Quand un proche est placé sous habilitation familiale générale en représentation, la personne habilitée peut souscrire seule une assurance-vie, à condition de ne désigner aucun bénéficiaire. Pour désigner ou changer le bénéficiaire, elle doit obtenir l’autorisation du juge des tutelles. L’habilitation générale dure 10 ans au plus, renouvelable (règles vérifiées sur service-public.gouv.fr au 31 octobre 2026).
Voici ce que cela change concrètement pour un contrat, ce que l’assureur demandera, et comment éviter les erreurs qui bloquent un dossier.
Qu’est-ce que l’habilitation familiale ?
L’habilitation familiale permet à un proche de représenter ou d’assister un adulte qui ne peut plus protéger seul ses intérêts : maladie, handicap, troubles psychiques, dépendance. Elle est régie par les articles 494-1 à 494-12 du Code civil.
Le juge ne l’ordonne qu’en cas de nécessité, lorsqu’une procuration, un mandat de protection future ou le régime matrimonial ne suffisent pas à protéger la personne. Elle suppose aussi que les proches soient d’accord ou ne s’y opposent pas.
Représentation, assistance, habilitation spéciale
Le juge précise le cadre de la mesure. Trois formes existent :
- Habilitation générale en représentation. La personne habilitée décide seule à la place du proche, sur son patrimoine et sa personne. C’est le cadre où l’on peut souscrire une assurance-vie.
- Habilitation générale en assistance. La personne habilitée accompagne et informe le proche, dans les mêmes conditions qu’une curatelle. Le proche peut encore agir seul ou avec son aide.
- Habilitation spéciale. Le juge liste les actes confiés : suivi d’un compte, vente d’un bien, décision médicale. Elle prend fin quand l’acte est accompli.
Qui peut être habilité ?
Peuvent l’être les parents, grands-parents et arrière-grands-parents, les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, les frères et sœurs, le conjoint, le partenaire de Pacs ou le concubin, sauf si la vie commune a cessé. Plusieurs personnes peuvent être habilitées ensemble. Les neveux, nièces, beaux-frères, belles-sœurs, gendres et belles-filles ne peuvent pas l’être.
Que peut faire la personne habilitée avec une assurance-vie ?
En représentation, la personne habilitée peut accomplir des actes conservatoires, d’administration et de disposition. Une liste d’actes exige toutefois l’accord du juge. Le tableau ci-dessous reprend ce qui concerne l’assurance-vie.
| Act | Seule ou avec le juge |
|---|---|
| Souscrire un contrat sans désigner de bénéficiaire | Seule |
| Désigner un bénéficiaire | Autorisation du juge |
| Modifier la clause bénéficiaire | Autorisation du juge |
| Résilier un contrat pour payer un Ehpad | L’autorisation du juge peut être nécessaire |
| Faire une donation avec les fonds | Autorisation du juge |
| Tout acte où ses intérêts s’opposent à ceux du proche | Autorisation du juge |
Pour les autres opérations (versement, arbitrage, rachat), la fiche officielle ne les détaille pas une par une. Le document à lire est le jugement d’habilitation : c’est lui qui fixe l’étendue des pouvoirs, et c’est lui que l’assureur demandera.
Comment prouver ses pouvoirs à l’assureur ?
L’assureur demande des justificatifs. Préparez trois documents :
- le jugement d’habilitation, qui dit si elle est générale ou spéciale, en représentation ou en assistance ;
- votre pièce d’identité et celle de la personne protégée ;
- pour une habilitation générale, un extrait de l’acte de naissance de la personne protégée : la mesure y est mentionnée en marge, et des extraits peuvent être délivrés à tout intéressé.
L’habilitation spéciale ne fait l’objet d’aucune mention : les tiers ne sont pas informés. Le jugement reste alors la seule preuve. Gardez une copie à jour dans le dossier du contrat : une habilitation expirée n’ouvre plus aucun droit.
Que se passe-t-il si la personne habilitée est aussi bénéficiaire ?
C’est un cas fréquent : un enfant est habilité pour son parent et figure dans la clause bénéficiaire. Les situations d’opposition d’intérêts exigent l’autorisation du juge. Si la personne habilitée souhaite modifier la clause en sa faveur, ou en faveur d’un autre proche, elle ne peut pas décider seule.
La personne habilitée ne peut pas non plus acheter ou louer à titre personnel des biens du proche, mener des opérations commerciales avec ses biens, renoncer à un droit viager, ni se porter caution en son nom. Un acte hors mission est nul, sans qu’il faille prouver un préjudice. L’action en nullité se prescrit par 5 ans à compter du moment où l’acte est connu.
Sur le plan pratique, la personne habilitée n’a pas à fournir de compte de gestion. Elle peut toutefois être contrôlée en cas de litige. Conservez donc les pièces : décisions, relevés, justificatifs de chaque opération sur le contrat.
