En résumé…
Une infirmière libérale qui dégage 55 000 € de bénéfice et cesse son activité touche 75,34 € par jour de l’Assurance maladie du 4e au 90e jour d’arrêt (50 % de son revenu), puis 55,44 € par jour de la CARPIMKO, sa caisse de retraite et de prévoyance, à partir du 91e jour et jusqu’à la fin de la 3e année (37 % de son revenu). Au-delà, la rente d’invalidité est de 20 160 € par an en invalidité totale (37 % du revenu) et de 10 080 € en invalidité partielle. Sur un arrêt de 12 mois, elle perçoit 21 801 € et il manque 33 199 € ; le capital décès est de 18 144 € à 54 432 € selon sa situation familiale. Un contrat de prévoyance de groupe (dit Madelin) est déductible du bénéfice jusqu’à 5 426,70 € par an à ce niveau de revenu (article 154 bis du Code général des impôts).
1. Trois étages, deux organismes : l’Assurance maladie, puis la CARPIMKO
Une infirmière libérale n’a pas d’employeur qui maintient son salaire. Depuis le 1er juillet 2021, ses indemnités journalières des premiers jours viennent de l’Assurance maladie, qui est son régime de base. À partir du 91e jour, la relève est prise par le régime invalidité-décès de la CARPIMKO (Caisse autonome de retraite et de prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes). Les montants ci-dessous sont ceux publiés pour 2026.
| Étape | Qui paie | Montant pour un bénéfice de 55 000 € |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Personne (délai de carence de 3 jours) | 0 € |
| Jours 4 à 90 (87 jours) | La caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) : indemnités journalières | 75,34 € par jour, soit 2 292 € par mois |
| Du 91e jour à la fin de la 3e année | La CARPIMKO : allocation journalière | 55,44 € par jour, soit 1 686 € par mois |
| À partir de la 4e année | La CARPIMKO : rente d’invalidité | 20 160 € par an en invalidité totale, 10 080 € en invalidité partielle |
| Décès | La CARPIMKO : capital décès, rentes | 18 144 € à 54 432 € de capital selon la situation familiale |
2. Du 4e au 90e jour : l’Assurance maladie verse la moitié du revenu
Le droit s’ouvre après un an d’affiliation à la date du constat médical de l’incapacité (article D. 622-1 du Code de la sécurité sociale). L’indemnité est de 1/730e de la moyenne des revenus soumis à cotisations des trois dernières années civiles (article D. 622-7), et cette moyenne est plafonnée à trois fois le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), soit 3 × 48 060 € = 144 180 € en 2026. Le maximum est donc de 197,51 € par jour, selon le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS). Elle est due à partir du 4e jour et pendant au plus 87 jours consécutifs (article D. 622-12), dans la limite de 360 indemnités sur trois ans.
Diviser par 730 revient à verser la moitié du revenu : 1/730e par jour sur 365 jours donne 50 %. Pour un revenu moyen de 55 000 €, soit sous le plafond de 144 180 €, l’indemnité est de 75,34 € par jour. Le plafond est trois fois plus haut que celui des artisans et des commerçants (un seul PASS). Les indemnités qui remplacent le revenu sont imposables (BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-30, n° 50 et 70).
3. À partir du 91e jour : la CARPIMKO et ses 55,44 € par jour
La CARPIMKO commence au 91e jour d’arrêt total. L’allocation est de 55,44 € bruts par jour, inchangée au 1er janvier 2026, quel que soit le revenu : elle est forfaitaire. Elle court jusqu’au dernier jour de la 3e année d’incapacité. Deux conditions pèsent sur la demande : elle se fait dans les 6 mois qui suivent le premier jour de l’arrêt initial, car l’arrêt de la CPAM n’est pas transmis automatiquement à la caisse, et l’infirmière doit être à jour de toutes ses cotisations : une échéance impayée ou une mise en demeure suspend le droit jusqu’au paiement du solde.
- Suppléments : 8,06 € par jour pour un descendant à charge et 20,16 € par jour pour la tierce personne. Le supplément conjoint a été supprimé au 1er janvier 2025.
- Reprise thérapeutique : 55,44 € par jour pendant 3 mois, puis 27,72 € par jour jusqu’à 6 mois. Une activité partielle donne 27,72 € par jour.
- Cotisations : si l’incapacité dure au moins 6 mois dans l’année, consécutifs ou non, l’infirmière est dispensée des cotisations des régimes de base et complémentaire, sauf l’avantage social vieillesse et le régime invalidité-décès. Les droits à retraite de base sont maintenus ; les points du complémentaire sont crédités gratuitement, mais divisés par deux.
