Un rachat de crédits (ou regroupement de crédits) fusionne plusieurs prêts en un seul. La mensualité baisse presque toujours, mais la durée s’allonge et le coût total monte souvent : il n’est avantageux que si le coût du nouveau prêt, frais compris, est inférieur aux intérêts qu’il vous restait à payer (La finance pour tous, au 31 octobre 2026).
Le rachat peut soulager un budget serré. Il peut aussi coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros si l’on y glisse un prêt immobilier à taux bas. Voici la méthode pour trancher avec des chiffres, les frais à repérer et les erreurs qui coûtent le plus cher.
Qu’est-ce qu’un rachat de crédits ?
Le rachat de crédits regroupe en un seul prêt tout ou partie de vos crédits, immobiliers, à la consommation, personnels ou professionnels, et parfois d’autres dettes. L’établissement qui rachète rembourse vos anciens prêteurs, puis vous remboursez une mensualité unique.
La finance pour tous qualifie cette solution de « à utiliser avec prudence » et rappelle qu’elle est rarement intéressante financièrement. La raison est simple : baisser la mensualité revient presque toujours à rallonger la durée, et donc à payer plus d’intérêts.
Rachat, regroupement, renégociation : ne pas confondre
- La renégociation garde un seul prêt et change ses conditions (taux, durée), le plus souvent avec la banque qui vous l’a accordé ;
- Le rachat d’un prêt confie un seul prêt à une autre banque, à des conditions plus favorables ;
- Le regroupement de crédits fusionne plusieurs prêts en un seul. C’est lui que l’on appelle aussi « rachat de crédits », et c’est lui qui coûte le plus souvent plus cher.
Quels crédits peut-on regrouper, et à quelles conditions ?
Tous les types de crédits peuvent entrer dans l’opération : immobiliers, à la consommation, privés, professionnels. D’autres dettes que des crédits peuvent aussi s’y ajouter. L’opération est proposée par un établissement de crédit. La finance pour tous conseille de privilégier les établissements reconnus : la publicité d’organismes inconnus n’est pas toujours fiable.
Une condition pèse plus que les autres : le regroupement doit rester compatible avec votre endettement. Après l’opération, le taux d’endettement ne doit pas dépasser environ le tiers de vos revenus.
L’établissement peut vous proposer trois résultats :
- une mensualité plus faible, avec une durée plus longue et un coût global plus élevé : c’est le cas courant ;
- un taux moins élevé, quand les conditions de marché le permettent ;
- une mensualité égale ou plus forte, pour réduire la durée : La finance pour tous indique que ce cas est très rare.
Quelles règles protègent l’emprunteur ?
La nature des crédits regroupés décide du régime applicable :
- Plus de 60 % de crédits immobiliers : le nouveau prêt est traité comme un crédit immobilier. L’offre arrive par courrier et vous avez un délai de réflexion incompressible de 10 jours (voir notre page sur l’offre de prêt immobilier et le délai de 10 jours) ;
- Sinon : les règles du crédit à la consommation s’appliquent, avec un délai de rétractation de 14 jours après la signature.
Depuis le 1er janvier 2013, le prêteur doit indiquer formellement si la durée est allongée et si le coût total augmente. Lisez cette mention avant de signer.
Le document d’information qui compare vos crédits
Depuis la même date, le prêteur vous remet un document d’information au plus tard avec l’offre de prêt. Il contient un tableau qui compare vos crédits en cours et le regroupement proposé. En bas du tableau figure le gain ou le surcoût de l’opération : c’est le chiffre à lire en premier. Si vous ne pouvez pas fournir tous les justificatifs, il est établi sur la seule base de vos déclarations : le chiffre est alors moins sûr.
Comment savoir si le rachat est rentable ?
La méthode proposée par La finance pour tous tient en deux chiffres :
- A : les intérêts restant à payer sur vos anciens prêts ;
- B : le coût total du nouveau prêt : intérêts, frais de dossier, assurance, indemnités de remboursement anticipé des anciens prêts.
Pour chaque ancien prêt, A se calcule ainsi : mensualité × nombre de mois restants − capital restant dû. On additionne ensuite les prêts. Pour le nouveau crédit, B se calcule ainsi : mensualité × nombre de mois − capital emprunté + frais de dossier.
Le rachat n’est rentable que si B est inférieur à A. Le critère de la mensualité, lui, trompe : un budget plus léger peut cacher un coût total plus lourd.
Deux points de vigilance s’ajoutent. Le taux d’endettement après regroupement ne doit pas dépasser environ un tiers de vos revenus. Et le remboursement d’un ancien prêt peut mettre fin à une garantie ou à une assurance de prêt attachée à ce prêt.
Quels frais entrent dans le coût d’un rachat de crédits ?
Quatre postes alourdissent le coût et doivent tous figurer dans le chiffre B :
- les frais de dossier du nouveau prêt ;
- les assurances et garanties du nouveau prêt (décès, invalidité) ;
- les indemnités de remboursement anticipé des anciens prêts ;
- les frais de mainlevée d’hypothèque, quand un ancien prêt immobilier était garanti ainsi et que ces frais ne sont pas déjà inclus dans le montant total.