Combien de temps dure l’habilitation ?
L’habilitation générale est limitée dans le temps. Le juge fixe une durée initiale de 10 ans au maximum. Elle peut être renouvelée pour une durée identique, plusieurs fois. Si l’état de santé ne peut pas s’améliorer, le juge peut, après avis d’un médecin agréé et par décision motivée, la renouveler pour 20 ans au plus. L’habilitation spéciale n’a pas de délai : elle dure jusqu’à l’accomplissement de l’acte concerné.
La mesure s’arrête aussi au décès de la personne protégée, au décès de la personne habilitée si aucun proche ne la remplace, à la mainlevée, ou si le juge ouvre une sauvegarde de justice, une curatelle ou une tutelle.
Comment obtenir une habilitation familiale ?
- Rédiger une requête au juge des tutelles (formulaire Cerfa n° 15891, « requête en vue d’une protection juridique d’un majeur »).
- Joindre un certificat médical circonstancié, rédigé par un médecin agréé par le procureur. Sans lui, la demande est irrecevable. Son coût est de 192 €.
- Saisir le tribunal compétent : le tribunal judiciaire ou le tribunal de proximité de la résidence de la personne à protéger.
L’avocat n’est pas obligatoire. La personne habilitée exerce en général sa mission gratuitement. Le juge doit statuer dans un délai maximum d’un an à compter de sa saisine. Un recours est possible par déclaration ou lettre recommandée au greffe, dans les 15 jours de la notification. La décision s’applique immédiatement, même en cas d’appel.
Habilitation familiale ou mandat de protection future : que choisir ?
Le mandat de protection future se prépare à l’avance, par la personne elle-même, tant qu’elle est en capacité d’agir. L’habilitation intervient après coup, sur décision du juge, quand rien n’a été organisé ou que l’organisation existante ne suffit pas. L’habilitation familiale n’est d’ailleurs ordonnée que si le mandat ne protège pas suffisamment la personne.
| Question | Future protection mandate | Habilitation familiale |
|---|---|---|
| Qui l’organise | La personne elle-même, à l’avance | Un proche, par requête au juge des tutelles |
| When | Tant que la personne peut agir | Quand elle ne peut plus protéger ses intérêts |
| Condition | Il passe avant : l’habilitation n’est ordonnée que s’il ne suffit pas | Les proches sont d’accord ou ne s’y opposent pas |
Une personne placée sous habilitation générale ne peut plus rédiger un mandat de protection future. Pour comparer, lisez notre page sur les principes du mandat de protection future et celle sur le choix entre acte privé et acte notarié.
Cas concret 1 : une clause bénéficiaire à corriger après l’habilitation
Situation. Madame R., 81 ans, vit à Lyon. Atteinte d’une maladie neurodégénérative, elle est placée sous habilitation générale en représentation. Sa fille Sophie est habilitée. Madame R. détient un contrat d’assurance-vie de 300 000 €, alimenté avant ses 70 ans. La clause désigne son fils Thomas comme seul bénéficiaire.
Issue. Madame R. avait toujours dit à ses enfants vouloir les traiter à égalité, ce que sa clause ne reflète pas. Sophie ne peut pas modifier la clause seule : la modification d’un bénéficiaire exige l’autorisation du juge, et Sophie est elle-même concernée par le changement.
Strategy. Sophie dépose une requête auprès du juge pour modifier la clause et désigner les deux enfants à parts égales. Elle joint les écrits et témoignages sur la volonté de sa mère. Le juge apprécie.
Result. Avec Thomas seul bénéficiaire, le prélèvement de l’article 990 I est de (300 000 € − 152 500 €) × 20 % = 29 500 €. Avec deux bénéficiaires à 150 000 € chacun, chacun reste sous l’abattement de 152 500 € : le prélèvement tombe à 0 €. L’écart de 29 500 € dépend de la décision du juge.
Cas concret 2 : financer un Ehpad par un rachat
Situation. Monsieur P., 79 ans, célibataire, est sous habilitation générale en représentation. Son fils est habilité. Son contrat d’assurance-vie a 9 ans, vaut 200 000 € et a reçu 120 000 € de primes, tous versés depuis novembre 2017. Le coût de l’Ehpad impose de retirer 60 000 €.
Issue. La fiche officielle cite la résiliation d’un contrat pour payer un Ehpad parmi les actes qui peuvent exiger l’autorisation du juge. Le fils relit le jugement et demande l’autorisation avant d’agir. Reste à connaître le coût fiscal.
Strategy. Les gains inclus dans le rachat sont de 60 000 € × (200 000 € − 120 000 €) ÷ 200 000 € = 24 000 €. Le contrat a plus de 8 ans, et les primes ont été versées depuis le 27 septembre 2017 : abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, puis 7,5 % tant que les primes versées restent sous 150 000 € (service-public.gouv.fr, fiche F22414). Les prélèvements sociaux sont de 17,2 %.