- Cotisation du régime : un forfait de 1 022 € en 2026, dû par tous les affiliés quel que soit le revenu.
4. À partir de la 4e année : la rente d’invalidité
Quand l’incapacité se prolonge, la rente d’invalidité prend le relais à partir du premier jour de la 4e année suivant l’incapacité reconnue médicalement. Elle est de 20 160 € bruts par an en invalidité totale, avec d’éventuels suppléments pour les personnes à charge ou la tierce personne, et de 10 080 € bruts par an en invalidité partielle, sans supplément. Les statuts du régime (version d’août 2022) prévoient le versement de la rente au plus tard jusqu’au trimestre qui précède l’âge du taux plein de la retraite de base, sauf reprise d’activité ou reclassement constaté. Comme l’allocation journalière, elle ne dépend pas du revenu.
5. Le décès : un capital de 18 144 € à 54 432 €
Le capital est versé si l’affilié cotisait au régime, était à jour de ses cotisations, avait moins de 70 ans et n’avait pas cessé son activité libérale ; le décès doit être déclaré dans les 2 ans, par une demande écrite.
| Situation de l’infirmière à son décès | Capital décès (non imposable) |
|---|---|
| Conjoint ou partenaire de PACS, avec au moins un descendant à charge | 54 432 € |
| Conjoint ou partenaire de PACS, sans descendant | 36 288 € |
| Aucun bénéficiaire à charge : versé aux enfants, puis aux autres descendants, puis aux ascendants | 18 144 € |
S’y ajoutent une rente de survie de 10 080 € par an pour le conjoint ou le partenaire de PACS, jusqu’à ses 65 ans (marié ou pacsé depuis au moins 2 ans, sauf enfant né de l’union ou décès accidentel), et une rente d’éducation de 7 560 € par an par enfant de moins de 18 ans fiscalement à charge, prolongée jusqu’à 25 ans pour un étudiant dont les ressources sont inférieures au SMIC annuel brut.
6. L’écart avec 55 000 € de bénéfice
Cas type
Situation. Une infirmière libérale conventionnée de 45 ans, célibataire, sans enfant, avec un bénéfice stable de 55 000 € par an. Nous retenons ce montant comme revenu annuel moyen pris en compte par la CPAM et comme bénéfice imposable avant déduction des cotisations facultatives. Elle est à jour de ses cotisations et n’a souscrit aucun contrat de prévoyance en plus du régime de base et de la CARPIMKO.
Problème. Elle s’arrête et cesse toute activité. Du 4e au 90e jour, la CPAM lui verse 75,34 € par jour (55 000 ÷ 730) : sur une période de 90 jours, 87 jours × 55 000 € ÷ 730 = 6 554,79 €, alors que son revenu sur la même période est de 13 562 € : il manque 7 007 €. À partir du 91e jour, la CARPIMKO lui verse 55,44 € par jour, soit 1 686 € par mois au lieu de 4 583 € : 2 897 € par mois en moins, et 37 % de son revenu au lieu de 50 % pendant les trois premiers mois. Sur un arrêt continu de 12 mois, elle perçoit 6 554,79 € de la CPAM et 275 × 55,44 € = 15 246,00 € de la CARPIMKO, soit 21 800,79 € (40 % du revenu) : il manque 33 199,21 €. Si l’incapacité devient une invalidité totale à partir de la 4e année, la rente est de 20 160 € par an (1 680 € par mois, 37 % du revenu) : il manque 34 840 € par an (2 903 € par mois). En invalidité partielle, la rente est de 10 080 € par an et il manque 44 920 € par an (3 743 € par mois).
Stratégie. Elle fait établir des devis pour un contrat de prévoyance de groupe relevant de l’article 154 bis du Code général des impôts (CGI). Le plafond de déduction est la somme de 3,75 % du bénéfice (2 062,50 €) et de 7 % du PASS 2026 de 48 060 € (3 364,20 €), soit 5 426,70 €, dans la limite de 3 % de 8 PASS (11 534,40 €). Le plafond applicable est donc de 5 426,70 €. Elle compare les devis sur ce qu’ils couvrent réellement : franchise, indemnité journalière, durée, rente d’invalidité totale et partielle, capital décès. Elle vise d’abord les 2 897 € par mois qui manquent dès le 91e jour, puis les 2 903 € par mois de l’invalidité totale.
Résultat. À 55 000 €, une personne seule est dans la tranche à 30 % (de 29 579 € à 84 577 € par part) ; après déduction, son bénéfice reste de 49 573 €, dans la même tranche. Une prime de 5 426,70 € fait économiser 1 628,01 € d’impôt (9 603,99 € avant, 7 975,98 € après) : le coût réel est de 3 798,69 € par an, soit 316,56 € par mois. Le montant d’indemnités et de rente que cette prime achète dépend du devis.