Demandez à chaque établissement un chiffrage qui reprenne ces quatre lignes.
Quelles indemnités de remboursement anticipé payer ?
Les anciens prêts sont remboursés avant terme. Les indemnités diffèrent selon le type de prêt. Pour le détail du crédit immobilier, voyez notre page sur le remboursement anticipé et ses indemnités plafonnées.
| Type de prêt | Indemnité maximale | Cas sans indemnité |
|---|---|---|
| Consumer credit | 1 % du montant remboursé s’il reste plus d’un an, 0,5 % sinon ; jamais plus que les intérêts restants | Moins de 10 000 € remboursés sur 12 mois ; crédit renouvelable ; crédit à taux non fixe ; prêt souscrit avant le 30 avril 2011 |
| Mortgage loan | Le plus faible entre 6 mois d’intérêts sur le capital remboursé et 3 % du capital restant dû, si le contrat la prévoit | Vente liée à un changement de lieu d’activité professionnelle, à une cessation forcée d’activité ou à un décès (prêts depuis le 1er juillet 1999) |
Comment se déroule un rachat de crédits, étape par étape ?
- Listez chaque prêt : capital restant dû, mensualité, taux, mois restants, indemnité de remboursement anticipé prévue.
- Calculez le chiffre A, c’est-à-dire les intérêts qu’il vous reste à payer sur l’ensemble.
- Demandez une offre à plusieurs établissements, avec le coût total détaillé (chiffre B).
- Comparez B et A, puis relisez le tableau du document d’information : le gain ou le surcoût doit correspondre à votre calcul.
- Respectez le délai légal : 10 jours de réflexion pour un régime de crédit immobilier, 14 jours de rétractation après signature pour un régime de crédit à la consommation.
Cas concret : Nicolas, 44 ans, ingénieur à Villeurbanne
Situation. Nicolas perçoit 3 900 € nets par mois. Il rembourse trois prêts : un prêt auto (11 200 € restants, 36 mois, 5,9 %), un prêt personnel (7 800 € restants, 24 mois, 7,2 %) et un prêt immobilier (142 000 € restants, 168 mois, 1,9 %). Ses mensualités totalisent 1 653,45 €, soit 42,4 % de ses revenus.
Issue. Un intermédiaire lui propose de tout regrouper pour « diviser vos mensualités par deux ».
Strategy. Nicolas compare deux scénarios, avec des taux retenus pour l’exemple.
| Situation actuelle | Regrouper les deux crédits conso (19 000 €, 60 mois, 5,4 %) | Tout regrouper (161 000 €, 240 mois, 4,2 %) | |
|---|---|---|---|
| Mensualité totale | €1,653.45 | €1,325.34 | €992.68 |
| Debt ratio | 42.4% | 34.0% | 25.5% |
| Intérêts restants (A) | – | 1 646 € sur les deux prêts conso | 21 480 € sur les trois prêts |
| Coût du nouveau prêt (B) | – | 3 223 € (frais de 500 € inclus) | 81 592 € (frais de 3 000 € et indemnité de 1 349 € inclus) |
| Difference B − A | – | +€1,576 | +€60,112 |
Result. Le premier scénario libère 328,11 € par mois et ramène l’endettement à 34,0 %, environ un tiers, pour un surcoût de 1 576 €. C’est le prix d’un budget respirable. Le second réduit la mensualité de 660,77 € mais coûte 60 112 € de plus, car il remplace un prêt à 1,9 % par un prêt à 4,2 % sur 20 ans. Comme le prêt immobilier pèse 88,2 % du total, le dossier relèverait du régime du crédit immobilier. Nicolas retient donc le premier scénario et garde son prêt immobilier. L’indemnité de 1 349 € du second scénario correspond à 6 mois d’intérêts sur 142 000 €, montant plus faible que 3 % du capital restant dû (4 260 €). Côté crédits à la consommation, une indemnité de 1 % (112 € sur le prêt auto) pourrait s’ajouter si le seuil de 10 000 € est dépassé ; le tableau ne l’inclut pas.
Second cas : trois crédits à la consommation pour un budget sous tension
Situation. Claire, 39 ans, gagne 4 600 € nets par mois et paie 1 000 € de loyer. Elle rembourse trois crédits à la consommation : un prêt auto (14 000 € restants, 48 mois, 6,5 %), un prêt travaux (9 000 € restants, 30 mois, 5,9 %) et un prêt personnel (6 000 € restants, 24 mois, 8,2 %). Mensualités : 332,01 €, 323,40 € et 271,91 €, soit 927,32 € au total. Avec le loyer, ses charges atteignent 41,9 % de ses revenus.
Issue. Elle veut revenir sous le tiers de ses revenus. Les intérêts qu’il lui reste à payer sur les trois prêts (chiffre A) s’élèvent à 3 164 €.
