Oui, c’est permis. Un résident fiscal français peut placer son épargne au Luxembourg ou en Suisse : compte, livret, assurance-vie luxembourgeoise ou compte en Suisse. La loi n’interdit pas ces placements. Elle impose de les déclarer chaque année et de payer en France l’impôt sur les revenus qu’ils produisent.
Ce que cela coûte : le même impôt qu’en France sur les intérêts (31,4 % en 2026), des frais propres à chaque banque, et un exchange rate risk si le placement est en francs suisses. Ce que cela ne coûte pas, c’est la discrétion : le Luxembourg et la Suisse transmettent chaque année les informations sur vos comptes à l’administration française.
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Ce qui est permis, solution par solution
Compte et livret luxembourgeois. Un livret luxembourgeois est un compte d’épargne ordinaire. À notre connaissance, il ne bénéficie d’aucun régime fiscal de faveur pour un résident français. La retenue luxembourgeoise de 20 % sur les intérêts ne vise que les résidents du Luxembourg : vous n’y êtes pas soumis. L’impôt se paie donc en France.
Assurance-vie luxembourgeoise. C’est un contrat souscrit auprès d’un assureur établi au Luxembourg. Il est légal pour un résident français. Il se déclare comme contrat étranger. Ses gains sont imposés en France, et l’abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) s’applique aussi aux contrats des assureurs de l’Union européenne, au même titre que ceux des assureurs français. Les prélèvements sociaux sont dus en principe. Le point fort du contrat est sa structure de protection, résumée plus bas.
Compte en Suisse. Rien dans le droit français n’interdit à un résident français d’ouvrir un compte en Suisse. L’obstacle est ailleurs : en Suisse, un non-résident n’a aucun droit au compte. Le Conseil fédéral l’a rappelé dans un rapport de 2016 : l’obligation de service universel ne couvre que les personnes domiciliées en Suisse, et les banques tiennent compte de la lutte contre le blanchiment, de la transparence fiscale et des risques juridiques, selon les règles du pays de résidence du client. Une banque suisse est donc libre de vous refuser.
Aucune formalité douanière ne s’applique à un virement bancaire. Seul le transport d’espèces de 10 000 euros ou plus doit être déclaré à la douane. Passez par des virements.
Déclarer et être transparent : ce que voit l’administration
Chaque compte et chaque contrat d’assurance-vie ouvert à l’étranger se déclare chaque année sur le formulaire 3916, avec la déclaration de revenus. Il faut une déclaration par compte ou par contrat. Un oubli coûte 1 500 euros par compte ou par contrat non déclaré. Le montant monte à 10 000 euros si l’État n’a pas de convention d’assistance administrative avec la France. Le Luxembourg et la Suisse figurent sur la liste publiée par l’administration fiscale. De plus, les sommes inscrites sur un compte non déclaré peuvent être imposées avec une majoration pouvant atteindre 80 % du supplément d’impôt (article 1729-0 A du Code général des impôts).
La déclaration n’est pas une formalité inutile, car l’administration reçoit déjà les informations par la banque elle-même. Les deux pays appliquent l’échange automatique d’informations, c’est-à-dire la norme commune de déclaration de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), appelée en anglais Common Reporting Standard, ou CRS :
- le Luxembourg l’applique depuis 2017, par une loi du 18 décembre 2015 ;
- la Suisse a signé le 27 mai 2015 un accord avec l’Union européenne, collecte les données depuis 2017 et a envoyé ses premières données à ses partenaires fin septembre 2018. En 2022, elle échangeait avec 101 États.
Les informations transmises sont notamment votre identité, votre adresse, votre pays de résidence, votre numéro fiscal, le solde du compte et les revenus du capital. Conclusion nette : face à l’administration fiscale française, le secret bancaire n’existe plus, ni au Luxembourg ni en Suisse.