Hypothèses. Le calcul retient un bénéfice constant de 55 000 €, une personne seule, les montants de 2026 pour toute la période, un arrêt continu sans reprise ni supplément, et des montants bruts : nous n’avons déduit ni les prélèvements sociaux ni l’impôt sur les prestations. Le revenu annuel moyen réellement retenu par la CPAM, qui repose sur les trois années civiles précédant l’arrêt, se lit dans l’espace personnel de l’Assurance maladie. Sur 10 ans à partir de l’arrêt, avec 21 801 € la première année, 20 236 € chacune des deux années suivantes puis la rente d’invalidité totale pendant 7 ans, le revenu perdu est de 550 000 € et l’Assurance maladie et la CARPIMKO versent 203 392 € : il manque 346 608 €.
7. Le contrat de prévoyance de groupe (Madelin) : ce que la déduction permet
L’article 154 bis du Code général des impôts permet au non-salarié relevant des bénéfices non commerciaux (BNC) de déduire de son bénéfice les cotisations d’un contrat de prévoyance complémentaire souscrit à titre facultatif. Le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP, BOI-BIC-CHG-40-50-40-20, n° 90), auquel renvoie la doctrine des BNC (BOI-BNC-BASE-40-60-50-10, n° 430), fixe la limite : 3,75 % du bénéfice imposable plus 7 % du PASS, sans dépasser 3 % de 8 PASS, avec un plancher de 7 % du PASS. Le PASS retenu est celui de l’année de clôture de l’exercice : 48 060 € pour 2026, soit un plancher de 3 364,20 € et un maximum de 11 534,40 €. Le bénéfice de référence est celui d’avant déduction des cotisations et primes facultatives.
- Le contrat est un contrat d’assurance de groupe défini à l’article L. 144-1 du Code des assurances (BOI-BNC-BASE-40-60-50-10, n° 400).
- Les garanties visées (n° 410) : indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, prestations complémentaires en nature, capital ou rente en cas de décès ou d’invalidité permanente.
- Les bénéficiaires : l’exploitant individuel, l’associé d’une société de personnes, l’associé unique d’une EURL non soumise à l’impôt sur les sociétés et le conjoint collaborateur. Les exploitants retraités sont exclus (n° 20).
- La contrepartie : les indemnités qui remplacent le revenu sont imposables, en BNC si l’activité se poursuit, et le plafonnement de la déduction ne change pas ce caractère imposable (BOI-BNC-BASE-40-60-50-30, n° 10 et 50). Le calcul de la couverture se fait donc sur le montant net d’impôt.
Le plan d’épargne retraite a son propre plafond, détaillé sur notre page plafond de déduction du PER ; le PER individuel se pilote en parallèle de la prévoyance.
8. Dans quel ordre traiter le sujet
- Vérifier son statut de cotisant : la cotisation invalidité-décès de 1 022 € doit être à jour, sinon l’allocation et le capital décès sont suspendus. C’est la première condition de la CARPIMKO.
- Noter le délai de 6 mois : la demande d’allocation journalière se fait dans les 6 mois qui suivent le premier jour de l’arrêt, et l’arrêt de la CPAM n’est pas transmis automatiquement à la caisse.
- Chiffrer ses charges fixes : loyer du cabinet, véhicule, crédits, assurances. Elles continuent de courir pendant l’arrêt, et ni les indemnités ni la rente ne les couvrent.
- Choisir le contrat complémentaire sur ses garanties : franchise, indemnité journalière, définition de l’invalidité, taux d’invalidité partielle, durée de la rente, capital décès. Deux devis au même prix peuvent couvrir des montants très différents.
- Placer le reste de l’effort hors prévoyance : un revenu qui ne dépend pas de votre présence au cabinet se construit avec la défiscalisation, les SCPI et le statut de loueur en meublé non professionnel. Pour un exemple équivalent chez un autre professionnel de santé, voir la gestion de patrimoine d’un médecin à Lyon.
Questions fréquentes
Combien touche une infirmière libérale en arrêt maladie, et à partir de quand ?
Rien pendant les 3 premiers jours. Du 4e au 90e jour, la CPAM verse 1/730e de la moyenne de ses revenus soumis à cotisations des trois dernières années, soit la moitié du revenu : 75,34 € par jour pour 55 000 €, au maximum 197,51 € par jour en 2026. À partir du 91e jour, la CARPIMKO verse 55,44 € bruts par jour, quel que soit le revenu.
