Si vous avez travaillé en France puis dans un pays lié à la France par un accord de sécurité sociale (Canada, Maroc, États-Unis, Inde, Japon…), vos années étrangères peuvent compter pour votre retraite française, mais la règle change selon l’accord : trois types existent. Sans accord, aucune totalisation n’est prévue. Règles valables au 31 octobre 2026.
Hors du cadre européen, il n’y a pas de règlement commun. Chaque pays a signé son propre accord avec la France, et c’est le texte de l’accord qui décide si vos années étrangères comptent, et comment. Voici comment les lire, la liste des pays par type, le calcul de la pension et deux cas chiffrés.
Que prévoit un accord de sécurité sociale pour la retraite ?
Dans tous les cas, chaque État verse la part de retraite qui correspond aux périodes accomplies sous sa législation, y compris les périodes assimilées (maladie, maternité, chômage). Ce qui varie, c’est la manière dont la France prend en compte vos périodes étrangères. Le CLEISS classe les accords en trois types.
| Kind | Principle | Exemples cités par le CLEISS |
|---|---|---|
| Type 1 | Vous choisissez entre calcul séparé et totalisation-proratisation | Israël, Monténégro |
| Type 2 | Calcul séparé uniquement : les périodes de l’autre État peuvent servir à déterminer le taux, pas la durée | Algérie, Monaco, Turquie, États-Unis |
| Type 3 | La France compare calcul séparé et totalisation-proratisation, et retient le plus avantageux | Canada, Maroc, Japon, Inde |
Vérifiez toujours le type d’accord de votre pays avant de chiffrer votre retraite : il fixe la méthode de calcul et la façon dont vos périodes étrangères entrent dans le taux et dans la durée d’assurance.
Quels pays relèvent de chaque type d’accord ?
Selon le CLEISS, la répartition est la suivante pour une carrière en France et dans un seul État signataire.
| Kind | États et territoires concernés |
|---|---|
| Type 1 (12 États) | Bosnie-Herzégovine, Guernesey, Israël, Jersey, Kosovo, Macédoine du Nord, Mali, Mauritanie, Monténégro, Niger, Saint-Marin, Togo |
| Type 2 (11 États) | Algérie, Bénin, Cameroun, Cap-Vert, Congo, Côte d’Ivoire, États-Unis, Monaco, Philippines, Sénégal, Turquie |
| Type 3 (18 entités) | Andorre, Argentine, Brésil, Canada, Chili, Corée du Sud, Gabon, Inde, Japon, Maroc, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Québec, Saint-Pierre-et-Miquelon, Serbie, Tunisie, Uruguay |
Si votre pays figure dans une liste, lisez la page du CLEISS qui lui est consacrée avant toute démarche. Si votre pays n’y figure pas, aucune de ces trois méthodes ne s’applique à votre carrière : chaque pays calcule alors la retraite avec sa seule législation.
Comment la retraite française est-elle calculée ?
La formule est la même pour tous les types d’accord : retraite = revenu annuel moyen × taux × durée d’assurance.
- Revenu annuel moyen. C’est la moyenne des salaires bruts soumis à cotisations sur les 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, soit 4 005 € par mois en 2026 (48 060 € par an).
- Rate. Il varie de 37,5 % à 50 % selon le nombre de trimestres acquis à l’âge légal d’ouverture des droits. Le maximum est de 50 %.
- Durée d’assurance. C’est le nombre de trimestres inscrits sur votre relevé de carrière, divisé par le nombre de trimestres exigés pour votre année de naissance, avec un plafond à la durée maximale. Les personnes nées en 1963 et 1964 doivent justifier de 170 trimestres pour le taux maximal.
Pour ouvrir un droit à pension française, il faut avoir atteint l’âge légal de départ et justifier d’au moins un trimestre d’assurance.
Que se passe-t-il pour un accord de type 3 ?
La caisse française effectue deux calculs et verse le plus élevé. Le premier utilise les seules périodes françaises, avec un taux minoré si le nombre de trimestres est insuffisant. Le second totalise les périodes française et étrangère, applique le taux de 50 % comme si la carrière était complète, puis réduit le résultat au prorata des périodes françaises.
Que se passe-t-il pour un accord de type 2 ?