Strategy. Elle regroupe 29 000 € avec 450 € de frais de dossier, avec des taux retenus pour l’exemple, et compare deux durées.
| Situation actuelle | Regroupement sur 60 mois à 5,0 % | Regroupement sur 84 mois à 5,2 % | |
|---|---|---|---|
| Mensualité | €927.32 | €547.27 | €412.61 |
| Charges avec le loyer | 41.9% | 33.6% | 30.7% |
| Coût du nouveau prêt (B) | – | €4,286 | €6,110 |
| Difference B − A | – | +€1,122 | +€2,945 |
Result. Dans les deux cas, B dépasse A : le regroupement coûte plus cher que de continuer à payer. Sur 60 mois, Claire gagne 380,06 € par mois pour un surcoût de 1 122 €. Sur 84 mois, elle gagne 514,71 € par mois mais paie 2 945 € de plus, soit 2,6 fois le surcoût de la première option. Les indemnités de remboursement anticipé, au plus 290 € (1 % des 29 000 € remboursés), ne figurent pas dans ce tableau. Si son budget l’exige, la durée de 60 mois reste la moins chère des deux options.
Quelles erreurs éviter avant de signer ?
- Choisir sur la mensualité : elle baisse parce que la durée s’allonge, pas parce que le crédit coûte moins ;
- Faire entrer un prêt immobilier à taux bas : il prend le taux du nouveau prêt, plus élevé, et la durée du regroupement ;
- Oublier les garanties et assurances attachées aux anciens prêts, qui prennent fin avec leur remboursement ;
- Regrouper sans traiter la cause : si le budget reste déficitaire après l’opération, les mensualités seront de nouveau trop lourdes.
Quelles alternatives au rachat de crédits ?
- Renégocier le taux d’un prêt avec votre banque, sans toucher aux autres ;
- Changer l’assurance emprunteur : cela peut réduire le coût sans toucher au prêt. Voyez notre article sur la loi Lemoine et celui sur le changement d’assurance de prêt à tout moment ;
- Rembourser en priorité le crédit le plus cher avec votre épargne disponible, quand elle dépasse votre réserve de sécurité.
Quand les mensualités ne sont plus tenables
Un regroupement ne règle pas tout. La Banque de France décrit le surendettement ainsi : vous n’arrivez plus, malgré vos efforts, à payer vos dettes. Le dossier se dépose auprès de la Banque de France ; le formulaire est disponible auprès d’elle ou en ligne. Une fois le dossier jugé recevable, les saisies en cours sont suspendues. Cette voie existe pour les situations où aucun regroupement ne rétablit l’équilibre.
FAQ
Un rachat de crédits fait-il baisser le coût total ?
Rarement. La mensualité baisse, mais la durée s’allonge, donc le coût total monte souvent. Comparez les intérêts restants sur vos anciens prêts avec le coût complet du nouveau prêt, frais compris.
Quel délai pour renoncer à un rachat de crédits ?
Si le prêt est traité comme un crédit à la consommation, vous disposez de 14 jours après la signature. S’il est traité comme un crédit immobilier, vous avez un délai de réflexion de 10 jours avant d’accepter l’offre.
Quand le rachat est-il traité comme un crédit immobilier ?
Quand les crédits immobiliers dépassent 60 % de l’ensemble des prêts regroupés. Dans ce cas, l’offre arrive par courrier et le délai de réflexion de 10 jours s’applique.
Quelle est l’indemnité de remboursement anticipé ?
Pour un crédit à la consommation, elle ne dépasse pas 1 % du montant remboursé (0,5 % si moins d’un an reste à courir), et elle est nulle sous 10 000 € remboursés sur 12 mois. Pour un crédit immobilier, elle est limitée à 6 mois d’intérêts et à 3 % du capital restant dû.
Peut-on racheter un crédit immobilier avec un crédit conso ?
Oui, tout type de crédit peut entrer dans un regroupement. Le plus souvent, mieux vaut laisser à l’écart un prêt immobilier à taux bas, car l’intégrer change son taux et allonge sa durée.
Quel taux d’endettement après un rachat de crédits ?
Le taux d’endettement après regroupement ne doit pas dépasser environ un tiers de vos revenus.
Que faire si aucun regroupement ne suffit ?
Vous pouvez déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France. Une fois le dossier recevable, les saisies en cours sont suspendues.
Ce que fait Balmont Conseil
Balmont Conseil, cabinet de gestion de patrimoine à Lyon depuis bientôt 14 ans, vous aide à lire votre endettement dans son ensemble : intérêts restants, taux, assurance, garanties. Nous calculons avec vous le coût réel d’un regroupement avant que vous signiez, et nous vous mettons en relation avec nos partenaires bancaires lorsqu’un financement se justifie. Prenez rendez-vous avec notre cabinet.
Sources : « Regroupement de crédits » (La finance pour tous, page mise à jour le 18 juin 2025) ; « Remboursement anticipé du crédit à la consommation » (La finance pour tous) ; « Le remboursement anticipé du crédit immobilier » (La finance pour tous, page mise à jour le 3 avril 2025) ; « Le surendettement » (Banque de France, guide daté du 21 mai 2025), consultés le 31 octobre 2026.