Result. Impôt sur le revenu : (24 000 € − 4 600 €) × 7,5 % = 1 455 €. Prélèvements sociaux : 24 000 € × 17,2 % = 4 128 €. Coût total : 5 583 €, soit 54 417 € nets pour financer l’Ehpad. Un rachat réparti sur plusieurs années réutilise l’abattement annuel de 4 600 €, si le besoin de trésorerie et le jugement le permettent.
Quelles erreurs éviter ?
- Confondre habilitation et procuration. Une procuration se donne librement. L’habilitation est décidée par le juge, et ses limites sont écrites dans le jugement.
- Désigner un bénéficiaire seul. Sans autorisation, l’acte est exposé à la nullité.
- Agir sans jugement sous les yeux. Les pouvoirs dépendent de ce que le juge a écrit : générale ou spéciale, représentation ou assistance.
- Oublier le renouvellement. Une habilitation arrivée à terme n’est plus valable. Demandez le renouvellement avant l’échéance.
- Mélanger ses intérêts et ceux du proche. Un enfant habilité et bénéficiaire doit saisir le juge pour toute modification de clause.
- Attendre la crise. L’habilitation prend du temps : le juge dispose d’un an pour statuer. Si votre proche peut encore signer, un mandat de protection future se prépare à l’avance.
Pour la suite de la transmission, voir la clause bénéficiaire démembrée.
Ce que fait Balmont Conseil
Notre cabinet, à Lyon depuis bientôt 14 ans, aide les familles à organiser la gestion des contrats d’un proche fragilisé : lecture du contrat et de la clause bénéficiaire, préparation du dossier avec le notaire ou l’avocat, anticipation des conséquences fiscales. Pour faire le point sur votre situation, prenez rendez-vous.
FAQ
La personne habilitée peut-elle souscrire une assurance-vie seule ?
Oui, en habilitation générale en représentation, à condition de ne pas désigner de bénéficiaire. Si un bénéficiaire doit être désigné, l’autorisation du juge est nécessaire.
Peut-on changer le bénéficiaire d’un contrat sous habilitation familiale ?
Oui, mais avec l’autorisation du juge. La personne habilitée ne peut pas modifier seule la clause, surtout lorsqu’elle a elle-même un intérêt dans le changement.
Un neveu ou une nièce peut-il être habilité ?
Non. Les neveux, nièces, beaux-frères, belles-sœurs, gendres et belles-filles ne peuvent pas être habilités. La liste vise les ascendants, descendants, frères et sœurs, conjoint, partenaire de Pacs et concubin.
Combien coûte une demande d’habilitation familiale ?
Le certificat médical circonstancié coûte 192 €. L’avocat n’est pas obligatoire, et la personne habilitée exerce en principe gratuitement.
L’habilitation familiale est-elle définitive ?
Non. L’habilitation générale dure 10 ans au plus, renouvelable, avec un maximum de 20 ans en cas de renouvellement si l’état de santé ne peut pas s’améliorer. L’habilitation spéciale prend fin avec l’acte concerné.
Combien de temps faut-il pour obtenir une habilitation ?
Le juge des tutelles doit statuer dans un délai maximum d’un an à compter de sa saisine. La durée réelle dépend du tribunal et de la complétude du dossier, notamment du certificat médical.
Peut-on contester la décision du juge ?
Oui, par appel au greffe dans les 15 jours de la notification. Seul le demandeur peut faire appel d’un rejet. La décision s’applique immédiatement, même en cas d’appel.
La personne protégée peut-elle encore agir seule ?
Sous habilitation générale en représentation, elle ne peut pas conclure seule d’actes de disposition. En assistance, elle agit seule ou avec l’aide de la personne habilitée. Les actes personnels, comme se marier ou voter, restent les siens.
Sources: « Habilitation familiale » (fiche F33367, service-public.gouv.fr, vérifiée le 19 juin 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; « Protection juridique (tutelle, curatelle…) » (fiche N155, service-public.gouv.fr, consultée le 31 octobre 2026) ; fiche F22414 sur l’imposition des produits d’un contrat d’assurance-vie (service-public.gouv.fr, vérifiée le 15 avril 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; « Je suis bénéficiaire d’une assurance-vie, comment la déclarer ? » (impots.gouv.fr, consultée le 31 octobre 2026) ; « Prélèvements sociaux (CSG, CRDS…) sur les revenus du patrimoine et de placements » (fiche F2329, service-public.gouv.fr, vérifiée le 30 juin 2026, consultée le 31 octobre 2026) ; requête en vue d’une protection juridique d’un majeur, formulaire 15891 (service-public.gouv.fr, consulté le 31 octobre 2026).










