Le régime des neo-residenti italien (article 24-bis du TUIR, Texte unique des impôts) propose aux personnes physiques transférant leur résidence fiscale en Italie de soumettre l’ensemble de leurs revenus de source étrangère à une imposition forfaitaire annuelle.
Le forfait s’élève à 300 000 € par an pour les personnes transférant leur résidence en Italie à partir du 1er janvier 2026 (loi de budget italienne pour 2026). Les bénéficiaires antérieurs conservent leur forfait : 200 000 € pour une arrivée entre le 10 août 2024 et la fin de 2025, 100 000 € auparavant. Un complément de 50 000 € par an (25 000 € auparavant) est prévu pour chaque membre du foyer familial étendu également bénéficiaire.

Les revenus de source italienne demeurent imposés au barème de droit commun. Le régime est applicable pour une durée maximale de quinze ans.
Conditions principales : non-résidence fiscale italienne pendant 9 des 10 années précédant la demande, transfert effectif de résidence en Italie, demande formelle auprès de l’administration fiscale italienne. Le régime est particulièrement adapté aux profils à très fort patrimoine financier générant des revenus passifs étrangers significatifs (au-delà d’environ 1 million d’euros par an), pour lesquels le forfait représente une fiscalité effective nettement inférieure au PFU français.
Architecture du régime neo-residenti
Le cadre italien s’apprécie au regard de l’ensemble des paramètres locaux : notre page expatriation en Italie en détaille les implications patrimoniales.
Créé en 2017 sur le modèle de la résidence non-domiciliée britannique (régime non-dom), le régime neo-residenti italien fonctionne sur le principe de la box fiscale étrangère.
Les revenus de source étrangère du contribuable bénéficiaire sont sortis de l’assiette ordinaire italienne et soumis à un forfait annuel libératoire. Les revenus de source italienne (revenus fonciers de biens italiens, traitements et salaires d’activités exercées en Italie, dividendes de sociétés italiennes) restent imposés selon les règles italiennes ordinaires : barème IRPEF pour les loyers et les salaires, imposition substitutive de 26 % pour les dividendes et les plus-values.
Le forfait initial était de 100 000 € par an depuis 2017. Il a été porté à 200 000 € par an pour les nouveaux bénéficiaires par le décret-loi n° 113/2024 du 9 août 2024, puis à 300 000 € pour les personnes arrivant à partir du 1er janvier 2026 par la loi de budget italienne pour 2026 (loi n° 199 du 30 décembre 2025). Chaque bénéficiaire conserve le forfait applicable à la date de son arrivée (clause de grandfathering).
Conditions d’éligibilité
Condition 1 — Non-résidence fiscale italienne pendant 9 des 10 dernières années.
Le candidat ne doit pas avoir été résident fiscal italien au sens de l’article 2 du TUIR pendant au moins 9 des 10 années fiscales précédant sa demande. Cette condition exclut tout retour cyclique d’un Italien expatrié.
Condition 2 — Transfert effectif de résidence en Italie.
Inscription à l’anagrafe della popolazione residente de la commune italienne de résidence (iscrizione anagrafica). Est résidente la personne qui, pendant la majeure partie de la période d’imposition (183 jours, non nécessairement consécutifs, toute fraction de jour comptant), a en Italie sa résidence, son domicile — lieu où se développent à titre principal ses relations personnelles et familiales — ou sa présence physique. L’inscription anagrafique vaut présomption simple (article 2 du TUIR, circulaire 20/E de 2024).
Condition 3 — Demande formelle d’option pour le régime.
Demande à formuler auprès de l’Agenzia delle Entrate dans la déclaration de revenus italienne de la première année de résidence ou de l’année suivante, éventuellement après une demande de ruling (interpello) facultative. L’option est révocable à tout moment, sans possibilité de nouvelle option, et cesse au terme de quinze périodes d’imposition.
Condition 4 — Paiement annuel du forfait.
Le forfait est dû chaque année, qu’il y ait ou non des revenus étrangers. Pour un contribuable dont les revenus étrangers seraient ponctuellement nuls une année donnée, le forfait reste dû et constitue alors un coût fixe.