Le calcul reste séparé. Les trimestres étrangers peuvent aider à déterminer le taux, mais ils ne sont pas retenus dans la durée d’assurance. Le CLEISS donne l’exemple d’une carrière aux États-Unis : les trimestres américains servent au taux, pas à la durée. Le taux plein est rarement atteint si vous avez travaillé dans plusieurs États, car les périodes ne se cumulent pas.
Exemple. Une personne née en 1964 compte 168 trimestres en France et 8 aux États-Unis, avec un revenu annuel moyen de 40 000 €. Les 8 trimestres américains permettent d’atteindre le taux de 50 %, mais pas d’allonger la durée : 40 000 € × 50 % × 168/170 = 19 765 € par an pour la part française.
Que se passe-t-il pour un accord de type 1 ?
Vous avez le choix. Le calcul séparé repose sur la seule carrière française. Le calcul par totalisation-proratisation additionne les périodes des deux États comme si toute la carrière s’était déroulée dans un seul pays, puis chaque État réduit sa part au prorata de ses propres périodes. Quand la carrière française est courte, comparez les deux montants avant de choisir.
Une carrière dans trois pays est-elle possible ?
La totalisation avec un État tiers n’est possible, dans certains cas, qu’avec le Brésil, le Canada, l’Inde, le Maroc, la Serbie, la Tunisie et l’Uruguay. Il faut que l’accord franco-étranger le prévoie et que l’État tiers soit lié aux deux États par un accord de coordination en matière de retraite.
Le CLEISS illustre la règle avec deux carrières. Pour un parcours en France, au Canada et en Uruguay, la totalisation avec le troisième État est possible, car les accords concernés le prévoient. Pour un parcours en France, au Japon et au Maroc, elle ne joue pas : l’accord franco-japonais ne la prévoit pas, et le Maroc n’est pas lié au Japon par un accord de coordination. La France applique alors le prorata de ses seules périodes.
Exemple chiffré : France et Canada (type 3)
Situation. Thomas, né en 1963, a travaillé 30 ans en France (120 trimestres) puis 12 ans et demi au Canada (50 trimestres). Son revenu annuel moyen français est de 40 000 €. Pour sa génération, 170 trimestres sont exigés.
Issue. Avec 120 trimestres français sur 170, sa pension française seule serait minorée. Il veut savoir ce que change l’accord franco-canadien, de type 3.
Strategy. Il dépose une seule demande à la caisse de sa dernière affiliation française, en déclarant le Canada. 120 + 50 = 170 trimestres : la durée totale atteint le nombre exigé. La caisse compare les deux calculs.
Result. Calcul totalisé : 40 000 € × 50 % × 170/170, puis prorata 120/170, soit 14 118 € par an (35,3 % du revenu annuel moyen). Calcul national seul, au taux minimum de 37,5 % : 40 000 € × 37,5 % × 120/170 = 10 588 € par an. La totalisation ajoute jusqu’à 3 529 € par an. Le Canada verse en plus sa propre pension, selon ses règles.
Exemple chiffré : France et Israël (type 1)
Situation. Nadia, née en 1964, a cotisé 15 ans en France (60 trimestres) puis 27 ans et demi en Israël (110 trimestres). Son revenu annuel moyen français est de 40 000 €. Il lui faut 170 trimestres.
Issue. L’accord franco-israélien est de type 1 : elle choisit entre le calcul séparé et la totalisation.
Strategy. Elle chiffre les deux options. En calcul séparé, ses 60 trimestres français donnent un taux minoré, supposé ici au plancher de 37,5 %. En totalisation, 60 + 110 = 170 trimestres, soit une carrière complète et le taux de 50 %, puis un prorata de 60/170.
Result. Calcul séparé : 40 000 € × 37,5 % × 60/170 = 5 294 € par an. Calcul par totalisation : 40 000 € × 50 % × 170/170 × 60/170 = 7 059 € par an. La totalisation rapporte 1 765 € de plus chaque année. Israël verse sa propre pension pour ses périodes, selon ses règles. Hypothèses de calcul, hors prélèvements.
Où et quand demander sa retraite ?