Ce que chaque solution coûte en impôt
Comptes et livrets, au Luxembourg comme en Suisse. Les intérêts sont imposés en France au prélèvement forfaitaire unique (PFU) : 12,8 % d’impôt sur le revenu plus 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, soit 31,4 %. Les prélèvements sociaux étaient de 17,2 % avant le 1er janvier 2026. Il n’y a aucune économie d’impôt à placer son argent hors de France.
Assurance-vie luxembourgeoise. L’impôt n’est dû qu’au moment des retraits, sur la part de gains. Pour un contrat de huit ans ou plus, les gains au-delà de l’abattement sont imposés à 7,5 % si le total des primes versées reste dans la limite de 150 000 euros, et à 12,8 % au-delà. C’est le seul placement de cette liste qui peut réduire l’impôt sur le revenu, grâce à sa durée et à son abattement, pas grâce à son pays d’origine.
Suisse : l’impôt anticipé. La banque suisse retient 35 % des intérêts à la source et les verse au fisc suisse. Pour un résident de France, cette retenue est en principe remboursable : d’après le tableau de l’administration fédérale des contributions (état au 1er janvier 2024), le taux final sur les intérêts bancaires est de 0 % pour la France. Le remboursement se demande dans les trois ans suivant la fin de l’année concernée. Il est exclu s’il permettait d’échapper à l’impôt : en pratique, il suppose que le compte soit déclaré en France. Pendant l’attente, 35 % des intérêts restent bloqués.
Les frais de tenue de compte, de virement, de change et de gestion varient fortement d’un établissement à l’autre. Demandez la grille tarifaire complète avant d’ouvrir.
Les risques : garantie, assureur et change
Dépôts. La garantie des dépôts luxembourgeoise est de 100 000 euros par personne et par banque. En Suisse, elle est plafonnée à 100 000 francs suisses par client et par établissement. Au-delà, un dépôt n’est pas protégé par ce mécanisme.
Assurance-vie luxembourgeoise. Elle repose sur le triangle de sécurité : l’assureur, une banque dépositaire qui garde les actifs, et le Commissariat aux assurances, qui contrôle l’ensemble. Les actifs qui couvrent vos contrats sont séparés de ceux de l’assureur. Le super-privilège vous place en tête des créanciers en cas de faillite. Notre page consacrée à l’assurance-vie luxembourgeoise détaille ce mécanisme. Retenez ici sa limite : ce n’est pas une garantie de l’État et il ne garantit pas le capital. En 2024, un assureur luxembourgeois en difficulté a vu ses actifs bloqués par le Commissariat aux assurances et un sursis de paiement de six mois a été inscrit. Le mécanisme protège le rang des assurés, il ne fixe pas la date du paiement.
Change. Un compte en francs suisses expose votre épargne aux variations du cours. Sur 30 000 euros convertis, un mouvement de 5 % représente 1 500 euros, à la hausse comme à la baisse.
Un cas concret : une dirigeante de PME qui veut répartir son épargne
Situation. Nathalie, 51 ans, célibataire, dirige une petite ou moyenne entreprise (PME) de menuiserie industrielle près de Lyon. Après des dividendes, elle dispose de 150 000 euros hors de l’entreprise. Presque tout son patrimoine dépend déjà de la société et d’une seule banque française.
Issue. Elle envisage trois solutions : une assurance-vie luxembourgeoise, un compte luxembourgeois et un compte en Suisse. Elle ne sait pas ce qui est permis, ce qui est utile, ni ce que chacun oblige à déclarer.
Strategy. Elle place 100 000 euros dans une assurance-vie luxembourgeoise, qu’elle prévoit de garder au moins huit ans. Elle place 50 000 euros sur un compte luxembourgeois en euros comme réserve de liquidités. Elle écarte le compte suisse : elle n’a aucune dépense en francs suisses, le risque de change n’est pas compensé, et la retenue de 35 % bloquerait une partie des intérêts. Elle déclare les deux positions chaque année sur le formulaire 3916. Elle ne mélange jamais ses comptes personnels et ceux de sa société.