Fiscalité comparée : France vs régime neo-residenti
Cas type : profil cédant ayant placé 12 millions d’euros en portefeuille générant un rendement annuel moyen de 4 % (480 000 € en dividendes et plus-values de portefeuille étranger), avec un revenu locatif italien complémentaire de 60 000 €.
| Source de revenu | Régime France PFU 31,4 % + CEHR | Régime neo-residenti Italie |
| Dividendes/PV étrangères 480 000 € | 150 720 € (PFU 31,4 %) | Inclus dans forfait |
| CEHR 4 % au-delà 500 k€ | Selon RFR cumulé | Sans objet |
| Revenus italiens 60 000 € | Imposés en Italie (crédit d’impôt égal à l’impôt français) | Barème IRPEF : 23 %, 33 %, 43 % au-delà de 50 000 €, plus additionnels locaux |
| Forfait annuel neo-residenti | Sans objet | 300 000 € |
| Total annuel approximatif | ≈ 150 720 € à 200 000 € | ≈ 322 000 € (forfait + impôt italien local) |
Lecture comparée : pour un revenu étranger de 480 000 €, le régime neo-residenti italien est plus coûteux que le PFU français. Les plus-values sur participations qualifiées réalisées au cours des cinq premières années d’option restent par ailleurs imposées selon le régime ordinaire.
Le seuil de bascule économique se situe à environ 900 000 € à 1 million d’euros de revenus étrangers annuels : en deçà, la France PFU reste compétitive ; au-delà, l’Italie devient progressivement plus efficiente, avec un avantage net important pour les revenus supérieurs à 2 millions d’euros annuels. Pour 3 millions d’euros de revenus étrangers, la France prélève 942 000 € de PFU (31,4 %) et 107 500 € de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus pour un célibataire (95 000 € pour un couple), soit environ 1,05 million d’euros, contre 300 000 € de forfait en Italie : une économie d’environ 750 000 € par an.
Avantages annexes du régime

Exonération de l’IVIE et de l’IVAFE
Les neo-residenti sont exonérés des deux impôts italiens sur les actifs détenus à l’étranger : l’IVIE (Imposta sul Valore degli Immobili all’Estero, 1,06 % sur la valeur des biens immobiliers étrangers depuis 2024) et l’IVAFE (Imposta sul Valore delle Attività Finanziarie all’Estero, 0,2 % sur la valeur des actifs financiers étrangers).
Exonération de monitoraggio fiscale
Dispense de la déclaration annuelle des actifs étrangers (formulaire RW) pendant la durée de l’option, sauf pour les États exclus du forfait.
Exonération de droits de succession et de donation sur les biens étrangers
Les biens situés hors d’Italie ne sont pas soumis aux droits de succession italiens en cas de décès du bénéficiaire (alors que les biens italiens le sont). La France conserve de son côté l’imposition des immeubles situés en France, des titres de sociétés françaises et des créances sur débiteurs français (articles 5 et 8 de la convention franco-italienne du 20 décembre 1990).
Extension familiale possible
Chaque membre de la famille peut bénéficier du régime moyennant un complément de forfait de 50 000 € par personne et par an (25 000 € pour une arrivée avant 2026). Pour une famille de quatre arrivée à partir de 2026, le coût total annuel est de 300 000 € + 150 000 € = 450 000 €.
Limites et points de vigilance
Pour chiffrer votre cas, notre simulateur de mobilité et d’expatriation fiscale compare l’imposition avant et après départ.
Coût fixe quel que soit le revenu effectif
Une mauvaise année patrimoniale (revenus étrangers faibles) maintient le forfait dû. Le régime devient sous-optimal pour les profils à revenus volatils sous 900 000 €/an.
Revenus de source italienne imposés en Italie
Les revenus italiens (loyers, dividendes de sociétés italiennes, traitements) sortent du forfait et sont imposés selon les règles ordinaires. La structuration doit éviter de générer des revenus italiens significatifs.
Convention France-Italie : retenue source dividendes
Les règles de retenue à la source dépendent de votre statut au regard du fisc français : voir la fiscalité des non-résidents.
Les dividendes de source française versés à une personne physique résidente d’Italie supportent la retenue à la source de droit interne de 12,8 % (article 187-1 du CGI), inférieure au plafond conventionnel de 15 % (article 10 de la convention). Cette retenue n’ouvre droit à aucun crédit d’impôt en Italie pour les revenus placés sous forfait.