La retraite n’est pas accordée automatiquement. Il est conseillé de la demander environ six mois avant l’âge légal de départ, car cet âge peut varier selon l’État et différer entre hommes et femmes dans certains pays. Le lieu de dépôt dépend de votre résidence :
- Vous vivez en France. Déposez la demande à la caisse de votre dernière affiliation française (Carsat ou Cnav, CGSS, CCMSA…), en ligne ou par courrier, en précisant les États où vous avez travaillé. Elle transmet aux autres organismes.
- Vous vivez dans l’autre État de l’accord. La demande se fait auprès de son organisme de pension, qui la transmet à la caisse française compétente avec un formulaire de liaison et votre relevé de carrière.
- Vous vivez dans un État où vous n’avez pas travaillé. Suivez les règles de l’accord, ou à défaut adressez-vous à l’organisme de l’État de votre dernier emploi.
Le détail des démarches françaises figure dans demander sa retraite : délais et démarches.
Comment toucher sa retraite française à l’étranger ?
La retraite française est exportable partout dans le monde, mais certains États, comme Israël, n’exportent leur pension que vers les pays avec lesquels ils ont un accord. Avant le départ, signalez à votre caisse votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires. Une fois installé, renvoyez chaque année le certificat de vie, authentifié par une autorité locale. Pour les règles d’exportation et le certificat de vie, voir retraite versée à l’étranger.
Pour compléter des trimestres manquants avant un départ, voir rachat de trimestres pour un expatrié. Pour savoir comment votre pension est imposée une fois installé hors de France, voir l’imposition des retraites françaises des non-résidents, et pour comparer des pays d’accueil, où prendre sa retraite à l’étranger.
Ce que fait Balmont Conseil
Nous chiffrons avec vous la pension attendue de chaque pays selon le type d’accord, puis nous construisons le revenu complémentaire qui comble l’écart avec votre niveau de vie souhaité, en tenant compte de votre résidence fiscale. Prenez rendez-vous avec le cabinet avant de choisir votre pays de retraite.
FAQ
Mes années au Canada comptent-elles pour ma retraite française ?
Oui, car l’accord franco-canadien est de type 3 : la France compare calcul séparé et totalisation, et retient le plus avantageux. Le Canada verse aussi sa propre pension pour ses périodes.
Et si mon pays n’a pas d’accord avec la France ?
Sans accord, aucun mécanisme n’additionne vos périodes : chaque pays applique sa propre législation à ses seules périodes. Demandez à la caisse française et à l’organisme étranger ce que votre situation ouvre dans chaque pays.
Comment connaître le type de mon accord ?
Le site du CLEISS (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale) publie une page par pays, et la liste par type figure plus haut. Vérifiez-la avant de chiffrer votre retraite, car le type d’accord détermine la méthode de calcul.
Ma retraite française est-elle versée à l’étranger ?
Oui, partout dans le monde. Il faut signaler votre adresse et vos coordonnées bancaires avant le départ et renvoyer chaque année le certificat de vie, authentifié par une autorité locale.
Quand déposer ma demande ?
Environ six mois avant l’âge légal de départ, car le dossier circule entre plusieurs organismes. L’âge légal varie selon l’État et peut différer entre hommes et femmes.
Faut-il faire une demande dans chaque pays ?
Non. Si vous vivez en France, une seule demande à la caisse de votre dernière affiliation française suffit : elle la transmet aux autres États. Si vous vivez dans l’autre État de l’accord, vous déposez la demande auprès de son organisme de pension.
Quel salaire sert de base au calcul de la pension française ?
La moyenne des salaires bruts soumis à cotisations sur vos 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, soit 4 005 € par mois en 2026.
Combien de trimestres faut-il pour avoir une pension française ?
Un seul trimestre d’assurance suffit pour ouvrir un droit, une fois l’âge légal atteint. Le nombre de trimestres exigés pour le taux maximal dépend de l’année de naissance : 170 pour les générations 1963 et 1964.
Sources : CLEISS, « Votre retraite après avoir travaillé en France et dans un seul État signataire d’un accord de sécurité sociale avec la France » (cleiss.fr, consulté le 31 octobre 2026) ; CLEISS, « Votre retraite après avoir travaillé en France et dans plusieurs États signataires d’un accord de sécurité sociale avec la France » (cleiss.fr, consulté le 31 octobre 2026).