Result. Hypothèse pour le calcul : le contrat vaut 140 000 euros à la fin des huit ans, soit 40 000 euros de gains, retirés d’un coup. Les primes de 100 000 euros restent sous 150 000 euros. Au-delà de l’abattement de 4 600 euros, la base est de 40 000 − 4 600 = 35 400 euros. À 7,5 %, l’impôt sur le revenu est de 2 655 euros. Les mêmes 40 000 euros de gains sur un compte auraient supporté 40 000 × 12,8 % = 5 120 euros. L’écart est de 2 465 euros, avant les prélèvements sociaux, dus dans les deux cas. Côté déclarations, deux positions étrangères non déclarées auraient coûté 2 × 1 500 = 3 000 euros par an. Si elle avait gardé 30 000 francs suisses à 1,5 % sur un compte suisse, la retenue aurait été de 450 × 35 % = 157,50 francs sur 450 francs d’intérêts, à réclamer ensuite.
Comment Balmont Conseil intervient
Balmont Conseil est un cabinet lyonnais spécialisé dans la mobilité internationale et le patrimoine transfrontalier. Nous comparons avec vous les solutions luxembourgeoises et suisses à ce que vous avez déjà en France, en tenant compte de votre situation de dirigeant. Nous vous accompagnons ensuite sur les déclarations qui en découlent, en lien avec votre chartered accountant. La conformité fiscale est le point de départ de chaque étude.
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Sources : Service-public.gouv.fr — Déclarer un compte bancaire à l'étranger (formulaire 3916-3916 bis, amende 1 500 €/10 000 €) — publié le 18/05/2026; Direction générale des finances publiques (impots.gouv.fr) — Notice du formulaire 3916 (comptes, contrats d'assurance-vie, sanctions art. 1649 A, 1649 AA, 1736 IV, 1729-0 A du CGI) — consultée le 04/11/2026; BOFiP-Impôts — BOI-CF-INF-20-10-50 (amendes pour défaut de déclaration de comptes à l'étranger) — version du 26/05/2021; BOFiP-Impôts — BOI-ANNX-000270 (liste des États ayant conclu une convention d'assistance administrative, Luxembourg et Suisse inclus) — à jour au 01/06/2021, publiée le 22/09/2021; Service-public.gouv.fr — Impôt sur le revenu, revenus d'épargne et de placement, revenus 2026 (PFU 12,8 %, prélèvements sociaux 18,6 % depuis le 01/01/2026, option barème, dispense d'acompte 25 000/50 000 €) — vérifiée le 15/04/2026; Douane française (douane.gouv.fr) — Obligation déclarative d'argent liquide (10 000 €, amende jusqu'à 50 %, virements non concernés) — consultée le 04/11/2026; Administration des contributions directes du Luxembourg / Guichet.lu — Déclarer les intérêts perçus d'une banque luxembourgeoise (retenue libératoire de 20 % : non-résidents non concernés) — consultée le 04/11/2026; Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg — Dossier transparence fiscale (norme commune de déclaration, loi du 18/12/2015, notation « en place » du Forum mondial de l'OCDE en 11/2020) — consulté le 04/11/2026; BOFiP-Impôts — BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50 (contrats d'assurance-vie souscrits auprès d'organismes établis hors de France : valeurs mobilières étrangères, abattement 4 600/9 200 € étendu aux assureurs de l'UE, taux 7,5 %/12,8 %, prélèvements sociaux) — version en vigueur depuis le 30/06/2022; Service-public.gouv.fr — Comment sont imposés les revenus d'un contrat d'assurance-vie ? (fiche F22414 : abattement, 7,5 %, 12,8 %, seuil de 150 000 €, prélèvements sociaux de principe 17,2 %) — vérifiée le 15/04/2026