Stabilité réglementaire
Le régime a été modifié par décret-loi en 2024 (passage de 100 000 à 200 000 €), puis par la loi de budget italienne pour 2026 (passage à 300 000 € pour les nouveaux résidents). Les modifications futures ne sont pas exclues.
Lecture Balmont
L’Italie sous régime neo-residenti est aujourd’hui une destination à étudier en priorité pour un ultra-high-net-worth Français à revenus passifs significatifs. À partir de 1,5 million d’euros de revenus étrangers annuels, le forfait individuel représente au plus 20 % de ces revenus, ce qui en fait une alternative sérieuse à une installation aux Émirats ou en Suisse.
Le choix du régime n’est toutefois qu’une décision parmi d’autres : notre méthode pour structurer son patrimoine en expatriation détaille les sept étapes dans lesquelles il s’inscrit.
La règle empirique du cabinet : si les dividendes et plus-values étrangers récurrents dépassent durablement 1 million d’euros par an, l’Italie mérite d’être étudiée en priorité. L’avantage différenciant vs Dubaï : écosystème européen, droits de succession italiens limités aux biens situés en Italie, qualité de vie, mobilité aérienne, conformité aux standards de l’OCDE. Le risque principal : de nouvelles hausses du forfait dans les futures lois budgétaires italiennes, après celles de 2024 et de 2026.
Pour approfondir : Loi Beckham Espagne 2026 : le régime des impatriés expliqué pour les dirigeants français.
FAQ
Le forfait de 300 000 € est-il rétroactif ?
Non. Il ne concerne que les personnes transférant leur résidence en Italie à partir du 1er janvier 2026. Les bénéficiaires antérieurs conservent leur forfait grâce à la clause de « grandfathering » : 100 000 € pour une arrivée avant le 10 août 2024, 200 000 € pour une arrivée entre cette date et la fin de 2025.
Puis-je exclure un pays spécifique du forfait ?
Oui, le régime propose l’option « cherry picking ». Vous pouvez décider d’imposer les revenus d’un pays étranger au barème ordinaire italien pour bénéficier des crédits d’impôts conventionnels, tout en gardant le reste sous forfait.
L’Italie taxe-t-elle ma fortune immobilière en France ?
Sous le régime neo-residenti, vous êtes exonéré d’IVIE sur vos biens étrangers. Attention toutefois à l’IFI français qui reste dû si vos actifs immobiliers en France dépassent 1,3 M€.
Sources & références
- Article 24-bis du TUIR (Testo Unico delle Imposte sui Redditi) : C’est le texte « père ». Il a instauré en 2017 l’imposition substitutive pour les nouveaux résidents. C’est le texte de référence.
- Article 2 du TUIR : Indispensable pour définir la notion de résidence fiscale en Italie (les fameux 183 jours et le centre des intérêts vitaux).
- Décret-loi n° 113 du 9 août 2024 (Decreto Omnibus) : C’est ce texte qui a modifié l’alinéa 2 de l’article 24-bis pour porter le forfait à 200 000 €.
- Loi n° 199 du 30 décembre 2025 (loi de budget italienne pour 2026) : Elle porte le forfait à 300 000 € et le complément par membre de la famille à 50 000 € pour les personnes transférant leur résidence en Italie à partir du 1er janvier 2026.
- Circulaire n° 17/E de l’Agenzia delle Entrate (23 mai 2017) : Le guide interprétatif officiel de l’administration fiscale italienne sur l’application du régime.
- IVIE & IVAFE (Loi n° 214/2011) : Les textes régissant l’impôt sur l’immobilier et les actifs financiers étrangers, dont les neo-residenti sont expressément exonérés.
- Convention Fiscale France-Italie du 5 octobre 1989 : La source pour traiter l’élimination de la double imposition et, surtout, l’article 10 sur la retenue à la source des dividendes (point de vigilance majeur de notre article).
- Article 1, comma 158, de la loi n° 232/2016 : pendant la durée de l’option, l’impôt italien sur les successions et donations ne porte que sur les biens situés en Italie.








