Les associés personnes physiques d’une SCI et d’une Scop peuvent avoir un solde débiteur.
Que faire pour retirer plus que le solde du compte ?
Il faut un autre canal : dividende voté dans la limite des sommes distribuables, ou rémunération. Le solde négatif est interdit au dirigeant d’une SARL, d’une SA ou d’une SAS.
Que devient mon compte courant si la société est liquidée ?
Dès l’ouverture d’une procédure collective, la société ne peut plus rembourser. L’associé déclare sa créance au liquidateur, comme n’importe quel autre créancier, et il est remboursé après les créanciers privilégiés.
Un entrepreneur individuel a-t-il un compte courant d’associé ?
Non. Il n’existe pas de compte courant d’associé dans une entreprise individuelle. Le compte courant suppose une société distincte de l’associé qui lui avance des fonds.
Les intérêts du compte courant sont-ils obligatoires ?
Non. Pour un associé personne physique, la rémunération par intérêts est facultative. Si elle est prévue, le taux figure dans les statuts ou la convention.
Combien de temps la société a-t-elle pour me rembourser ?
Elle dispose de 5 ans à compter de votre demande. Elle peut demander des délais de paiement limités à 2 ans, selon l’article 1343-5 du Code civil.
Ce que fait Balmont Conseil
Notre cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans accompagne les dirigeants dans l’organisation de leur patrimoine privé et professionnel : choix entre compte courant, dividendes et rémunération, emploi des sommes sorties de la société. Nous posons les chiffres avec vous avant le retrait. Prenez rendez-vous avec notre cabinet.
Sources : « Compte courant d’associé : fonctionnement et fiscalité » (entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F32966 vérifiée le 16 octobre 2026, consultée le 31 octobre 2026).