Jusqu’à quand la CARPIMKO verse-t-elle l’allocation journalière ?
Jusqu’au dernier jour de la 3e année d’incapacité. L’allocation commence au 91e jour d’arrêt total. La demande se fait dans les 6 mois qui suivent le premier jour de l’arrêt initial et exige des cotisations à jour. À partir de la 4e année, la rente d’invalidité prend le relais.
Quelle rente d’invalidité la CARPIMKO verse-t-elle en 2026 ?
20 160 € bruts par an en invalidité totale, avec d’éventuels suppléments pour les personnes à charge ou la tierce personne, et 10 080 € bruts par an en invalidité partielle, sans supplément. Ces montants sont forfaitaires : ils ne dépendent pas du revenu. Ils représentent 37 % et 18 % d’un bénéfice de 55 000 €.
Quel capital décès pour une infirmière libérale ?
54 432 € avec un conjoint ou un partenaire de PACS et au moins un descendant à charge, 36 288 € avec un conjoint sans descendant, 18 144 € sans bénéficiaire à charge. Ce capital est versé si l’affilié cotisait au régime, était à jour de ses cotisations, avait moins de 70 ans et n’avait pas cessé son activité. S’y ajoutent une rente de survie de 10 080 € par an et 7 560 € par an par enfant.
Jusqu’à quel montant peut-on déduire un contrat Madelin de prévoyance ?
Jusqu’à 3,75 % du bénéfice imposable plus 7 % du PASS, dans la limite de 3 % de 8 PASS, avec un plancher de 7 % du PASS. En 2026, cela donne 5 426,70 € pour un bénéfice de 55 000 €, un plancher de 3 364,20 € et un maximum de 11 534,40 € (article 154 bis du CGI, BOFiP BOI-BIC-CHG-40-50-40-20).
Notre position
Nous ne remplaçons ni l’Assurance maladie ni la CARPIMKO : leurs montants sont ceux de leurs documents, et le revenu retenu pour vos indemnités se lit dans votre espace personnel. Notre rôle est de mesurer l’écart avec votre revenu et vos charges réelles, de comparer les contrats de prévoyance de groupe sur leurs garanties et non sur leur prix seul, puis de placer le reste de l’effort d’épargne. Nous ne rédigeons pas d’actes et ne donnons pas de conseil juridique ou comptable : le calcul du bénéfice et les questions de statut se traitent avec votre expert-comptable. Nous percevons des commissions sur les contrats souscrits via notre cabinet.
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Alexis Sagnier, conseiller en investissements financiers et immobiliers, courtier en assurances, certifié AMF. ORIAS 13003497. Mis à jour le 28/10/2026.
Sources officielles consultées
- CARPIMKO, « En cas d’incapacité ou d’invalidité » (allocation journalière de 55,44 € dès le 91e jour, suppléments, rente d’invalidité de 20 160 € et 10 080 €, exonération de cotisations) : carpimko.com
- CARPIMKO, « En cas de décès » (capital décès, rente de survie, rente d’éducation, conditions) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Mes garanties invalidité-décès » (cotisation de 1 022 € en 2026, obligation jusqu’à l’âge du taux plein) : carpimko.com
- CARPIMKO, « Indemnités journalières pour les professionnels libéraux » (CPAM jusqu’au 90e jour, CARPIMKO à partir du 91e jour) : carpimko.com
- CARPIMKO, statuts du régime d’assurance invalidité-décès, août 2022 (règles de la rente, cotisation à jour, capital décès) : carpimko.com
- Assurance maladie, circulaire CIR-16-2021 du 6 juillet 2021 (indemnités journalières des professionnels libéraux : articles D. 622-1, D. 622-5, D. 622-7 et D. 622-12 du Code de la sécurité sociale, plafond de 3 PASS, 87 jours) : circulaires.ameli.fr
- CLEISS (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale), « Le régime français de protection sociale des travailleurs indépendants » (indemnité plafonnée à 197,51 € en 2026 pour les professions libérales réglementées) : cleiss.fr
- BOFiP, BOI-BIC-CHG-40-50-40-20, limites de déduction des cotisations de prévoyance complémentaire (article 154 bis, II, 2° du CGI) : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-10, champ d’application des cotisations facultatives des non-salariés en BNC : bofip.impots.gouv.fr
- BOFiP, BOI-BNC-BASE-40-60-50-30, prestations servies sous forme de revenus de remplacement : bofip.impots.gouv.fr
- Barème de l’impôt sur le revenu 2026 (loi n° 2026-103, article 4) ; plafond annuel de la sécurité sociale 2026 : 48 060 €.







